Alioune Diagne. Seede

Représentant du Sénégal à la prochaine Biennale de Venise, défendu par la galerie Templon qui après Bruxelles, l’expose en ce début 2024 à Paris pour la première fois, Alioune Diagne (né en 1985) est un jeune artiste sénégalais en pleine ascension. Sa dernière série se fait l’écho des pêcheurs devenus passeurs pour survivre.

Pour cette exposition « Seede » qui en wolof signifie « Le témoignage », Diagne a arpenté pendant des semaines les côtes du Sénégal et ses toiles se font l’écho de ces récits de vie de pêcheurs locaux qui, munis d’une pirogue et d’un filet pour seul outil de travail, se voient confrontés à une industrialisation étrangère grandissante autour du commerce de la pêche. « Pour survivre, certains d’entre eux ont dû abandonner ce savoir-faire ancestral pour se tourner vers des pratiques illégales, celles des passeurs », nous expliquait Alioune Diagne rencontré à Rouen en septembre dernier, lors de de la 7e édition de La Ronde, sur le thème des fleuves.

Dans ses tableaux sur le thème de la traversée clandestine, Diagne continue de peaufiner sa technique maintenant bien installée et reconnaissable. Si de loin elle fait penser à celle des pointillistes, chez lui, ce ne sont pas des points de couleurs qu’il agrège pour constituer une image, mais des petits modules, qu’il nomme « signes inconscients », comme des réminiscences de calligraphies disparues. Des signes dont il varie les couleurs pour « peindre » ses compositions « figuro-abstro », comme il nomme ce style artistique dont il se revendique le créateur.

La thématique engagée par l’artiste qui se voit comme un lanceur d’alertes par l’art est généreuse, l’effet coloré-flouté de ses toiles est séduisant au premier regard, et on mesure l’exigence induite par cette méticuleuse exécution des formes par les points. Mais elle amène aussi une sorte d’évanescence de la composition, d’éloignement de nous des personnages comme figés sous un calque. C’est parfois le risque d’une esthétique formaliste quand elle prend le dessus et édulcore un peu la sensibilité.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 6 janvier au 24 février 2024
Galerie Templon
30 rue Beaubourg 75003
Du mardi au samedi, 10h-19h
Entrée libre
https://www.templon.com


Visuels :

 L’attente de sauvetage, 2023, Acrylique sur toile, 150 × 250 cm. Courtesy Galerie Templon.

 La désillusion d’une mère, 2024. Acrylique sur toile, 100 × 130 cm. Courtesy Galerie Templon.

 Rescapé, 2023. Acrylique sur toile, 100 × 130 cm. Courtesy Galerie Templon.

 Portrait d’Alioune Diagne devant Arrivée des pêcheurs à Cayar, 2002 (exposition La Ronde, Rouen, Du 15 septembre 2023 au 5 mars 2024). Photo L’Agora des Arts.