L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

« Livres d’art. Sélection de nouveautés ». Par Catherine Rigollet
spacer

Les livres

Le détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture

Comme nous apprend Daniel Arasse, le détail peut être porteur d’une signification essentielle à l’ensemble de l’image et nous offrir une autre manière de voir et d’appréhender la peinture.

Dans chaque tableau figuratif, quelque chose fait signe, appelle le regardeur à s’approcher. Personnellement, en découvrant la richesse des détails des paysages bleutés dans le fond des tableaux religieux du XVIe siècle, j’ai eu envie de m’y attarder, de les scruter pour mieux comprendre leur présence. Ces tableaux fourmillent de réalités quotidiennes et de motifs naturels (paysans aux champs, troupeaux, pêcheurs, bosquets d’arbres, rochers…), parfois plus présents que le prétexte religieux de l’œuvre : pèlerins d’Emmaüs, tentation de St Antoine, extase de Marie-Madeleine ou saint Christophe portant l’enfant Jésus. Et l’on comprend alors, comme chez Joachim Patinir (vers 1480-1524) par exemple, que le paysage est ici l’essentiel de l’œuvre. Son but caché.

Comme nous apprend Daniel Arasse, le détail peut être porteur d’une signification essentielle à l’ensemble de l’image. Comme cette mouche peinte sur la poitrine du Christ de Pitié (vers 1480) par Giovanni Santi (le père de Raphaël), qui est ici symbole de mort. Mais dans d’autres tableaux, elle peut revêtir d’autres sens. Le répertoire des symboles – qu’il s’agisse d’animaux, de plantes, d’objets, de formes ou gestes- est vaste et leurs significations peuvent varier en fonction des cultures et des époques. Le détail peut aussi constituer un indice de vérité que vise le tableau. Être purement gratuit. Une démonstration de l’habileté du peintre. Un acte de « peinture pure » comme chez Georges de La Tour, virtuose du détail. Isolé de l’ensemble du tableau, on peut parfois attribuer un détail à une autre période de l’histoire de l’art. Il suscite donc des rapprochements, ouvre des chemins de traverse, provoque de l’étonnement. L’auteur rappelant comme l’a écrit Roland Barthes, que « l’étonnement est le commencement timide de la jouissance ».

spacer

Daniel Arasse
Flammarion
Paru le 03/02/2021
400 p.
240 ill.
29,90 €


L’affaire Ruffini. Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art

La saisie en 2016 d’une Vénus au voile attribuée au maître de la Renaissance Lucas Cranach le Vieux, durant l’exposition de la collection du prince du Liechtenstein à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, révèle un scandale comme le monde de l’art en a rarement connu. Brillante contrefaçon d’un maître faussaire ? Authentique chef-d’œuvre du passé ? Ou tout simplement honorable copie d’époque ?

L’histoire de l’art regorge de faussaires. Pas des copieurs ou des pasticheurs, mais de vrais escrocs producteurs d’œuvres destinées à tromper. Certains d’ailleurs dotés d’un tel talent qu’ils ont réussi à abuser collectionneurs, conservateurs de musées, historiens de l’art, restaurateurs et experts, capables pour certains de joyeusement se contredire, d’avancer des arguments contradictoires et parfois de ne pas oser -pour diverses raisons avouables ou pas- apporter un solide démenti. L’affaire Beltracchi jugée en 2010 a récemment défrayé le petit monde secret du marché de l’art. Cette nouvelle affaire qui l’éclabousse implique non seulement un collectionneur-marchand d’art franco-italien hâbleur et controversé, Giuliano Ruffini (né en 1945), son fils Mathieu et un talentueux peintre copiste Lino Frongia (né en 1958 à Montecchio), connu pour ses répliques de maîtres anciens, mais touche aussi plusieurs illustres institutions, tels le Metropolitan museum de New York, le Getty, la National Gallery de Londres, le Louvre, les maisons de ventes aux enchères Sotheby’s et Christie’s à Paris, des galeries et un grand nombre d’experts.

Ce livre retrace quatre ans d’enquête menée par le journaliste Vincent Noce et tente de lever le voile sur cette douteuse Vénus qui a singulièrement circulé de mains en mains tout en prenant de la valeur et sur quelques autres tableaux à l’authenticité aussi équivoque : un Portrait d’homme attribué à Frans Hals, un David contemplant la tête de Goliath attribué à Orazio Gentileschi, un Saint Jérôme, attribué à l’entourage du Parmigianino, un Saint François, attribué au Greco, et un Saint Côme attribué à Bronzino…Si l’on en apprend trop peu sur le mystérieux peintre faussaire, l’ouvrage révèle de sulfureuses combines du marché de l’art et dévoile les techniques pour produire des faux (aussi complexes que juteuses). Il confirme aussi l’importance des nouvelles méthodes scientifiques pour seconder l’œil des experts, même l’œil le plus aiguisé et honnête, et déceler le vrai du faux. Une gageure quand on connait les enjeux financiers. Comme le rappelle Vincent Noce : « le prix indécent de 450 millions de dollars atteint par le Salvator Mundi, tableau en fort mauvais état dont l’attribution à Léonard de Vinci demeure discutée, en dit long sur la folie qui a gagné le marché de l’art ».

spacer

Vincent Noce
Buchet-Chastel
Février 2021
Format poche
280 p.
20€


Une histoire de la photographie pour tous

Plutôt que de dresser une froide chronologie de l’histoire de la photographie et de ses techniques depuis Nicéphore Niépce en 1820, Ian Jeffrey a fait le choix de nous raconter cette histoire sous la forme d’une lecture vivante qui témoigne d’époques disparues, d’idéaux, de cultures, de sentiments au fil de quelque 80 photographes du monde entier et de 440 photographies qui jalonnent l’histoire du médium, de ses débuts jusqu’à nos jours.

Quatre-vingts photographes sélectionnés, sans précision de l’auteur dans une introduction qui nous aurait permis de mieux comprendre ses critères de choix, dommage. Certes notre patrimoine photographique est immense, la photographie est une forme d’art qui englobe de nombreuses formes et courants et il ne s’agissait pas de faire un inventaire. On regrettera toutefois l’absence de Man Ray, Robert Mapplethorpe, Martin Parr, Seydou Keïta, Irving Penn, Bernd et Hilla Becher, Raymond Depardon, Philippe Ramette ou Antoine d’Agata, parmi d’autres.

Dans ce panorama d’observateurs engagés chacun à leur manière et autant de points de vue, ce qui fait sens pour Ian Jeffrey, c’est de montrer ce que fait chaque photographe, pourquoi et comment il le fait. Pourquoi par exemple Peter Henry Emerson entend rendre hommage à la beauté et à la splendeur de l’univers à travers le paysage ? Comment Eugène Atget a su nous transmettre sa curiosité pour le monde des petits métiers ? Comment André Kertész a fait passer dans ses photos son souhait de voir cohabiter des individus et groupes disparates sans empiéter les uns sur les autres ? Pourquoi Robert Capa est-il allé au plus près des combats lors des conflits ? Que signifie pour Walker Evans « pratiquer le documentaire lyrique » ? Comment Diane Arbus sélectionnait les modèles de ses portraits ? Comment Andreas Kursky a mis en images le temps qui passe ? Pourquoi Cindy Sherman a-t-elle choisi de se mettre en scène dans presque toutes ses photographies ?

Chaque double-page consacrée aux artistes aborde brièvement sa biographie avant de se concentrer sur sa façon de travailler et ses conditions matérielles pour comprendre l’impulsion mystérieuse à l’origine de la prise de vue. Les motivations des photographes sont précisées : documenter une époque, immortaliser des hommes, des activités humaines, des scènes de la vie quotidiennes, des guerres, des paysages, etc. L’ensemble ne raconte donc pas seulement une histoire de la photographie, mais une histoire des deux derniers siècles, vue au travers de photographies décodées.

spacer

Ian Jeffrey
Edition Hazan
380 p.
500 ill.
35€
Parution 3 mars 2021


Plein air. De Corot à Monet

Prévue initialement du 27 mars au 28 juin, l’exposition Plein air. De Corot à Monet à Giverny, a été annulée en raison des difficultés d’acheminement des œuvres et des contraintes liées au confinement. Elle reste accessible sur Google Arts et Culture, jusqu’au 30 août 2020 et a fait l’objet d’un catalogue. Retraçant l’histoire de la peinture en plein air du XVIIIe siècle jusqu’en 1873, année qui précède celle de l’invention du terme « impressionnisme », abondamment illustré, il consolera un peu tous ceux qui avaient projeté de faire le voyage à Giverny pour ce voyage en plein air.
En 1708, le traité Du paysage de Roger de Piles (1635-1709) conseille aux peintres de travailler en plein air. S’ils ne sont pas les premiers, car dès le XVIIe siècle des paysagistes ont pratiqué le lavis sur le motif pour stimuler leur imagination, les impressionnistes vont s’adonner à cette peinture « sur le vif », dans la nature, comme en ville, avec enthousiasme, au nom de la sincérité et de la spontanéité, sans chercher à produire une simple copie littérale de la nature, mais soucieux de réaliser un acte créateur. Si à l’extérieur l’esquisse à l’aquarelle sur carnets est aisée, la peinture à l’huile est plus contraignante et l’attirail -ombrelle, pliant, boîte à couleurs, feuilles de papier ou petites toiles- encombrant à trimballer. D’abord transportée dans des vessies, la couleur mise en tubes dans les années 1860 va leur faciliter le travail et libérer leur créativité, leur permettant de transcrire l’impression qu’ils éprouvent face au motif. Des artistes voyageurs aux premiers impressionnistes en passant par l’Ecole de Barbizon, le catalogue reproduit un ensemble de 110 œuvres d’artistes français (Granet, Corot, Daubigny, Courbet, Boudin, Monet, Manet, Bazille, Sisley…), mais aussi anglais (Jones, Turner, Constable…), et italiens, ces fameux macchiaioli désignés ainsi pour leur peinture construite avec de larges taches (macchie) d’ombre et de lumière, tels Fattori, Sernesi ou Abbati.

spacer

Collectif sous la direction de Marina Ferretti Bocquillon
Ed. Gallimard, 2020
224 pages, 175 ill.
29€


L’essence du bois

Coffre en chêne, armoire en ébène des Indes, secrétaire dos-d’âne en bois de violette, commode en loupe d’érable, banc en châtaignier, bureau en acajou de Saint-Domingue, médaillier en loupe de peuplier…depuis toujours le bois est employé pour le mobilier qui forme notre cadre de vie. Mais savons-nous le reconnaître ? Et le connaissons-nous vraiment ? Cet ouvrage unique qui constitue un manuel d’identification macroscopique des bois du mobilier français de la Renaissance à l’Art déco n’est pas seulement destiné aux professionnels, c’est une mine d’or pour tous les amoureux du bois, et des meubles.
En 280 pages superbement illustrées, on apprend à lire le bois, à comprendre son anatomie, à connaître ses singularités et ses pièges, à identifier ses usages. Quelque 75 essences de bois européen et exotique sont détaillées ; chacune faisant l’objet d’une double page enrichie de photographies (plans transversaux, longitudinaux et détails de meubles). L’histoire du commerce du bois depuis l’Antiquité fait l’objet d’un chapitre. Un autre étudie une soixantaine de meubles de collections publiques, mettant en valeur le travail des ébénistes qui ont su choisir, travailler, assembler les essences et repérer celles qui comme le Houx peuvent se teindre de différentes couleurs, remplaçant ainsi astucieusement l’ivoire ou l’ébène en marqueterie. Si les espèces européennes nous sont connues, du moins leur nom, certaines essences ligneuses exotiques révèlent bien des surprises aux non-initiés. Ainsi ce Gaïac ou « bois de vie » si rare dans le mobilier car rendu cher par ses vertus médicinales. Ce Bois serpent qui a séduit notamment Louis Majorelle pour l’exubérance de son veinage à l’aspect persillé. Le Movingui, ce bois jaune poussant en Afrique et astucieusement utilisé pendant la période Art Déco pour imiter le Citronnier de Ceylan. Ou encore cette Amourette que l’on retrouve au XXe siècle, valorisé par les bijoutiers et choisi par des archetiers pour la fabrication d’archets baroques.
L’ouvrage idéal pour en apprendre davantage sur le bois et ses variations infinies qui en font un matériau simple, universel et intemporel, mais aussi singulier, précieux et rare.

spacer

Editions du Patrimoine
22-10-2020
19,5x24,5 cm
280 p.
500 ill.
59€ prix lancement
80€ à partir du 1-2-2021


Giorgio Morandi. La collection Magnani-Rocca

Peintre et graveur italien natif de Bologne, Giorgio Morandi (1890-1964) est connu pour ses natures mortes dépouillées et énigmatiques dans lesquelles dominent des bouteilles au blanc mat et laiteux comme celui de l’albâtre ou de la lumière d’hiver. Une œuvre qui, fidèle aux canons classiques de la peinture figurative, n’est toutefois pas sans singularité, par sa quête d’un dépouillement poussé jusqu’à l’austérité. Une peinture monacale en accord avec la vie de cet artiste entièrement dédiée à l’exercice de son art, mû par cette « nécessité intérieure » comme le définissait Kandinsky. En témoigne le spartiate atelier-chambre dans lequel il réalisa l’essentiel de son œuvre, jusqu’à sa mort à l’âge de 74 ans.

Sédentaire, solitaire, Morandi n’a peint durant sa vie que des natures mortes et quelques paysages des Apennins. Un horizon pictural réduit et des motifs limités et récurrents qui interrogent sur l’enjeu artistique poursuivi par Morandi. On sait qu’il accumulait des objets dans son atelier pour en faire sa matière première, son vocabulaire de formes. Qu’il les préparait à être peints en les remplissant d’eau pigmentée ou en les enduisant à l’intérieur de blanc, qu’il les mettait soigneusement en scène… Si l’homme, peu disert, n’a rien exprimé sur son alchimie magique ni sur son voyage intérieur, participant à son mystère, à chacun de lire sa peinture. Quête du réel, vertige de l’introspection mélancolique, questionnement sur l’impermanence des choses…l’œuvre de Morandi garde son secret. Mais silencieuse, équilibrée, sensible, toute de tonalités douces, d’harmonies subtiles, de traits légers, de velouté, elle livre sa force tranquille, sa poésie, sa sensualité.

Luigi Magnani (1906-1984) qui découvre son travail en 1940 va acheter cinquante œuvres du peintre bolognais devenu un ami. Musicologue, critique d’art, professeur et entrepreneur, richissime héritier d’une fortune construite dans l’industrie laitière, Magnani a construit une collection d’art hors de toute spéculation économique avec des œuvres de Dürer, Füssli, Goya, Rubens, Rembrandt, Titien, côtoyant les Monet, Renoir, Cézanne, De Chirico, Manzù, Burri et évidemment Morandi.

Parmi ses œuvres, les natures mortes classiques, celles épurées des années 1960, une rare peinture de sa courte période métaphysique inspirée par Chirico (Nature morte métaphysique, 1918), quelques paysages comme une vue de sa chambre traitée comme une nature morte (Cortile di via Fondazza, 1954) ou encore l’Autoportrait de 1925 d’empreinte cézanienne. Morandi s’y montre frontalement derrière son chevalet, palette et pinceau en main, le regard bas, perdu dans ses pensées. Des œuvres léguées -comme toute sa collection- à sa Fondation Magnani-Rocca, abritée dans la magnifique demeure de Luigi Magnani à Mamiano di Traversetolo (Parme).

Cet ouvrage raconte la vie et l’œuvre de Morandi, et cette belle et fructueuse rencontre avec Magnani. Publié dans le cadre de l’exposition présentée au musée de Grenoble, du 12 décembre 2020 au 4 juillet 2021 (en attente de réouverture), il est illustré de nombreuses photographies de l’atelier signées de Luigi Ghirri (1943-1992) et des cinquante œuvres de Morandi (peintures, dessins, aquarelles et eaux-fortes sur cuivre) prêtées par la Fondation Magnani-Rocca, complétées par celles conservées dans les musées français.
Une passionnante et intimiste rencontre entre un artiste et son collectionneur, chacun en quête de la vérité en peinture.

spacer

Sous la direction de Guy Tosatto
In Fine éditions d’art
Décembre 2020
256 pages
110 illustrations
22 x 29 cm
28€


Décrypter les symboles dans l’art

Le chien est souvent associé à la loyauté, la balance à la justice, la chouette à la mort, le lis à la pureté…Pour autant, interpréter un symbole n’est pas toujours évident, car sa signification s’est parfois diversifiée avec le temps, elle varie selon les cultures et les religions, sans compter que chaque plante, animal, objet, forme, geste, peut avoir plusieurs sens. Il en va ainsi du serpent, un objet de fascination et de mysticisme dans la culture aztèque, mais qui représente généralement le péché en occident. Ce petit guide écrit par Matthew Wilson, historien de l’art, dévoile une cinquantaine des symboles visuels les plus courants et les plus intrigants à travers le monde, de 2300 avant notre ère jusqu’à aujourd’hui. Chacun est illustré d’une ou plusieurs œuvres (peinture, sculpture, photographie, installation…).
Prenons l’arc-en-ciel, illustré ici par le tableau La Couleur (1778-1780) de Angelica Kauffmann. Avec d’autres symboles venus du ciel comme le soleil, la lune ou les aigles, il représente souvent un lien entre dieux et mortels, explique l’auteur. Les mythes navajos, amérindiens et nordiques comportent tous des arcs-en-ciel évoquant un message divin. C’est aussi l’attribut d’Iris, messagère céleste dans la mythologie gréco-romaine. En Chine, il augure un événement favorable comme le mariage. L’arc-en-ciel fait aussi voir l’union des couleurs et figure parmi les emblèmes célébrant l’harmonie, tel le drapeau de la paix ou celui du mouvement LGBTQ.
Organisé en six sections (le ciel et la terre, les plantes, les oiseaux, les bêtes, les corps, les attributs), cet outil précieux vous aidera à décoder une œuvre d’art. À mieux comprendre ce que l’artiste a voulu nous dire. Certaines œuvres resteront toutefois insolubles, telle Melencolia I (1514), cette gravure d’Albrecht Dürer chargée d’une complexité énigmatique de symboles, dont un sablier figurant dans le coin supérieur droit de la composition qui continue de susciter d’infinis et passionnants débats.

spacer

Matt Wilson
Flammarion
Coll. l’art en poche
23/09/2020
176 pages
150 ill.
138x216 mm
12€


Louis Benech, douze jardins ailleurs

Après Louis Benech, douze jardins en France, publié en 2012, ce nouvel ouvrage est cette fois consacré aux nombreux jardins réalisés à l’étranger par ce paysagiste à l’étonnant parcours.

D’abord diplômé d’une maîtrise en droit avant que l’amour des plantes le rattrape, Louis Benech devient ouvrier horticole dans les célèbres pépinières Hillier en Angleterre. À son retour en France, il devient jardinier dans une propriété privée de Normandie. Ce n’est qu’en 1985 qu’il prend son envol et entame sa carrière de paysagiste. En 1990, il est chargé, avec Pascal Cribier et François Roubaud, du réaménagement de la partie ancienne des Tuileries. Depuis, il a travaillé sur de nombreux jardins déjà établis tels que les jardins de l’Elysée, le Quai d’Orsay, Courson, la roseraie de Pavlovsk à Saint Pétersbourg, le domaine impérial d’Achilleion à Corfou, le quadrilatère des Archives Nationales, le parc du château de Chaumont-sur-Loire ou le bosquet du Théâtre d’Eau dans les jardins du château de Versailles. Avec son équipe, il conçoit et réalise plus de 300 projets de parcs et jardins, publics et privés, de la Corée au Panama, en passant par le Pérou, le Canada, les États-Unis, le Portugal, la Grèce ou le Maroc. Pour chacune de ses réalisations, il dit s’attacher à harmoniser le projet paysager et l’environnement architectural ou naturel du site, avec le souci de créer des jardins pérennes.

Dans cet ouvrage, on visite ainsi les jardins réalisés en Suisse, à Gstaad ou Genève, au Portugal à Comporta, en Grèce à Pétrothalassa, en Espagne à Barcelone ou Porto Ercole en Italie. Un détour au Maroc nous entraine dans un riad de Marrakech et les allées d’un jardin-oasis à proximité de Ouarzazate. On découvre aussi ceux qu’il a dessinés aux États-Unis, dans le Connecticut, un jardin sur une immense terrasse au cœur de Manhattan, un autre à la Nouvelle-Orléans. L’ouvrage nous donne enfin l’occasion de découvrir une des réalisations les plus récentes de Louis Benech avec un jardin extraordinaire sur la côte néo-zélandaise dominant le Pacifique.

spacer

Préface de Frédéric Mitterrand
textes d’Éric Jansen
éd. Gourcuff-Gradenigo
224 pages
39 €
www.gourcuff-gradenigo.com


Le style années 50. L’intégrale

Quand on pense design et modernisme des années 50-60, comment ne pas évoquer « Mon oncle » de Jacques Tati tourné en 1956 avec sa maison cube à la Mies Van der Rohe, son jardin géométrique, sa cuisine futuriste en formica. Dans cet après-guerre consumériste, la nouveauté est portée aux nues et s’invite dans tous les secteurs de la conception. De la Vespa à l’Instamatic, des meubles Knoll aux caractères Helvetica, studios, ateliers et usines, inventent et diffusent les formes d’un monde nouveau où il fait bon vivre. Une nouvelle légèreté défie le côté sombre des styles classique et rustique et les couleurs sont de plus en plus audacieuses. Encore aujourd’hui, le style années 50 fascine, inspire les créateurs et les grandes enseignes de décoration. Cet ouvrage, riche de mille photographies et d’articles signés par plusieurs grands spécialistes du domaine, est une aubaine pour tous les amateurs d’objets aux lignes incomparables. Chaque designer ou architecte (Jean Prouvé, Richard Wright, Gaetano Pesce, Marcello Nizzoli, Paul Rand, Charlotte Perriand, Le Corbusier…) dispose d’une fiche et toutes les thématiques sont abordées : art, design, architecture, mobilier, luminaires, objets, textiles, céramiques ou graphisme. Un ouvrage de référence.

spacer

Dominic Bradbury
Ed.Parenthèses
544 p.
1000 ill.
2020
49 €


Guide du patrimoine en France

Après le confinement, voilà un guide idéal pour trouver cet été des idées de balades à la découverte des richesses et de la diversité du patrimoine français. Classés par régions et départements, 2 500 monuments et sites, publics et privés, ouverts à la visite (au minimum trente jours par an) et protégés par l’État en raison de leur intérêt historique, artistique ou architectural sont recensés.
Des plus modestes telle la Maison des chanoines à Landunvez dans le Finistère, édifiée au XVIe siècle, aux plus grandioses comme le Palais du Louvre à Paris. Des plus anciens, tel le site préhistorique de Solutré-Pouilly en Saône-et-Loire aux plus contemporains comme la Fondation Vasarely, ensemble construit entre 1973 et 1976 et traité comme une sculpture lumino-cinétique monumentale. Chaque patrimoine recensé est décrit, illustré le plus souvent et complété d’infos pratiques. Une carte les situe en préambule de chaque département et un index alphabétique en fin de volume facilite les recherches.
À garder sous la main tout l’été et au-delà…

spacer

Éditions du Patrimoine
Parution 9 juillet 2020
952 pages
1 500 ill.
Prix : 19,90€


Les contes de Perrault illustrés par l’art brut

Peau d’Âne, La Belle au bois dormant, Cendrillon, Riquet à la houppe…longtemps relégués à la littérature jeunesse, ces contes ont traversé les siècles et les contrées grâce à la tradition orale. L’académicien français du XVIIe siècle Charles Perrault en a retenu onze d’entre eux qu’il s’est approprié pour les réunir, et les coucher sur le papier. L’édition présente l’intégralité des onze contes de Perrault, qui ont été rassemblés pour la première fois en 1781 : trois contes en vers, publiés en 1694, et huit contes en prose, connus sous le nom des « Contes de ma mère l’Oye », publiés en 1697 sous le titre : « Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités ».
La peur, l’inquiétude, la douleur, mais aussi l’insouciance, la joie et toutes les émotions racontées par Perrault sont sublimées ici par la pulsion créatrice des artistes dits « bruts », selon l’expression inventée par Jean Dubuffet en 1945. Ce bel ouvrage réunis 135 créations choisies pour illustrer l’expression des émotions et des sentiments. Les œuvres poétiques et oniriques d’Henry Darger, Aloïse Corbaz, Adolf Wolfli, Jimmy Lee Sudduth, Ted Gordon, Marcel Storr, Dominique Théate ou encore Joseph Schneller renouvellent notre regard porté sur les contes de Perrault. Dommage que son prix le rende inaccessible à de nombreuses bourses.

spacer

Éditions Diane de Selliers
2020
1 volume relié sous coffret
I 374 pages
135 ill.
24,5 × 33 cm
230€


Racontez l’art !

Comment parler d’art aux plus jeunes sans faire de grands discours ou sans être fin connaisseur et surtout pour qu’ils s’en souviennent et prennent du plaisir ? S’adressant plus particulièrement pour les parents et enseignants, Racontez l’art ! brosse le portrait de quelque cent-cinquante artistes et mouvements, classés chronologiquement, de la Renaissance à l’Art nouveau (pour ce premier volume). Chaque chapitre s’ouvre sur un résumé. Chaque artiste sélectionné par les auteurs pour illustrer une période ou un mouvement fait l’objet d’une ou deux pages illustrées, composées d’une courte analyse dont les principales idées à retenir sont surlignées, enrichie d’une ou deux anecdotes mises en encadré, ce qui n’a rien de péjoratif ; lorsque les anecdotes sont pertinentes, on s’en souvient d’autant mieux.
En bas des pages, une frise chronologique permet de situer le contexte historique des œuvres. En fin d’ouvrage, on retrouve toutes les œuvres, classées par pays et musée, pour savoir où les voir.
Un guide pratique et vivant pour préparer une visite de musée ou d’exposition, mais aussi se lire à la maison où à l’école…Notamment quand les musées sont fermés.

spacer

Adam Biro et Karine Douplitzky
Édition Flammarion
Paru le 14/10/2020
288 pages
24,90 €


Comprendre l’art antique

Les ravages du temps, des guerres et des catastrophes naturelles ont tellement anéanti l’art grec et romain qu’il ne semble se composer que de ruines impressionnantes et de fragments brisés. Pourtant, ces réalisations n’ont jamais perdu leur pouvoir de fascination comme en témoigne l’engouement du public pour des sites comme l’Acropole, le Pont du Gard ou Pompéi.
« Si l’Égypte rechigne à innover, la Grèce est témoin de changements techniques et esthétiques rapides », lance en introduction à son ouvrage Susan Woodford. Et les Romains qui les admirent vont eux-aussi faire émerger de nouvelles formes artistiques qui ne cesseront d’exercer par la suite une vaste influence. Pour les Grecs comme pour les Romains, sculptures et peintures doivent être esthétiquement et techniquement « dernier cri », même si la fonction d’une œuvre est religieuse en Grèce, décorative chez les Romains. Le bronze va permettre au sculpteur de renouveler les postures des statues de pierre, de lui donner un souffle vital comme le magistral Discobole de Myron. Un bronze antique hélas disparu mais maintes fois copié par les Romains.
Si les hommes sont représentés nus, les femmes sont habillées ; les artistes perfectionnant le réalisme et la finesse des drapés…et des formes féminines. Sur les architectures, les décors sculptés conjuguent forme, récit et souvent message, tels ces décors du Parthénon. Chez les Romains, la Colonne Trajane est un chef-d’œuvre dans l’art du récit sculpté. N’oublions pas que les statues grecques étaient rehaussées de couleurs vives, même s’il en reste souvent peu de traces, pour des raisons diverses. Une polychromie sur pierre et son évolution chez les romains peu abordée par Susan Woodford. On peut le regretter.
Dans leurs peintures sur bois (hélas disparues) et sur céramique (mieux conservées), les Grecs ont aussi fait preuve de finesse d’exécution ; la séduction du décor étant la meilleure façon de rendre le récit convainquant, comme ces céramiques illustrant l’Iliade et l’Odyssée. La technique des figures noires où les détails sont incisés produit des œuvres d’un grand raffinement comme celle de l’artiste Exékias (Ajax et Achille jouant aux dés (amphore), vers 540-530 av. J.-C. Une autre technique va émerger, portée par des artistes comme Euthymidès ou Polygnote : celle des figures rouges sur fond noir, offrant encore plus de possibilités d’effets, sur céramique comme en peinture murale.

En sculpture, tandis que les premiers nus féminins apparaissent sous l’impulsion de Praxitèle vers 350 av. J.-C., les artistes recherchent les postures les plus naturelles. Dans la veine naturaliste, un joyeux Faune dansant datant du IIIe siècle av. J.-C. en Grèce sera copié en Italie. L’une de ces « copies » romaines en bronze de 71 cm a été découverte au milieu d’un bassin à Pompéi, dit de la Maison du Faune. Une des créations typiques de la seconde moitié du IIè siècle av. J.-C. est la célèbre Vénus de Milo (Louvre). Imprégnés de culture grecque, les Romains vont produire des copies en grand nombre.

Dans le même temps, la peinture se diversifie, les artistes grecs apprennent à créer des effets de lumière et d’espace dans les différents sujets abordés sur fresque ou mosaïque : nature morte, paysage, portrait, scène de genre ; techniques qu’ils lèguent aux Romains. Ces derniers vont rivaliser d’ingéniosité pour les adapter, notamment pour magnifier leurs modèles, individualiser les visages. À Pompéi et Herculanum ont été retrouvées des peintures murales qui portent l’héritage grec. Mais on y voit aussi de nouvelles peintures en trompe-l’œil, cent pour cent romaines, comme cette superbe et colorée Célébration des Mystères ornant la Villa des Mystères à Pompéi (voir visuel dans l’article sur l’exposition « Pompéi » au Grand Palais.). Un type de fresques répandu à Pompéi et conjuguant ouverture spatiale avec élégance stylistique. La culture romaine va se propager dans l’immensité géographique de l’Empire tout en s’hybridant par la rencontre avec d’autres traditions. Même après la chute de l’Empire romain, cet art trouvera un écho dans l’art byzantin et dans l’art chrétien médiéval.
Ce nouvel ouvrage, bien documenté, complété d’un glossaire et d’un tableau chronologique, met en avant l’audace créative des Grecs et la sagacité des Romains qui l’ont adaptée à leurs propres fins. Une excellente introduction à la visite de l’exposition Pompéi au Grand Palais.

spacer

Flammarion
Susan Woodford
Coll. L’art en poche
Paru 03/06/2020
176 pages
150 ill.
12€


Une histoire mondiale des femmes photographes

Cette formidable somme collective, illustrée par 450 images, présente les œuvres de 300 femmes photographes du monde entier, de l’invention du médium jusqu’à l’aube du XXIe siècle. Rares sont celles dont les noms sont parvenus jusqu’à nous, disparaissant du récit de la création au profit des « grands maîtres ».
L’effacement des femmes dans l’histoire de la photographie résulte d’une longue tradition de discrédit. Créatrices originales et autonomes, elles n’ont pourtant cessé de documenter, d’interroger et de transfigurer le monde, démontrant que l’appareil photo peut être un fantastique outil d’émancipation. Pour restituer la diversité des parcours de ces femmes photographes, Luce Lebart et Marie Robert ont invité 160 autrices de différents points du globe à nourrir cet ouvrage manifeste.
La recherche des documents ayant permis sa réalisation a été réalisée grâce au soutien des Rencontres d’Arles et de Women In Motion, un programme de Kering qui met en lumière la place des femmes dans les arts et la culture.

spacer

Sous la direction
de Luce Lebart et Marie Robert
Éditions Textuel
Paru le 4-11-2020
504 pages
450 ill.
ISBN : 978-2-84597-843-0
69€


Les métiers d’art du Mobilier national

Haut lieu de notre patrimoine, le Mobilier national est l’héritier du Garde-meuble de la Couronne et des manufactures royales. C’est aussi un acteur majeur de la création contemporaine et de la promotion des métiers d’art à la française ; un secteur couvrant un spectre d’activités très étendu. Trois cents artisans d’art œuvrent en son sein, à Paris et en région dans une dizaine de métiers différents pour créer, conserver et restaurer des dizaines de milliers de meubles et d’objets, destinés aux édifices publics en France et à l’étranger. Car les œuvres du Mobilier national ont valeur d’usage, non d’être dans un musée.
Ce petit ouvrage très bien illustré évoque l’histoire du Mobilier national, présente les ateliers et manufactures et les différents métiers à l’œuvre entre tradition et innovation. Les manufactures des Gobelins et de Beauvais sont vouées à la tapisserie de haute et de basse lice, la manufacture de la Savonnerie au tapis à point noué (qui dispose de deux ateliers, l’un à Paris, et l’autre à Lodève), les ateliers du Puy-en-Velay et d’Alençon à la dentelle, l’Atelier de recherche et de création (ARC) au design, tandis que sept ateliers de restauration se répartissent les différentes spécialités du bois, du métal et du textile. Ne sont pas oubliés les installateurs-monteurs d’objets d’art, ces ensembliers spécialistes de « l’art du dedans », assurant la gestion matérielle des réserves (130 000 pièces de toute nature) et la mise en place des éléments mobiliers dans leur lieu de dépôt : château de Versailles, Palais de l’Élysée, ministères, châteaux, sièges de grandes administrations, ambassades de France dans le monde…

spacer

De Marie-Hélène Bersani et Thierry Sarmant
Coll. Découvertes Gallimard. Hors-série
Parution septembre 2020
76 p - 100 ill.
14,50 €


Le Conseil constitutionnel au Palais Royal

Ouvert exclusivement lors des journées du Patrimoine, Le Conseil constitutionnel est une institution mal connue tout comme son histoire et celle du Palais-Royal où il siège. Cet ouvrage entend tout à la fois nous familiariser avec le fonctionnement de cette juridiction instaurée en 1958 par la constitution de la Ve République et nous raconter l’histoire tumultueuse du Palais Royal aménagé à l’origine pour le cardinal de Richelieu au XVIIe siècle.

Depuis le 5 mars 1959, peu de temps après sa création par la Constitution de la Ve République, le Conseil constitutionnel, ce juge constitutionnel français en quelque sorte, a beaucoup changé comme le détaille avec pédagogie cet ouvrage édité à l’occasion du 10e anniversaire de la QPC (question prioritaire de constitutionnalité). Grâce à cette disposition, tout citoyen qui estime qu’un texte législatif n’est pas conforme à la Constitution peut interroger le Conseil.
L’autre intérêt et pas des moindres de ce beau livre illustré est de nous faire visiter les actuels intérieurs, qui mêlent hardiment les époques, du mobilier Second Empire voisinant parfaitement avec des œuvres contemporaines, tel un superbe tapis contemporain de la Manufacture de la Savonnerie d’après un carton du créateur André Dubreuil (2013).
En ouverture, treize aquarelles de l’architecte Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853) nous replongent dans le Palais-Royal du XVIIIe et XIXe siècle et les appartements des ailes Valois et Montpensier, dont l’ancienne grande chambre à coucher abritant aujourd’hui le bureau du président du Conseil constitutionnel.
Elles dévoilent le Cirque du Palais-Royal, ancienne salle de spectacle construite en 1787 au centre des jardins. Couvert d’une verrière, destiné à accueillir des courses de chevaux et des spectacles, il sera détruit par un incendie fin 1798. Les dessins révèlent aussi une autre facette des lieux avec Les Galeries de bois bordées de boutiques, dites « camp des Tartares », haut lieu de la prostitution et des jeux clandestins. Démolies en 1828, elles seront remplacées par la galerie d’Orléans, en pierre, dont il ne reste aujourd’hui que la double colonnade.
Si durant la révolution de 1789 le Palais-Royal rebaptisé Palais-Egalité est épargné, il sera en partie pillé en 1848. Selon Victor Hugo, disparurent durant cette période des œuvres de Van Dyck, Mignard, Philippe de Champaigne, Holbein, etc. En partie sauvé lors d’un incendie le 24 mai 1871 et restauré, le Palais-Royal abrite aujourd’hui, outre le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, le ministère de la Culture et la Comédie-Française. Sa cour centrale -très visitée depuis qu’elle n’est plus un parking- est décorée des deux fontaines à boules en acier poli de Pol Bury et des colonnes de Daniel Buren (« Les Deux plateaux »). Des œuvres contemporaines qui ont créé une violente polémique lors de leur installation dans les années 1980, avant de s’imposer dans le paysage du Palais-Royal.

spacer

Collectif d’auteurs.
Photos Laurent Lecat.
Éd. du Patrimoine.
Préface de Laurent Fabius.
parution 17-9-2020.
144 p.
103 ill.
30€