L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

« Livres d’art. Sélection de nouveautés ». Par Catherine Rigollet
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Les livres

L’art des Pays Baltes. XIXe - XXe siècles

La récente exposition « Ames sauvages, le symbolisme dans les pays baltes » (musée d’Orsay, du 10 avril au 15 juillet 2018) a permis de mieux faire connaître un pan de l’art de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Par le recours à la légende ou au folklore, ces pays géographiquement contigus, à l’histoire toutefois dissemblable, mais qui se sont rapprochés pour se renforcer face aux aléas de l’histoire, ont forgé un langage particulier, empreint de la beauté des paysages de ces pays entre mer et forêt. Dès l’époque symboliste, des précurseurs comme Čiurlionis et son univers de contes et légendes, Mägi et ses couleurs presque fauves, Purvitis (dont le magnifique Hiver, vers 1910, orne la couverture) ou encore Perle ont manifesté une exceptionnelle originalité. L’expressionnisme est bien présent avec des artistes comme Samuolis, Valters et Grosvalds. L’entre-deux-guerres a été une riche époque d’ouverture et d’échanges avec l’Europe où on découvre le surréalisme avec les expérimentations de la photographe Domicelé Tarabildiené et les géométries subtiles et élégantes d’Akberg qui s’arrêtera toutefois aux limites de l’abstraction ; peu d’artistes oseront d’ailleurs s’y aventurer, surtout après-guerre.
Le présent ouvrage de Serge Fauchereau se referme sur les années 50-60 et l’adaptation -choisie ou obligatoire- des artistes qui ne se sont pas exilés, au réalisme soviétique, suscitant un académisme souvent très daté. Chaque pays fait l’objet d’un chapitre racontant son histoire propre qui lui a permis de faire émerger sa culture, ses artistes et leur art. Un panorama passionnant de l’art moderne des pays baltes et de belles découvertes.

C.R

Serge Fauchereau
Flammarion
Novembre 2021
256 p.
183 ill.
45€


L’Art des anciens Pays-Bas : de Van Eyck à Bruegel

Cette étude historique et artistique de Jan Blanc apporte un nouveau regard sur ceux que l’on désignait comme les « primitifs » flamands. Une peinture que Michel-Ange critiquait vertement car faite pour « tromper la vue » en montrant « des choses plaisantes pleines d’agrément, ou des choses dont on ne puisse parler en mal, comme des saints ou des prophètes ». Selon Jan Blanc, « les récriminations du maître témoignent de l’importance prise par l’art et les artistes des anciens Pays-Bas, au milieu du XVIe siècle, mais aussi des qualités qu’on leur accorde au sud des Alpes – un goût pour le plaisir visuel, une recherche des émotions les plus intenses et un intérêt concret pour le monde quotidien et contemporain ».
Le vaste parcours aborde les grands maîtres de la peinture (Jan van Eyck, Petrus Christus, Rogier van der Weyden, Joachim Patinir, Pieter Bruegel l’Ancien), mais également l’enluminure, le dessin, la gravure, l’architecture, la sculpture et la tapisserie - autant de domaines d’excellence durant cette période. Une riche analyse chronologique et thématique, étayée par 600 reproductions de qualité et de nombreux détails. Une belle idée de cadeau pour les fêtes !

Jan Blanc
Citadelle & Mazenod
sous jaquette
592 pages
600 illust. couleurs
24,5 x 31 cm
Octobre 2021
205 €


Street Art XXS. 50 artistes maîtres du petit format

Plus discrètes que leurs consœurs monumentales qui s’affichent sur les murs des villes du monde entier jusqu’à les cannibaliser, les miniatures du street art ne se révèlent souvent qu’à ceux qui prennent le temps d’observer. À cette échelle, le street art est du Slow Art. Ludiques, humoristiques, militants, parfois irrévérencieux, ces petits papiers collés, pochoirs, mosaïques, figurines en relief… jouent presque toujours avec le contexte dans lequel ils sont apposés. Ils s’intègrent ou interagissent avec l’environnement. Nombreux sont les artistes qui ont choisi ce mini-format pour sa facilité de mise en place, et surtout, pour la grande liberté de création et d’expression qu’il autorise.
Cal (née en 1968), qui vit à Lyon, parsème sa ville natale de ses petits collages ou installations drôles et poétiques. Tels des radis dessinés sous une plante sauvage sortant entre deux pierres, des télécabines « accrochées » à un fil courant le long d’un mur, des colonnes d’une balustrade évoquant des personnages de Lego avec juste une bouche et des yeux. Inspiré par Bansky, l’artiste allemand JPS (né en 1977) prend lui-aussi prétexte d’un détail dans la rue pour égrener ses petits dessins au pochoir, comme ce cavalier sautant par-dessus une branche ayant pris racine au pied d’un mur. La mosaïque -que les artisans utilisaient déjà dans l’antiquité- se fait la part belle. De nombreux artistes l’ont adoptée, à l’instar de Stork (né en 1978) qui faisait la chasse aux Space Invaders avant de se lancer lui-même dans la réalisation de ces petits personnages en pixel-art qu’il colle la nuit dans tous les coins de Strasbourg.
À Chicago, Jim Bachor (né en 1964) sublime les nids-de-poule avec ses mosaïques, comblant les trous avec un brocoli, un sachet de sauce piquante, un rat, un pigeon mort, un cafard et même un portrait de Donald Trump ! Les municipalités sont plus ou moins réceptives à son art. La marque de fabrique de l’artiste Megamatt (né en 1980), c’est la mise en scène de Conrad, personnage issu du jeu vidéo Flasback (pantalon bleu et blouson marron). Son petit homme pixelisé saute, court sur les murs, mais aussi prend la pose du Penseur de Rodin. Né en 1974 à Bilbao, Isaac Cordal met en scène un petit personnage kafkaïen de 15 cm de haut pour dénoncer les travers de notre société. Vêtu d’un costume gris, le crâne dégarni, un attaché-case à la main, on le trouve notamment absorbé par des activités consuméristes tandis qu’une barque de réfugiés semble prête à couler. Dans d’autres saynètes encore plus anxiogènes, le lilliputien se tient au bord du vide...Le lieu choisi ayant une incidence directe sur l’œuvre posée, lui donnant un sens.
On aimerait citer la cinquantaine d’artistes et leurs œuvres présentés dans cet ouvrage. Tous nous surprennent par l’acuité de leur regard sur la ville, leur talent à transformer ses défectuosités, ses disgrâces, ses dégradations ou ses incongruités en œuvres d’art drôles, joyeuses, mélancoliques, poétiques ou chargées de messages, comme autant de clins d’œil complices aux passants.

Edith Pauly
Editions Alternatives
29 avril 2021
224 p.
25 €


Willy Ronis en RDA

La vie avant tout, 1960-1967

Il y a de l’humain sur les photographies de Willy Ronis (1910-2009). Des gens qui marchent dans les rues, des enfants qui jouent, des ouvriers dans les usines, des familles profitant les jours de fête. Mais surtout ces jours sans rien, anodins. La vie quotidienne. Comme ce petit garçon courant avec sa baguette de pain sous le bras, dans une rue d’un Paris ensoleillé de 1952. Avec Robert Doisneau, Izis, Sabine Weiss, ce grand photographe fut l’un des derniers représentants du courant humaniste en France et ça se voit. Qu’il photographie le vieux Paris en arpenteur et amoureux de la capital ou les villes nouvelles d’Allemagne de l’Est, son regard plein d’empathie sait toujours ou s’arrêter. « Je m’attache à inclure dans mes prises de vue le caractère humain, par le choix du geste et de l’attitude, par un souci de vie », disait-il.

Lorsqu’en 1967 l’association « Échanges franco allemands » lui commande un reportage destiné à favoriser la reconnaissance par la France de la RDA, c’est « la vie avant tout » qu’il cherche à restituer. « Le cœur à gauche », il se fait le témoin d’un socialisme moderne au service du peuple… faisant ¬l’impasse sur les limites du système, même s’il n’est pas dupe de la nature totalitaire du régime est-allemand. Son objectif est de montrer au public français ce qu’est la vie quotidienne en Allemagne de l’Est. Willy Ronis s’est déjà rendu en RDA en 1960, il sait immédiatement ce qu’il veut montrer : les enfants jouant dans le parc du château de Sans-Souci à Posdam, des familles sur la plage d’une station balnéaire sur la Baltique, des ouvriers agricoles battant l’orge près d’Egein, des couturières dans une usine textile, des moments ordinaires saisis sur le vif…Comme il l’a fait à Paris et dans d’autres pays européens, il photographie aussi les arts et la culture : une école de danse, un chœur d’enfants, une manufacture d’instruments de musique (violoniste talentueux Ronis souhaitait devenir compositeur avant de devoir reprendre le studio de portraits de son père malade), mais aussi des écrivains et des artistes contestataires. Exposé à son retour dans l’Hexagone dans près de quatre-vingts communes, ce reportage joua alors son rôle politique et militant, laissant pour un temps l’art au second plan.
Aujourd’hui, hors du contexte de la guerre froide, ces clichés de Willy Ronis révèlent leur force mémorielle, mais aussi leur profondeur esthétique, stylistique.

N. Neumann & R. Guinée
Editions Parenthèses
Mai 2021
224 p.
170 photos
38 €


L’affaire Ruffini. Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art

La saisie en 2016 d’une Vénus au voile attribuée au maître de la Renaissance Lucas Cranach le Vieux, durant l’exposition de la collection du prince du Liechtenstein à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, révèle un scandale comme le monde de l’art en a rarement connu. Brillante contrefaçon d’un maître faussaire ? Authentique chef-d’œuvre du passé ? Ou tout simplement honorable copie d’époque ?

L’histoire de l’art regorge de faussaires. Pas des copieurs ou des pasticheurs, mais de vrais escrocs producteurs d’œuvres destinées à tromper. Certains d’ailleurs dotés d’un tel talent qu’ils ont réussi à abuser collectionneurs, conservateurs de musées, historiens de l’art, restaurateurs et experts, capables pour certains de joyeusement se contredire, d’avancer des arguments contradictoires et parfois de ne pas oser -pour diverses raisons avouables ou pas- apporter un solide démenti. L’affaire Beltracchi jugée en 2010 a récemment défrayé le petit monde secret du marché de l’art. Cette nouvelle affaire qui l’éclabousse implique non seulement un collectionneur-marchand d’art franco-italien hâbleur et controversé, Giuliano Ruffini (né en 1945), son fils Mathieu et un talentueux peintre copiste Lino Frongia (né en 1958 à Montecchio), connu pour ses répliques de maîtres anciens, mais touche aussi plusieurs illustres institutions, tels le Metropolitan museum de New York, le Getty, la National Gallery de Londres, le Louvre, les maisons de ventes aux enchères Sotheby’s et Christie’s à Paris, des galeries et un grand nombre d’experts.

Ce livre retrace quatre ans d’enquête menée par le journaliste Vincent Noce et tente de lever le voile sur cette douteuse Vénus qui a singulièrement circulé de mains en mains tout en prenant de la valeur et sur quelques autres tableaux à l’authenticité aussi équivoque : un Portrait d’homme attribué à Frans Hals, un David contemplant la tête de Goliath attribué à Orazio Gentileschi, un Saint Jérôme, attribué à l’entourage du Parmigianino, un Saint François, attribué au Greco, et un Saint Côme attribué à Bronzino…Si l’on en apprend trop peu sur le mystérieux peintre faussaire, l’ouvrage révèle de sulfureuses combines du marché de l’art et dévoile les techniques pour produire des faux (aussi complexes que juteuses). Il confirme aussi l’importance des nouvelles méthodes scientifiques pour seconder l’œil des experts, même l’œil le plus aiguisé et honnête, et déceler le vrai du faux. Une gageure quand on connait les enjeux financiers. Comme le rappelle Vincent Noce : « le prix indécent de 450 millions de dollars atteint par le Salvator Mundi, tableau en fort mauvais état dont l’attribution à Léonard de Vinci demeure discutée, en dit long sur la folie qui a gagné le marché de l’art ».

Vincent Noce
Buchet-Chastel
Février 2021
Format poche
280 p.
20€


Le Grand Larousse de l’histoire de l’art

Déjà auteur, chez le même éditeur, de « Le Petit Larousse de l’histoire de l’art », Vincent Brocvielle voit plus grand ! Son « Grand Larousse de l’histoire de l’art » bénéficie des qualités éditoriales de l’historique maison d’édition : maquette claire et soignée, nombreuses reproductions de qualité, équilibre entre le texte et l’image. Il s’agit d’un « beau livre » accessible au plus grand nombre, des enfants déjà lecteurs aux aînés qui voudraient se rafraîchir la mémoire en feuilletant un album de belle facture aux textes très synthétiques et aux informations essentielles. On reste cependant dans les courants dominants de l’art occidental, de l’écriture cunéiforme et de l’art de Sumer, qualifiée de « mère des civilisations », au street-artiste anglais Bansky. Les chapitres de contextualisation par grandes périodes historiques décrivant les mouvements artistiques et listant « les œuvres les plus marquantes » de l’époque concernée encadrent les monographies de 94 artistes de Cimabue à Bansky, certains ayant droit à une double page (62) et d’autres à quatre pages (32). Chaque artiste bénéficie d’une très courte notice biographique et esthétique ainsi que d’une analyse d’une ou de plusieurs de ses œuvres. Forcément, il s’agit des choix de l’auteur qui ne se prêtent guère à critique même si on peut regretter les absences de Pissarro, Caillebotte, Bonnard, Dali, Dubuffet, De Kooning ou du controversé Koons, tout de même figure symbolique de l’art contemporain…On ne dénombre que trois femmes parmi cet aréopage d’hommes : Louise Bourgeois, Annette Messager et Cindy Sherman. La photographie et l’architecture sont quasi absentes. Cependant ne boudons pas notre plaisir pour ce « beau livre » à « petit prix » qui ravira les curieux et les amateurs d’art. « Notre regard s’aiguise à mesure qu’il est éclairé », soutient l’auteur de cette très honnête synthèse qui ne peut pas donner plus que ce qu’elle a mais qui pourra aiguiser la curiosité et ouvrir la voie vers des sentiers moins battus…

Jean-Michel Masqué

Vincent Brocvielle
Éd. Larousse
22/09/2021
352 pages,
Nombreuses illustrations
238 x 278 mm
cartonné
29,95 €


Dictionnaire des artistes foréziens du XIXe siècle.

Au XIXe siècle, tous les chemins menaient à Paris incarnant la capitale culturelle et artistique, là où il faut s’établir et exposer au Salon, éclipsant ce qui se passait en province, à l’exception des célèbres villages et colonies d’artistes de Barbizon, Pont Aven, Auvers-sur-Oise ou Giverny. Ancien conservateur du musée d’Art moderne, Jacques Beauffet fait revivre 362 créateurs (Peintres, dessinateurs, sculpteurs, photographes et artisans) étant nés, ayant vécu ou ayant travaillé dans la Loire au XIXe siècle, notamment autour de Saint-Étienne.
Des inconnus et des plus célèbres, tel le photographe Félix Thiollier qui incarne l’image de l’intellectuel forézien, à la fois industriel du textile, artiste, historien, amis des artistes et collectionneur. C’est aussi Thiollier qui rend compte dans ses photographies de l’univers industriel stéphanois et inspire à son ami Émile Noirot, peintre de la nature, ses paysages miniers et industriels. Le paysagiste Charles Joseph Beauverie, proche de Millet puis de Daubigny à Auvers-sur-Oise, avant de s’installer dans le Forez. Le peintre Gabriel Tyr connu pour ses œuvres religieuses au style très éthéré. Le symboliste Alexandre Séon proche de Puvis de Chavanne. José Frappa, portraitiste académique, également peintre de scènes plus réalistes sur les mineurs de Saint-Étienne et connu aussi pour ses peintures de genre, « prenant souvent pour sujet des moines représentés dans des situations légèrement grivoises » et dont le succès est remonté jusqu’aux salons parisiens. On trouve aussi dans ce dictionnaire des sculpteurs comme Etienne Montagny à qui l’on doit les bronzes monumentaux de l’hôtel de ville de Saint-Étienne et Augustin Dupré, graveur général des Monnaies de France.
Cet ouvrage, qui recense 362 artistes avec des notices individuelles sur chacun -plus ou moins nourries selon la notoriété des artistes-, ouvre sur une analyse de la vie artistique autour de Saint-Étienne au XIXe siècle. Une ville « sans tradition artistique historiquement fondée », mais devenue d’art et d’histoire.

Jacques Beauffet
Ed. Ceysson
232 pages ill.
20€


Les contes de Perrault illustrés par l’art brut

Peau d’Âne, La Belle au bois dormant, Cendrillon, Riquet à la houppe…longtemps relégués à la littérature jeunesse, ces contes ont traversé les siècles et les contrées grâce à la tradition orale. L’académicien français du XVIIe siècle Charles Perrault en a retenu onze d’entre eux qu’il s’est approprié pour les réunir, et les coucher sur le papier. L’édition présente l’intégralité des onze contes de Perrault, qui ont été rassemblés pour la première fois en 1781 : trois contes en vers, publiés en 1694, et huit contes en prose, connus sous le nom des « Contes de ma mère l’Oye », publiés en 1697 sous le titre : « Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités ».
La peur, l’inquiétude, la douleur, mais aussi l’insouciance, la joie et toutes les émotions racontées par Perrault sont sublimées ici par la pulsion créatrice des artistes dits « bruts », selon l’expression inventée par Jean Dubuffet en 1945. Ce bel ouvrage réunis 135 créations choisies pour illustrer l’expression des émotions et des sentiments. Les œuvres poétiques et oniriques d’Henry Darger, Aloïse Corbaz, Adolf Wolfli, Jimmy Lee Sudduth, Ted Gordon, Marcel Storr, Dominique Théate ou encore Joseph Schneller renouvellent notre regard porté sur les contes de Perrault. Dommage que son prix le rende inaccessible à de nombreuses bourses.

Éditions Diane de Selliers
2020
1 volume relié sous coffret
I 374 pages
135 ill.
24,5 × 33 cm
230€


Vatel. Les fastes de la table sous Louis XIV

La fin tragique du célèbre maître d’hôtel François Vatel, qui se poignarda le 24 avril 1671, à l’âge de 40 ans, au château de Chantilly lors de fastueuses fêtes données par le Prince de Condé en l’honneur du roi Louis XIV, est bien connue. C’est Mme de Sévigné elle-même qui la raconte dans deux lettres à sa fille Mme de Grignan. Et l’épistolière n’a pas son pareil pour en narrer tous les détails, qu’elle tient, non pas de sa présence à cette fête où elle n’était pas, mais de Mme de Longueville, sœur du Grand Condé.

Nous sommes donc en avril 1671. Le Prince de Condé, désireux de rétablir la confiance royale et d’obtenir de nouvelles fonctions qui lui permettraient de redresser ses finances et de maintenir son grand train de vie, accueille Louis XIV à Chantilly. Et c’est Vatel, contrôleur général de Condé qui est chargé d’organiser l’accueil du roi. Soit près de deux mille personnes à loger, nourrir et divertir durant trois jours, dans un but purement politique. Le défi est à la hauteur de l’enjeu, énorme. Las, quelques incidents surviennent, un feu d’artifice raté puis un manque de rôti à certaines tables « à cause de plusieurs dîners à quoi l’on ne s’étoit point attendu ; cela saisit Vatel, il dit plusieurs fois : « je suis perdu d’honneur (…) », écrit Mme de Sévigné. Mais comme si un tel affront à sa conscience professionnelle n’était pas suffisant, la marée commandée à tous les ports de mer par Vatel tarde à arriver. Lorsque qu’elle arrive enfin, il est trop tard, Vatel s’est tué, mais son mythe est né.

Conservateur générale du patrimoine chargée du musée Condé au château de Chantilly, Nicole Garnier-Pelle fait revivre avec érudition et passion l’histoire de Vatel, des débuts de ce fils de laboureur picard au service de Nicolas Fouquet au château de Vaux-le-Vicomte, à cette funeste fête de Chantilly. Chez Fouquet, Vatel est chargé de veiller aux achats, aux réserves alimentaires, à l’organisation des déplacements des meubles et de la vaisselle. Ses fonctions et ses revenus dépassent vite ceux d’un simple maître d’hôtel. Il devient l’expert en organisation de grandes réceptions et fêtes que tout le monde s’arrache, même le roi le missionne plusieurs fois. Fouquet qui l’emploie toujours lui confie aussi des affaires délicates. En clair, c’est un homme de confiance. Même l’arrestation de Fouquet par Louis XIV, fou de jalousie à la suite du dîner -trop- fastueux donné le 17 août 1661 à Vaux-le-Vicomte, ne va entacher sa réputation auprès de la famille royale. Pourtant c’est lui qui organisa ce dîner dans de la vaisselle en or qui attira la colère du roi. « Embauché » quelques temps plus tard par Monsieur, frère du roi, duc d’Orléans, Vatel entre ensuite au service du Grand Condé à Chantilly. De fêtes en diners, c’est aussi à la naissance des arts de la table qu’on assiste.

Ce XVIIe siècle voit émerger de nouveaux goûts, de nouveaux produits, de nouvelles recettes, que Nicole Garnier-Pelle nous conte avec appétit et gourmandise. L’histoire de Vatel se double d’un livre de cuisine (au beurre), joliment illustré de gravures issues de la riche bibliothèque du musée Condé et de peintures tel ce fameux tableau du « Déjeuner d’huitres » (et de champagne), peint par Jean-François de Troy en 1735, exposé au musée Condé. Entre l’arrivée des asperges, des melons, des confitures, du café, du thé et du chocolat, on y apprend au passage que Vatel n’était pas cuisinier comme il fut raconté à tort, et qu’il n’est pas non plus l’inventeur de la crème Chantilly, apparue dès le XVIe siècle dans toute l’Europe. On ne connaîtra jamais non plus son visage, aucun portrait de Vatel n’ayant été retrouvé. Mais en ce 350e anniversaire de sa disparition, ce livre passionnant lui redonne vie.

Nicole Garnier-Pelle
In Fine Éditions d’art
Avril 2021
112 pages
50 ill.
19 × 26,5 cm
19,00 € TTC


Histoire de l’art et des styles

Puisque c’est la rentrée studieuse, voici un petit ouvrage modeste, pratique et bien fait pour s’initier à l’histoire de l’art. Idéal pour les collégiens et lycéens, mais pas qu’eux. Alors, si le surréalisme vous semble totalement abstrait et l’art abstrait, totalement surréaliste. Si l’impressionnisme ne vous évoque rien, et le cubisme vous laisse perplexe, cette mise à jour pédagogique vous éclairera. Ce guide illustré dresse un panorama des différents courants de l’art occidental, de l’Antiquité à nos jours. La peinture, la sculpture et l’architecture n’auront bientôt plus de secrets pour vous ! Et à 3€, vous ne vous ruinerez pas.

Patrick Weber
Librio
8 septembre 2021
112 p.
3€


Le détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture

Comme nous apprend Daniel Arasse, le détail peut être porteur d’une signification essentielle à l’ensemble de l’image et nous offrir une autre manière de voir et d’appréhender la peinture.

Dans chaque tableau figuratif, quelque chose fait signe, appelle le regardeur à s’approcher. Personnellement, en découvrant la richesse des détails des paysages bleutés dans le fond des tableaux religieux du XVIe siècle, j’ai eu envie de m’y attarder, de les scruter pour mieux comprendre leur présence. Ces tableaux fourmillent de réalités quotidiennes et de motifs naturels (paysans aux champs, troupeaux, pêcheurs, bosquets d’arbres, rochers…), parfois plus présents que le prétexte religieux de l’œuvre : pèlerins d’Emmaüs, tentation de St Antoine, extase de Marie-Madeleine ou saint Christophe portant l’enfant Jésus. Et l’on comprend alors, comme chez Joachim Patinir (vers 1480-1524) par exemple, que le paysage est ici l’essentiel de l’œuvre. Son but caché.

Comme nous apprend Daniel Arasse, le détail peut être porteur d’une signification essentielle à l’ensemble de l’image. Comme cette mouche peinte sur la poitrine du Christ de Pitié (vers 1480) par Giovanni Santi (le père de Raphaël), qui est ici symbole de mort. Mais dans d’autres tableaux, elle peut revêtir d’autres sens. Le répertoire des symboles – qu’il s’agisse d’animaux, de plantes, d’objets, de formes ou gestes- est vaste et leurs significations peuvent varier en fonction des cultures et des époques. Le détail peut aussi constituer un indice de vérité que vise le tableau. Être purement gratuit. Une démonstration de l’habileté du peintre. Un acte de « peinture pure » comme chez Georges de La Tour, virtuose du détail. Isolé de l’ensemble du tableau, on peut parfois attribuer un détail à une autre période de l’histoire de l’art. Il suscite donc des rapprochements, ouvre des chemins de traverse, provoque de l’étonnement. L’auteur rappelant comme l’a écrit Roland Barthes, que « l’étonnement est le commencement timide de la jouissance ».

Daniel Arasse
Flammarion
Paru le 03/02/2021
400 p.
240 ill.
29,90 €


Art et Paysage

À partir des années 1950, des artistes ont cherché à brouiller la frontière entre l’art et la vie en sortant l’art des musées et des galeries pour le resituer dans les décors du quotidien, d’autres ont créé un art qui dialogue ouvertement avec son site, devenant partie intégrante de l’œuvre.
Les œuvres d’art que vous allez découvrir n’ont donc pas pour écrin un musée, mais un coin de terre dans les contrées les plus diverses : déserts, forêts, rivières et mers, dans les champs et au sommet des montagnes, dans les villes fantômes, les réserves naturelles, les anciens sites industriels, les carrières et les monastères. Elles sont aussi parfois des joyaux cachés au cœur des villes ou des jardins d’artistes.
L’historienne de l’art Amy Dempsey en a sélectionné une soixantaine à travers le monde qu’elle a réunie dans ce petit guide de voyage dans l’art in situ.
Si certains sont bien connus (le Parc Güell de Gaudi en Espagne, le Mont Rushmore et ses quatre portraits géants de présidents américains à Keystone aux États-Unis, Le Jardin des Tarots de Niki de Saint Phalle en Italie, Le Cyclop de Tinguely en France), la plupart sont à découvrir. Comme l’étonnant Figurenfeld, une immense installation anti-guerre d’Alois Wünsche-Mitterecker, à Eichstätt (Allemagne) ; Le Rock Garden de Nek Chand à Chandigarh, un immense décor de sculptures en mosaïques ; Le Land Art au Flevoland (Pays-Bas), neuf œuvres d’art réalisées par plusieurs artistes ; La Fondation Voth, dans la plaine de Marha au Maroc, un ensemble de structures géométriques en argile qui rattachent symboliquement les humains au cosmos. Nexus de Jason deCaires Taylor à Sandvika (Norvège), un ensemble de douze sculptures posées sur des récifs artificiel ou immergées dans l’eau et colonisées par la faune et la flore marines. Ou encore Inside Australia d’Antony Gormley, une installation du sculpteur britannique composée de 51 figures noires en acier inoxydable disposées comme des ombres en plein soleil sur le lit généralement desséché du lac salé Ballard.
Chaque site fait l’objet d’une double page illustrée sur son histoire et sa réalisation complétée d’infos pratiques pour s’y rendre. Une chronologie permet de mieux comprendre l’évolution des œuvres d’art dans le paysage depuis la seconde moitié du XXe siècle et de les situer sur une carte du monde qui témoigne de leur concentration en Europe et aux États-Unis.

Amy Dempsey
Ed. Flammarion
L’Art en poche
Mai 2021
138x216 mm
150 ill.
14,90€