L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

« Livres d’art. Sélection de nouveautés ». Par Catherine Rigollet
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Les livres

Le faussaire de la famille. L’Angelus, Les Glaneuses…enquête sur les vrais faux Millet.

Célèbre juge anti-corruption, Eric Halphen est moins connu comme auteur de romans noirs (éditions Denoël) et encore moins comme collectionneur d’art -en particulier de dessin du XIXe siècle. Il a mis à profit ses trois compétences de juge d’instruction, d’écrivain et d’amateur d’art pour raconter l’histoire vraie -mais totalement méconnue - des faux Millet.
Contexte : acheteur d’œuvres d’art, notamment sur e-Bay, Halphen découvre un jour qu’un dessin de Millet – une bergère sous un arbre- est en vente, issu d’une collection particulière et proposé par un vendeur anglais. Le dessin lui semble magnifique, y figure le cachet J.F.M de la vente après décès de Millet en 1875 et porte même au verso la mention : « Moi Charles Millet, certifie que ce dessin est de la main de mon illustre père le peintre Jean-François Millet. » Toutefois, en cherchant des informations sur Charles Millet, Halphen tombe sur un autre Millet, Jean-Charles, petit-fils de l’illustre peintre de l’Angélus, des Glaneuses, mais aussi auteur de nombreux dessins et gravures. Peintre lui-aussi, Jean-Charles n’a pas le talent de son grand-père et surtout, il a déjà été condamné pour escroquerie, apposition de fausse signature et abus de confiance dans les années 1930…Il s’avère qu’il a vendu à l’époque deux cents faux dessins de Millet à un galeriste londonien. De quoi refroidir l’acheteur Halphen.

S’il regrette de ne pas avoir acheté ce dessin, cette histoire l’a suffisamment passionnée pour qu’il se lance dans l’enquête sur cette affaire de petit-fils faussaire et en livre un passionnant récit, remontant pour cela jusqu’à la vie et l’œuvre du fondateur de l’école de Barbizon, brossant le portrait d’un homme taiseux, qui se révèle plein de paradoxes, ne cherche pas à plaire, vit assez modestement de sa peinture entre la Manche, Paris et Barbizon avec sa femme qui lui donnera neuf enfants, soutenu par des marchands comme Durand-Ruel, le plus fidèle.
La suite réjouira les amateurs d’histoires d’art du faux où comment un petit-fils, artiste peintre et graveur sans envergure et avide d’argent (il a tôt fait de vendre les œuvres héritées de son grand-père et de dilapider son héritage) fera réaliser par un talentueux copiste de fausses œuvres de J.F Millet (car lui-même s’avère incapable d’y parvenir), y apposant le cachet de l’artiste et faisant fortune en vendant à des galeristes naïfs ou peu regardants des tableaux et dessins miraculeusement retrouvés dans le grenier familial, des études ou des ébauches « laissées de côté ». C’est Paul Cazot, ancien peintre en bâtiment, qui va devenir ce « Mozart du plagiat », jusqu’à ce que le scandale éclate et que la machine judiciaire se mette en marche. Si elle fut peu sévère avec Jean-Charles Millet, sa fin de vie fut plus tragique. Un passionnant récit.

C.R

Eric Halphen
Ed. Buchet-Chastel
Février 2022
256 pages
19,90€


Paul Klee. Entre-mondes

Insaisissable et mystérieux Paul Klee (1879-1940) qui hésita longuement entre la peinture, l’écriture et la musique, se forma finalement aux arts plastiques à Munich, tout en cherchant à sortir des canons académiques, à rejeter sa culture artistique pour essayer de remonter aux origines de l’art. « Je veux être comme un nouveau-né, ne sachant absolument rien de l’Europe, ignorant les poètes et les modes, presque un primitif. », note-t-il dans son journal.

Le LaM (Lille métropole musée d’art moderne) en co-production avec le Zentrum Paul Klee de Berne consacre une exposition (19-11-2021 / 27-02-2022) qui revient sur la façon dont les dessins d’enfants, l’art préhistorique, l’art extra-occidental et ce qu’on appelle alors « l’art des fous » ont permis à Klee de repenser son art. L’art d’un « peintre mental » selon les surréalistes, qui élabore son propre langage visuel à partir de ses impressions face à ces quatre univers. Naviguant sans cesse entre peinture et musique, figuration et abstraction, Orient et Occident, hier et demain. Faisant de la simplification de la ligne, cet élément pictural le plus universel, sa signature artistique.
L’ouvrage abondamment illustré qui accompagne l’exposition « Paul Klee, entre-mondes » éclaire sur cette quête des origines de l’art poursuivie par l’artiste. Ses recherches plastiques incessantes, ses expérimentations sur les matériaux et ses écrits. Elle met en évidence les quatre « mondes » explorées par l’artiste en approfondissant l’analyse de chacune. Elle compare ainsi les approches de Klee et de Dubuffet par rapport à l’art asilaire, souligne l’intérêt avant-gardiste de Klee pour la puissance créative et poétique du langage des enfants qui va au-delà de leur quête du simple copiage du langage adulte.

L’ouvrage renoue le dialogue entre des œuvres provenant des différentes périodes de création de l’artiste et un ensemble d’objets et de documents issus de sa collection personnelle (ouvrages sur la folie, dessins de son fils Felix et ses propres dessins d’enfant). Plusieurs périodes y sont abordées par le prisme de la quête des origines : le contexte du Cavalier bleu à Munich, celui de Dada à Zurich et du surréalisme à Paris, les années d’enseignement au Bauhaus et enfin la réception de Klee aux États-Unis dans les années 1930. On appréciera en fin de livre la chronologie détaillée et illustrée de Paul Klee, artiste marqué par l’apport de nombreuses sources formelles et intellectuelles et devenu à son tour une source d’inspiration pour de nombreux artistes. Un ouvrage de référence.

Collectif
Ed. Flammarion
Paru le 27/10/2021
208 p. 150 ill.
Broché rabats
35 €


Street Art XXS. 50 artistes maîtres du petit format

Plus discrètes que leurs consœurs monumentales qui s’affichent sur les murs des villes du monde entier jusqu’à les cannibaliser, les miniatures du street art ne se révèlent souvent qu’à ceux qui prennent le temps d’observer. À cette échelle, le street art est du Slow Art. Ludiques, humoristiques, militants, parfois irrévérencieux, ces petits papiers collés, pochoirs, mosaïques, figurines en relief… jouent presque toujours avec le contexte dans lequel ils sont apposés. Ils s’intègrent ou interagissent avec l’environnement. Nombreux sont les artistes qui ont choisi ce mini-format pour sa facilité de mise en place, et surtout, pour la grande liberté de création et d’expression qu’il autorise.
Cal (née en 1968), qui vit à Lyon, parsème sa ville natale de ses petits collages ou installations drôles et poétiques. Tels des radis dessinés sous une plante sauvage sortant entre deux pierres, des télécabines « accrochées » à un fil courant le long d’un mur, des colonnes d’une balustrade évoquant des personnages de Lego avec juste une bouche et des yeux. Inspiré par Bansky, l’artiste allemand JPS (né en 1977) prend lui-aussi prétexte d’un détail dans la rue pour égrener ses petits dessins au pochoir, comme ce cavalier sautant par-dessus une branche ayant pris racine au pied d’un mur. La mosaïque -que les artisans utilisaient déjà dans l’antiquité- se fait la part belle. De nombreux artistes l’ont adoptée, à l’instar de Stork (né en 1978) qui faisait la chasse aux Space Invaders avant de se lancer lui-même dans la réalisation de ces petits personnages en pixel-art qu’il colle la nuit dans tous les coins de Strasbourg.
À Chicago, Jim Bachor (né en 1964) sublime les nids-de-poule avec ses mosaïques, comblant les trous avec un brocoli, un sachet de sauce piquante, un rat, un pigeon mort, un cafard et même un portrait de Donald Trump ! Les municipalités sont plus ou moins réceptives à son art. La marque de fabrique de l’artiste Megamatt (né en 1980), c’est la mise en scène de Conrad, personnage issu du jeu vidéo Flasback (pantalon bleu et blouson marron). Son petit homme pixelisé saute, court sur les murs, mais aussi prend la pose du Penseur de Rodin. Né en 1974 à Bilbao, Isaac Cordal met en scène un petit personnage kafkaïen de 15 cm de haut pour dénoncer les travers de notre société. Vêtu d’un costume gris, le crâne dégarni, un attaché-case à la main, on le trouve notamment absorbé par des activités consuméristes tandis qu’une barque de réfugiés semble prête à couler. Dans d’autres saynètes encore plus anxiogènes, le lilliputien se tient au bord du vide...Le lieu choisi ayant une incidence directe sur l’œuvre posée, lui donnant un sens.
On aimerait citer la cinquantaine d’artistes et leurs œuvres présentés dans cet ouvrage. Tous nous surprennent par l’acuité de leur regard sur la ville, leur talent à transformer ses défectuosités, ses disgrâces, ses dégradations ou ses incongruités en œuvres d’art drôles, joyeuses, mélancoliques, poétiques ou chargées de messages, comme autant de clins d’œil complices aux passants.

Edith Pauly
Editions Alternatives
29 avril 2021
224 p.
25 €


Maisons

Le bonhomme et la maison sont sans doute les deux premières représentations, en prise avec le monde quotidien et environnant, dont s’empare l’enfant qui commence à dessiner. Sous l’apparence d’une extrême simplicité, le terme de maison permet de développer de multiples images personnelles, des conceptions idéologiques et architecturales, des modes d’existence ou des choix de vie, des projections imaginaires ou des métaphores, des projets irréalistes ou des rêves d’une extrême concrétude, des souvenirs vrais ou faux portés par des perceptions sensorielles et corporelles d’une richesse infinie.
Le Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne (MAHHSA) présente du 19 novembre 2021 au 17 avril 2022 une nouvelle exposition thématique consacrée à une représentation à la banalité trompeuse : la maison, au travers d’œuvres choisies dans le Collection Sainte-Anne, mais aussi grâce à certains travaux d’artistes contemporains. Les œuvres d’Absalon, Magnus Gramén, Wolfgang Laib, Maude Maris et Tatiana Trouvé apportent un contrepoint conceptuel et contemporain à l’approche d’apparence plus intimiste et spontanée proposée par les artistes de la collection Sainte-Anne, entre la fin du XIXe siècle et les années 2000.
Ce catalogue rassemble les différentes œuvres exposées, en s’inspirant du parcours d’exposition, ainsi que les biographies des artistes. Les contributions proposées sont pluridisciplinaires, entre psychanalyse et histoire de l’art.

Contributions de Anne-Marie Dubois
et Margaux Pisteur.
Photographies : Dominique Baliko.
Coédition In Fine / MAHHSA
Novembre 2021
160 p. 120 ill.
format 27 x 19 cm
25 €


L’affaire Ruffini. Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art

La saisie en 2016 d’une Vénus au voile attribuée au maître de la Renaissance Lucas Cranach le Vieux, durant l’exposition de la collection du prince du Liechtenstein à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, révèle un scandale comme le monde de l’art en a rarement connu. Brillante contrefaçon d’un maître faussaire ? Authentique chef-d’œuvre du passé ? Ou tout simplement honorable copie d’époque ?

L’histoire de l’art regorge de faussaires. Pas des copieurs ou des pasticheurs, mais de vrais escrocs producteurs d’œuvres destinées à tromper. Certains d’ailleurs dotés d’un tel talent qu’ils ont réussi à abuser collectionneurs, conservateurs de musées, historiens de l’art, restaurateurs et experts, capables pour certains de joyeusement se contredire, d’avancer des arguments contradictoires et parfois de ne pas oser -pour diverses raisons avouables ou pas- apporter un solide démenti. L’affaire Beltracchi jugée en 2010 a récemment défrayé le petit monde secret du marché de l’art. Cette nouvelle affaire qui l’éclabousse implique non seulement un collectionneur-marchand d’art franco-italien hâbleur et controversé, Giuliano Ruffini (né en 1945), son fils Mathieu et un talentueux peintre copiste Lino Frongia (né en 1958 à Montecchio), connu pour ses répliques de maîtres anciens, mais touche aussi plusieurs illustres institutions, tels le Metropolitan museum de New York, le Getty, la National Gallery de Londres, le Louvre, les maisons de ventes aux enchères Sotheby’s et Christie’s à Paris, des galeries et un grand nombre d’experts.

Ce livre retrace quatre ans d’enquête menée par le journaliste Vincent Noce et tente de lever le voile sur cette douteuse Vénus qui a singulièrement circulé de mains en mains tout en prenant de la valeur et sur quelques autres tableaux à l’authenticité aussi équivoque : un Portrait d’homme attribué à Frans Hals, un David contemplant la tête de Goliath attribué à Orazio Gentileschi, un Saint Jérôme, attribué à l’entourage du Parmigianino, un Saint François, attribué au Greco, et un Saint Côme attribué à Bronzino…Si l’on en apprend trop peu sur le mystérieux peintre faussaire, l’ouvrage révèle de sulfureuses combines du marché de l’art et dévoile les techniques pour produire des faux (aussi complexes que juteuses). Il confirme aussi l’importance des nouvelles méthodes scientifiques pour seconder l’œil des experts, même l’œil le plus aiguisé et honnête, et déceler le vrai du faux. Une gageure quand on connait les enjeux financiers. Comme le rappelle Vincent Noce : « le prix indécent de 450 millions de dollars atteint par le Salvator Mundi, tableau en fort mauvais état dont l’attribution à Léonard de Vinci demeure discutée, en dit long sur la folie qui a gagné le marché de l’art ».

Vincent Noce
Buchet-Chastel
Février 2021
Format poche
280 p.
20€


Le Grand Larousse de l’histoire de l’art

Déjà auteur, chez le même éditeur, de « Le Petit Larousse de l’histoire de l’art », Vincent Brocvielle voit plus grand ! Son « Grand Larousse de l’histoire de l’art » bénéficie des qualités éditoriales de l’historique maison d’édition : maquette claire et soignée, nombreuses reproductions de qualité, équilibre entre le texte et l’image. Il s’agit d’un « beau livre » accessible au plus grand nombre, des enfants déjà lecteurs aux aînés qui voudraient se rafraîchir la mémoire en feuilletant un album de belle facture aux textes très synthétiques et aux informations essentielles. On reste cependant dans les courants dominants de l’art occidental, de l’écriture cunéiforme et de l’art de Sumer, qualifiée de « mère des civilisations », au street-artiste anglais Bansky. Les chapitres de contextualisation par grandes périodes historiques décrivant les mouvements artistiques et listant « les œuvres les plus marquantes » de l’époque concernée encadrent les monographies de 94 artistes de Cimabue à Bansky, certains ayant droit à une double page (62) et d’autres à quatre pages (32). Chaque artiste bénéficie d’une très courte notice biographique et esthétique ainsi que d’une analyse d’une ou de plusieurs de ses œuvres. Forcément, il s’agit des choix de l’auteur qui ne se prêtent guère à critique même si on peut regretter les absences de Pissarro, Caillebotte, Bonnard, Dali, Dubuffet, De Kooning ou du controversé Koons, tout de même figure symbolique de l’art contemporain…On ne dénombre que trois femmes parmi cet aréopage d’hommes : Louise Bourgeois, Annette Messager et Cindy Sherman. La photographie et l’architecture sont quasi absentes. Cependant ne boudons pas notre plaisir pour ce « beau livre » à « petit prix » qui ravira les curieux et les amateurs d’art. « Notre regard s’aiguise à mesure qu’il est éclairé », soutient l’auteur de cette très honnête synthèse qui ne peut pas donner plus que ce qu’elle a mais qui pourra aiguiser la curiosité et ouvrir la voie vers des sentiers moins battus…

Jean-Michel Masqué

Vincent Brocvielle
Éd. Larousse
22/09/2021
352 pages,
Nombreuses illustrations
238 x 278 mm
cartonné
29,95 €


Dictionnaire des artistes foréziens du XIXe siècle.

Au XIXe siècle, tous les chemins menaient à Paris incarnant la capitale culturelle et artistique, là où il faut s’établir et exposer au Salon, éclipsant ce qui se passait en province, à l’exception des célèbres villages et colonies d’artistes de Barbizon, Pont Aven, Auvers-sur-Oise ou Giverny. Ancien conservateur du musée d’Art moderne, Jacques Beauffet fait revivre 362 créateurs (Peintres, dessinateurs, sculpteurs, photographes et artisans) étant nés, ayant vécu ou ayant travaillé dans la Loire au XIXe siècle, notamment autour de Saint-Étienne.
Des inconnus et des plus célèbres, tel le photographe Félix Thiollier qui incarne l’image de l’intellectuel forézien, à la fois industriel du textile, artiste, historien, amis des artistes et collectionneur. C’est aussi Thiollier qui rend compte dans ses photographies de l’univers industriel stéphanois et inspire à son ami Émile Noirot, peintre de la nature, ses paysages miniers et industriels. Le paysagiste Charles Joseph Beauverie, proche de Millet puis de Daubigny à Auvers-sur-Oise, avant de s’installer dans le Forez. Le peintre Gabriel Tyr connu pour ses œuvres religieuses au style très éthéré. Le symboliste Alexandre Séon proche de Puvis de Chavanne. José Frappa, portraitiste académique, également peintre de scènes plus réalistes sur les mineurs de Saint-Étienne et connu aussi pour ses peintures de genre, « prenant souvent pour sujet des moines représentés dans des situations légèrement grivoises » et dont le succès est remonté jusqu’aux salons parisiens. On trouve aussi dans ce dictionnaire des sculpteurs comme Etienne Montagny à qui l’on doit les bronzes monumentaux de l’hôtel de ville de Saint-Étienne et Augustin Dupré, graveur général des Monnaies de France.
Cet ouvrage, qui recense 362 artistes avec des notices individuelles sur chacun -plus ou moins nourries selon la notoriété des artistes-, ouvre sur une analyse de la vie artistique autour de Saint-Étienne au XIXe siècle. Une ville « sans tradition artistique historiquement fondée », mais devenue d’art et d’histoire.

Jacques Beauffet
Ed. Ceysson
232 pages ill.
20€


Les contes de Perrault illustrés par l’art brut

Peau d’Âne, La Belle au bois dormant, Cendrillon, Riquet à la houppe…longtemps relégués à la littérature jeunesse, ces contes ont traversé les siècles et les contrées grâce à la tradition orale. L’académicien français du XVIIe siècle Charles Perrault en a retenu onze d’entre eux qu’il s’est approprié pour les réunir, et les coucher sur le papier. L’édition présente l’intégralité des onze contes de Perrault, qui ont été rassemblés pour la première fois en 1781 : trois contes en vers, publiés en 1694, et huit contes en prose, connus sous le nom des « Contes de ma mère l’Oye », publiés en 1697 sous le titre : « Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités ».
La peur, l’inquiétude, la douleur, mais aussi l’insouciance, la joie et toutes les émotions racontées par Perrault sont sublimées ici par la pulsion créatrice des artistes dits « bruts », selon l’expression inventée par Jean Dubuffet en 1945. Ce bel ouvrage réunis 135 créations choisies pour illustrer l’expression des émotions et des sentiments. Les œuvres poétiques et oniriques d’Henry Darger, Aloïse Corbaz, Adolf Wolfli, Jimmy Lee Sudduth, Ted Gordon, Marcel Storr, Dominique Théate ou encore Joseph Schneller renouvellent notre regard porté sur les contes de Perrault. Dommage que son prix le rende inaccessible à de nombreuses bourses.

Éditions Diane de Selliers
2020
1 volume relié sous coffret
I 374 pages
135 ill.
24,5 × 33 cm
230€


Vatel. Les fastes de la table sous Louis XIV

La fin tragique du célèbre maître d’hôtel François Vatel, qui se poignarda le 24 avril 1671, à l’âge de 40 ans, au château de Chantilly lors de fastueuses fêtes données par le Prince de Condé en l’honneur du roi Louis XIV, est bien connue. C’est Mme de Sévigné elle-même qui la raconte dans deux lettres à sa fille Mme de Grignan. Et l’épistolière n’a pas son pareil pour en narrer tous les détails, qu’elle tient, non pas de sa présence à cette fête où elle n’était pas, mais de Mme de Longueville, sœur du Grand Condé.

Nous sommes donc en avril 1671. Le Prince de Condé, désireux de rétablir la confiance royale et d’obtenir de nouvelles fonctions qui lui permettraient de redresser ses finances et de maintenir son grand train de vie, accueille Louis XIV à Chantilly. Et c’est Vatel, contrôleur général de Condé qui est chargé d’organiser l’accueil du roi. Soit près de deux mille personnes à loger, nourrir et divertir durant trois jours, dans un but purement politique. Le défi est à la hauteur de l’enjeu, énorme. Las, quelques incidents surviennent, un feu d’artifice raté puis un manque de rôti à certaines tables « à cause de plusieurs dîners à quoi l’on ne s’étoit point attendu ; cela saisit Vatel, il dit plusieurs fois : « je suis perdu d’honneur (…) », écrit Mme de Sévigné. Mais comme si un tel affront à sa conscience professionnelle n’était pas suffisant, la marée commandée à tous les ports de mer par Vatel tarde à arriver. Lorsque qu’elle arrive enfin, il est trop tard, Vatel s’est tué, mais son mythe est né.

Conservateur générale du patrimoine chargée du musée Condé au château de Chantilly, Nicole Garnier-Pelle fait revivre avec érudition et passion l’histoire de Vatel, des débuts de ce fils de laboureur picard au service de Nicolas Fouquet au château de Vaux-le-Vicomte, à cette funeste fête de Chantilly. Chez Fouquet, Vatel est chargé de veiller aux achats, aux réserves alimentaires, à l’organisation des déplacements des meubles et de la vaisselle. Ses fonctions et ses revenus dépassent vite ceux d’un simple maître d’hôtel. Il devient l’expert en organisation de grandes réceptions et fêtes que tout le monde s’arrache, même le roi le missionne plusieurs fois. Fouquet qui l’emploie toujours lui confie aussi des affaires délicates. En clair, c’est un homme de confiance. Même l’arrestation de Fouquet par Louis XIV, fou de jalousie à la suite du dîner -trop- fastueux donné le 17 août 1661 à Vaux-le-Vicomte, ne va entacher sa réputation auprès de la famille royale. Pourtant c’est lui qui organisa ce dîner dans de la vaisselle en or qui attira la colère du roi. « Embauché » quelques temps plus tard par Monsieur, frère du roi, duc d’Orléans, Vatel entre ensuite au service du Grand Condé à Chantilly. De fêtes en diners, c’est aussi à la naissance des arts de la table qu’on assiste.

Ce XVIIe siècle voit émerger de nouveaux goûts, de nouveaux produits, de nouvelles recettes, que Nicole Garnier-Pelle nous conte avec appétit et gourmandise. L’histoire de Vatel se double d’un livre de cuisine (au beurre), joliment illustré de gravures issues de la riche bibliothèque du musée Condé et de peintures tel ce fameux tableau du « Déjeuner d’huitres » (et de champagne), peint par Jean-François de Troy en 1735, exposé au musée Condé. Entre l’arrivée des asperges, des melons, des confitures, du café, du thé et du chocolat, on y apprend au passage que Vatel n’était pas cuisinier comme il fut raconté à tort, et qu’il n’est pas non plus l’inventeur de la crème Chantilly, apparue dès le XVIe siècle dans toute l’Europe. On ne connaîtra jamais non plus son visage, aucun portrait de Vatel n’ayant été retrouvé. Mais en ce 350e anniversaire de sa disparition, ce livre passionnant lui redonne vie.

Nicole Garnier-Pelle
In Fine Éditions d’art
Avril 2021
112 pages
50 ill.
19 × 26,5 cm
19,00 € TTC


Histoire de l’art et des styles

Puisque c’est la rentrée studieuse, voici un petit ouvrage modeste, pratique et bien fait pour s’initier à l’histoire de l’art. Idéal pour les collégiens et lycéens, mais pas qu’eux. Alors, si le surréalisme vous semble totalement abstrait et l’art abstrait, totalement surréaliste. Si l’impressionnisme ne vous évoque rien, et le cubisme vous laisse perplexe, cette mise à jour pédagogique vous éclairera. Ce guide illustré dresse un panorama des différents courants de l’art occidental, de l’Antiquité à nos jours. La peinture, la sculpture et l’architecture n’auront bientôt plus de secrets pour vous ! Et à 3€, vous ne vous ruinerez pas.

Patrick Weber
Librio
8 septembre 2021
112 p.
3€


L’Art des anciens Pays-Bas : de Van Eyck à Bruegel

Cette étude historique et artistique de Jan Blanc apporte un nouveau regard sur ceux que l’on désignait comme les « primitifs » flamands. Une peinture que Michel-Ange critiquait vertement car faite pour « tromper la vue » en montrant « des choses plaisantes pleines d’agrément, ou des choses dont on ne puisse parler en mal, comme des saints ou des prophètes ». Selon Jan Blanc, « les récriminations du maître témoignent de l’importance prise par l’art et les artistes des anciens Pays-Bas, au milieu du XVIe siècle, mais aussi des qualités qu’on leur accorde au sud des Alpes – un goût pour le plaisir visuel, une recherche des émotions les plus intenses et un intérêt concret pour le monde quotidien et contemporain ».
Le vaste parcours aborde les grands maîtres de la peinture (Jan van Eyck, Petrus Christus, Rogier van der Weyden, Joachim Patinir, Pieter Bruegel l’Ancien), mais également l’enluminure, le dessin, la gravure, l’architecture, la sculpture et la tapisserie - autant de domaines d’excellence durant cette période. Une riche analyse chronologique et thématique, étayée par 600 reproductions de qualité et de nombreux détails.

Jan Blanc
Citadelle & Mazenod
sous jaquette
592 pages
600 illust. couleurs
24,5 x 31 cm
Octobre 2021
205 €


L’art des Pays Baltes. XIXe - XXe siècles

La récente exposition « Ames sauvages, le symbolisme dans les pays baltes » (musée d’Orsay, du 10 avril au 15 juillet 2018) a permis de mieux faire connaître un pan de l’art de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Par le recours à la légende ou au folklore, ces pays géographiquement contigus, à l’histoire toutefois dissemblable, mais qui se sont rapprochés pour se renforcer face aux aléas de l’histoire, ont forgé un langage particulier, empreint de la beauté des paysages de ces pays entre mer et forêt. Dès l’époque symboliste, des précurseurs comme Čiurlionis et son univers de contes et légendes, Mägi et ses couleurs presque fauves, Purvitis (dont le magnifique Hiver, vers 1910, orne la couverture) ou encore Perle ont manifesté une exceptionnelle originalité. L’expressionnisme est bien présent avec des artistes comme Samuolis, Valters et Grosvalds. L’entre-deux-guerres a été une riche époque d’ouverture et d’échanges avec l’Europe où on découvre le surréalisme avec les expérimentations de la photographe Domicelé Tarabildiené et les géométries subtiles et élégantes d’Akberg qui s’arrêtera toutefois aux limites de l’abstraction ; peu d’artistes oseront d’ailleurs s’y aventurer, surtout après-guerre.
Le présent ouvrage de Serge Fauchereau se referme sur les années 50-60 et l’adaptation -choisie ou obligatoire- des artistes qui ne se sont pas exilés, au réalisme soviétique, suscitant un académisme souvent très daté. Chaque pays fait l’objet d’un chapitre racontant son histoire propre qui lui a permis de faire émerger sa culture, ses artistes et leur art. Un panorama passionnant de l’art moderne des pays baltes et de belles découvertes.

C.R

Serge Fauchereau
Flammarion
Novembre 2021
256 p.
183 ill.
45€