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« Une sélection des meilleures expositions à voir actuellement à Paris et en Ile de France »

Expo à Paris

Enki Bilal. Humain si inhumain

Une exposition pluridisciplinaire intitulée « Aux frontières de l’humain », visible en ce moment au Musée de l’Homme (13 octobre 2021-30 mai 2022), ne pouvait pas manquer d’y intégrer Enki Bilal (né en 1951 à Belgrade), l’auteur de bande dessinée passé maître dans l’art de la prospective, du monde poussé dans ses limites, de l’humain à venir…
Le musée lui a donné carte blanche pour se glisser dans cette exposition thématique à l’occasion de la sortie en mars du troisième volet de sa série Bug. Album dans lequel on voit d’ailleurs, alors qu’il a été conçu bien avant l’invasion de l’Ukraine, le héros Kameron Obb s’entretenir avec Yulia Smolsk, « novo tsarine de Russie », sur une table de « près de 7 mètres » les séparant… Toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence ! « Revenir sur l’erreur majeure qui a fait disparaître le tsarisme », lui dit encore une complice de la tsarine…

« Le futur de l’Homme, estime Bilal, est balisé de frontières, de bordures, de marges, qu’il se fait un plaisir (en auto-proclamée perfection du vivant sur cette planète), de repousser, de provoquer, voire d’affronter. Obsédé par le contrôle de son pouvoir aveuglant, cet humain se trouve mis à nu - je le réalise, presque surpris -, au cœur de toutes mes créations, et depuis bien longtemps. » Car la carte blanche à Bilal ne se contente pas de présenter des dessins originaux de sa dernière œuvre, elle propose une rétrospective d’une quarantaine de pièces tirées de son œuvre abondante, dessins originaux, tableaux, reproductions et extraits de films (Bilal a réalisé trois longs métrages, Bunker Palace Hôtel, Tykho Moon et Immortel, ad vitam) regroupés autour de ses concepts de « TechMécaHumain », « Technohumanimal », « Artifigence », « DéconstruKt », « Hybrimutantech », « Immortaliste »…

Ayant adopté la couleur directe depuis son album La Foire aux immortels (1980), Bilal estime « que la couleur est un élément de langage, un élément narratif. » Et ses couleurs souvent pastel, parfois traversées d’autres couleurs ou de lumières plus crues et comme baignant dans une atmosphère d’ouate menaçante, sont un des signes caractéristiques de l’art de Bilal, au même titre que ses personnages à l’inquiétante beauté. Il a aussi abandonné depuis Le Sommeil du monstre (1998) la construction classique d’une bande dessinée planche par planche, choisissant désormais de dessiner chaque case les unes après les autres avant de les assembler. Ce qui en fait de magnifiques tableaux valorisés par cette exposition qui oscille entre humain, trop humain et « déshumain ».

Jean-Michel Masqué

Visuels : Tétralogie « Le Sommeil du monstre », tome 1, « Le Sommeil du monstre » p.33, Tétralogie « Le Sommeil du monstre », tome 2, « Trente-deux décembre » p. 62, Tétralogie « Le Sommeil du monstre », tome 2, p. 61 © Enki Bilal

Archives des expos à Paris
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Du 16 mars au 13 juin 2022
Musée de l’Homme
Palais de Chaillot
17, place du Trocadéro (Paris, 16e)
Tous les jours, sauf mardi, de 11h à 19h (fermé le 1er mai)
Plein tarif : 12 €
01 44 05 72 72
www.museedelhomme.fr