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Expo à Paris

François Auguste Biard (1799-1882) : fantaisiste et voyageur

Portraitiste de la cour de Louis-Philippe, célèbre et apprécié à son époque pour ses scènes de la vie quotidienne souvent comiques, il fut aussi un grand voyageur. Avec un sens certain de la mise en scène, il a peint nombre de paysages et de scènes de genre dont la poésie n’est jamais exclue. Son œuvre et son talent reconnus, oubliés sont à découvrir à la Maison Victor Hugo, jusqu’en avril.

Une place à part pour François Auguste Biard (1799-1882), quasi autodidacte est montée de Lyon à Paris pour devenir peintre et qui échappera aux définitions et aux genres. Il est à la fois artiste témoin de son temps, portraitiste, peintre d’histoire, peintre de genre, peintre explorateur…fantaisiste donc lâchent les critiques. Dans un style à la facture très classique, Biard porte une grande attention à la mise en scène, n’hésitant pas à ajouter des effets saisissants de réalisme -ou de comique- qui seront très appréciés du public. La foule se presse au salon dans les années 1830-40 pour rire de ses scènes burlesques de la vie quotidienne.

Mais Biard a d’autres prétentions et se voit avant tout en peintre voyageur. Dans les années 1825-1827, il est en Italie en compagnie de Camille Corot, puis vogue sur la Méditerranée de Malte à l’Égypte, couvrant ses carnets de croquis qui donneront lieu une fois rentré à Paris, à des tableaux dans une veine orientaliste (Sultane dans un intérieur, 1835). Parti dans le Grand Nord en 1838 et 1839 avec deux expéditions scientifiques, il en rapporte des centaines d’études de paysages grandioses et de portraits qui lui serviront à composer plus tard dans son atelier de grandes scènes spectaculaires et exotiques comme ces bateaux pris dans la glace, cette frêle embarcation attaquée par des ours blancs ou cette presque inquiétante aurore boréale bleue enveloppant les pointes blanches du Spitzberg et la Baie de la Madeleine. Plus amusante, une scène de deux Samis (longtemps surnommés péjorativement « Lapons », porteurs de haillons) chacun dans leur canoë, se penchant pour s’embrasser (Le Baiser dans les glaces, 1868), témoigne du goût pour la fantaisie de Biard.

Entre 1858 et 1860, il s’embarque pour le Brésil comme ethnographe et naturaliste et peint les tribus indiennes qu’il approche, notamment en remontant l’Amazone jusqu’à Manaos, puis en explorant le Rio Negro. Outre de nombreux tableaux de paysages et d’autochtones (Deux Indiens en pirogues, vers 1860-61), il évoque aussi, sans être militant abolitionniste mais avec sensibilité et dans un souci de restituer les faits, la réalité de l’esclavage et du commerce d’êtres humains. Sa toile L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises sera acquise par la IIe République.
L’abondance de l’œuvre et son éclectisme déroutent et amèneront une partie de la critique, que les peintures aux effets exagérément dramatiques ou au contraire burlesques agacent, à ne pas prendre au sérieux les paysages nordiques, jugés souvent peu vraisemblables. Il se verra même caricaturé, comme par Benjamin Roubaud qui dans son Panthéon charivarique le représente dessinant des ours se pressant autour de lui, dissimulé sous une peau d’ours.

L’exposition réunit plus de 145 œuvres en provenance de collections publiques et privées françaises et étrangères : peintures, dessins et gravures dont la presque totalité des grands formats des paysages du Grand Nord, des œuvres souvent inédites. Elle est présentée à la Maison Victor Hugo, ce contemporain de Biard, proche de l’écrivain d’une manière plus sulfureuse que littéraire : Biard ayant épousé Léonie d’Aunet avec laquelle Victor Hugo partagea une grande passion de 1844 à 1851. Une infidélité que Biard mettra plusieurs fois, discrètement et perfidement, en peinture.
Adulé, puis oublié car sa peinture de genre et de voyage n’a plus de succès à l’aube du XXe siècle, Biard est mort seul et isolé en 1882. Son œuvre, notamment ses grandes peintures de voyages qui frappent encore l’imaginaire du spectateur sont remises en lumière. Une heureuse initiative.

Catherine Rigollet

Visuels : François Auguste Biard, Vue de l’océan glacial : pêche aux morses par les Groenlandais, 1841, Dieppe, Château-musée.
Jeune Sami debout appuyé sur une canne, 1839. Huile sur papier marouflé sur carton, 38 × 30 cm Collection particulière © Collection particulière / Photo Art Go.
Navires explorateurs dans les mers polaires, vers 1841. Huile sur toile, 49 × 65 cm. Musée des Beaux-Arts de Troyes © Musée des Beaux-Arts de Troyes.
Deux Indiens en pirogue, vers 1860-1861. Huile sur toile, 50,2 × 61 cm. Paris © Musée du quai Branly-Jacques Chirac. dist. RMN-Grand Palais / Enguerran Ouvray.

Archives des expos à Paris
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Maison Victor Hugo
6, Place des Vosges 75004
Du mardi au dimanche, 10h-18h
Nocturne le vendredi jusqu’à 20h
Tarif plein : 9€
Tél. : 01 42 72 10 16
www.maisonsvictorhugo.paris.fr

Cette exposition qui marquait la réouverture de la Maison après travaux, aurait du être présentée du 5 novembre 2020 au 11 avril 2021 avant d’être proposée au Nordnorsk Kunstmuseum de Tromsø (Norvège) jusqu’en août 2021.
Paris Musées et l’équipe de la Maison de Victor Hugo ont conçu cette visite en ligne afin d’offrir aux visiteurs l’opportunité de la découvrir.
http://www.parismusees.paris.fr/fr/visite-virtuelle-biard