L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

« Livres d’art. Sélection de nouveautés ». Par Catherine Rigollet
spacer

Les livres

Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

À sa mort, en 1973, à l’âge de 91 ans, Picasso a laissé derrière lui quelque 120 000 œuvres et objets recensés et une « famille » composée de quatre enfants et huit petits-enfants, ainsi que des femmes et des muses, entre lesquels les batailles furent âpres lors du partage de ses biens, car il n’a fait aucun testament. Picasso était un Minotaure, « croqueur » de femmes, jeunes. Aussi séducteur qu’infidèle et misogyne, il en a épousé deux, Jacqueline et Olga, a vécu avec cinq autres, Fernande, Eva, Marie-Thérèse, Dora, Françoise, eut bien d’autres muses, toutes sources de portraits et motifs. Si l’artiste n’est pas réputé non plus pour avoir été un père très présent pour Paul (fils d’Olga Khokhlova), Maya (fille de Marie-Thérèse Walter), Claude et Paloma (enfants de Françoise Gilot), il les a tous peints, essentiellement lorsqu’ils étaient petits, Maya surtout, avec une tendresse particulière.

Née le 5 septembre 1935, María de la Concepción, surnommée Maya, est le second enfant de Pablo Picasso. Fasciné par sa fille, Picasso la prend pour modèle dès son plus jeune âge, comme en témoigne la série de tableaux Maya à la poupée et la profusion de portraits, sculptures et dessins. Maya, qui grandit dans une période marquée par les conflits et les restrictions, inspire également à l’artiste la création de jouets de fortune, silhouettes en papier découpé et poupées articulées. Faits de matériaux pauvres, bricolés de manière volontairement rudimentaire, ils font preuve d’une créativité pure et renouent avec une certaine enfance de l’art chère à Picasso. Père aimant avec ses jeunes enfants, Pablo deviendra vite distant avec eux une fois adultes, comme si déprit des mères, il s’éloigne aussi de leurs enfants. Ainsi, après la Libération, les portraits de Maya se raréfient. Picasso a quitté Marie-Thérèse pour vivre avec Françoise Gilot. Leurs deux enfants, Claude, né en 1947 et Paloma, née en 1949 occupent désormais toute son attention.

Du 16 avril 2022 au 31 décembre 2022, une double exposition est consacrée à Maya Ruiz-Picasso. « Nouveaux chefs-d’œuvre. La Dation Maya Ruiz-Picasso » présente l’ensemble des neuf œuvres exceptionnelles de la collection Maya Ruiz-Picasso ayant rejoint les collections nationales par dation. « Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo », explore la relation entre un père et sa fille. Installée au premier étage de l’Hôtel Salé, elle réunit un ensemble de près de 200 œuvres, archives et objets personnels. Le catalogue publié à cette occasion met en exergue la relation privilégiée de Pablo et Maya et reproduit de nombreuses peintures et photographies. On y trouve aussi des dessins réalisés à quatre mains, comme un arlequin, des pommes, un chat...Picasso apprenait à sa fille à dessiner et se plaisait à colorier avec Maya, entremêlant ses motifs avec les siens, puisant aussi dans la forme et l’énergie créatrice spécifique de son naïf dessin enfantin les bases d’un nouveau langage pictural en rupture avec l’académisme, nourrissant ses portraits déstructurés de Maya. Le Minotaure s’était fait ogre.

Catalogue Ed. Skira
Sous la direction de Diana Widmaier-Ruiz-Picasso, fille de Maya et d’Emilia Philippot, conservatrice en chef et directrice des collections Musée Picasso-Paris
23 cm x 30 cm
288 pages
400 illustrations
45€


L’Amour

Belle idée que ce coffret original contenant un leporello, dévoilant pli après pli une cinquantaine de chefs-d’œuvre sur l’amour, réunit par Laurent Bolard, historien de l’art. Un portfolio non chronologique, qui ouvre sur une représentation d’Adam et Eve, cette histoire d’amour des « commencements » illustrée par Guido Reni vers 1620 et se referme sur Marc Chagall avec L’ Anniversaire (1915) dans lequel il se représente en compagnie de Bella, son amour de jeunesse devenue sa femme. Entre ces deux tableaux défilent des Vénus, Psyché, Narcisse, Galatée, les incontournables Roméo et Juliette s’embrassant avec fourgue sur le balcon (Juluis Kronberg 1886), et tant d’autres couples s’aimant en dansant, se contemplant, s’embrassant, dormant…Des peintures et sculptures (recadrées sur le motif principal agrandi) que l’on doit à Canova, Van Eyck, Caravage, Tiepolo, Watteau, Manet, Rodin, Renoir, Morisot, Cassatt, Claudel, Klimt, Courbet, Brancusi…qui tous ont fait leur miel de la polysémie de l’amour.
Toutes les époques (du XVe au XXe siècle) et les styles déploient leurs visions de l’amour sous toutes ses formes : sacré, littéraire, mythologique, maternel mais aussi charnel et passionnel, qui n’a cessé de fasciner et d’interroger les artistes, rivalisant de maîtrise picturale pour traduire ce sentiment universel. Le petit livret à part introduit l’histoire de l’amour dans l’art et renseigne sur chaque œuvre (titre, artiste, date et lieu de conservation) avec un petit cartel de présentation. Un joli livre d’art et d’amour à offrir…ou à s’offrir.

Par Laurent Bolard
Ed. Hazan
Coffret. L’Essentiel
Mai 2022
Format 12 x 17 cm
192 reproductions en format accordéon
1 livret explicatif
25,95€


Camées et intailles. L’art des pierres gravées

Pierres gravées en relief (camées) ou en creux (intailles), ce monde de gemmes miniatures fascine les hommes depuis l’Antiquité. Plus que de simples bijoux ou accessoires, ce sont des petits trésors bourrés d’Histoire ayant traversé les époques, avec un intérêt plus ou moins renouvelé selon les modes et les mœurs.
À l’occasion de l’exposition de quelque 200 camées et intailles de la collection Guy Ladrière, présentée à l’École des Arts Joaillers, du 12 mai au 1er octobre 2022, les éditions Gallimard publient un hors-série sur l’art de la glyptique, passionnant et abondamment illustré. Conservateur en chef du patrimoine au département des objets d’art du musée du Louvre, Philippe Malgouyres y raconte l’histoire des pierres gravées en Occident depuis l’Antiquité.
Elle débute avec les premiers sceaux au Proche-Orient antique et en Grèce. Puis la glyptique prend son essor dans la Méditerranée hellénistique avec des décors mythologiques. Tel ce plus célèbre camée de l’Antiquité, une somptueuse coupe à libation portant au revers un masque de Méduse et au fond, en camée, une complexe allégorie mythologico-politique faisant référence à la fécondité de la terre.
L’art de la glyptique se déploie dans la Rome impériale. D’Alexandre le Grand à César tous les grands de ce monde se font graver leur portrait sur des pendentifs, des bagues, des sceaux et des objets décoratifs. Quand l’Occident s’en désintéresse provisoirement, Byzance et l’Orient s’emparent de la technique pour graver des sceaux et de petites icônes religieuses. Une iconographie reprise au Moyen Âge. Au début de la Renaissance, l’imitation de l’Antique fait fureur, puis la créativité se débride. Si les portraits plaisent toujours, on grave Troie en flammes, le rhinocéros indien débarqué à Lisbonne en 1577 ou un buste d’africaine...
Au XVIIe siècle, Paris se passionne pour les camées qui ornent jusqu’aux vases et Louis XIV les collectionne. Au XVIIIe siècle, il n’est pas de cour en Europe qui n’ait ses graveurs sur pierre. Au XIXe, les pierres gravées se portent au cou des femmes et sur les chaînes de montre des hommes.
Puis, tandis que la mode des pierres gravées passe, supplantées par les perles, les diamants et les pierres de couleur, ces œuvres d’art, plus précieuses par la qualité et l’intérêt iconographique de leur gravure que par la valeur de leur pierre en sardonyx, cornaline, cristal de roche ou agate…entrent dans les musées, à Londres, Paris, Berlin, Saint-Pétersbourg ou Rome, si longtemps l’épicentre de leur production.

Philippe Malgouyres
Hors-série – Découvertes Gallimard
& L’École des Arts Joailliers
Avril 2022
76 pages
150 x 200 mm
14,50€


Guide des jardins remarquables en Normandie

37 jardins à découvrir, du célèbre jardin de Monet à Giverny, au jardin Jacques Prévert à La Hague, en passant par le jardin Plume à Auzouville-sur-Ry. De belles idées de balades aux beaux jours.

On compte aujourd’hui 450 parcs et jardins labellisés en France depuis la création du label « Jardin remarquable » en 2004. Jardins historiques ou contemporains, jardins présentant des collections botaniques ou artistiques, parcs publics ou jardins d’artistes…ils sont représentatifs de la grande richesse des jardins de notre pays. Ce label est une reconnaissance pour des parcs ou des jardins d’exception, qu’ils soient ou non protégés au titre des monuments historiques. La Normandie en compte 37, dont de nombreux jardins de châteaux.

Ce guide joliment illustré et pratique (avec son sommaire divisé en cinq chapitres/départements normands avec toutes les infos pratiques) invite à les visiter. Si certains sont célèbres comme le jardin de Monet à Giverny (Eure), les jardins d’Étretat (Seine-Maritime) en haut des falaises, ceux du château de Vendeuvre (Calvados) ou le jardin botanique à Caen (Calvados), d’autres sont méconnus. Ainsi ce jardin en hommage à Jacques Prévert à La Hague, dans la Manche. Un jardin à l’esprit libre et poétique dans lequel, à l’initiative de son ami Gérard Fusberti et de Janine Prévert, les amis du poète ont planté un arbre : Serge Reggiani un poirier pleureur, Maria Callas un Aralia elata, Arletty un thuya bleu…
Dans l’Orne, à Athis-Val-de-Rouvre, les plasticiens Dominique et Benoît Delomez ont créé un jardin contemporain sur le site d’une ancienne décharge. 1 200 variétés de plantes y prospèrent, environnées d’œuvres s’inspirant de la nature. Charmant aussi, le jardin Plume à Auzouville-sur-Ry (Seine-Maritime), poétisé par la légèreté des graminées, bien à l’abri du vent dans leurs carrés de buis taillés.
De belles idées de balades aux beaux jours.

Aurélie Vanitou
Sortie 24 mars 2022
Éditions du Patrimoine
13 x 22, 5 cm
136 pages
178 ill.
9€


Le faussaire de la famille. L’Angelus, Les Glaneuses…enquête sur les vrais faux Millet.

Célèbre juge anti-corruption, Eric Halphen est moins connu comme auteur de romans noirs (éditions Denoël) et encore moins comme collectionneur d’art -en particulier de dessin du XIXe siècle. Il a mis à profit ses trois compétences de juge d’instruction, d’écrivain et d’amateur d’art pour raconter l’histoire vraie -mais totalement méconnue - des faux Millet.
Contexte : acheteur d’œuvres d’art, notamment sur e-Bay, Halphen découvre un jour qu’un dessin de Millet – une bergère sous un arbre- est en vente, issu d’une collection particulière et proposé par un vendeur anglais. Le dessin lui semble magnifique, y figure le cachet J.F.M de la vente après décès de Millet en 1875 et porte même au verso la mention : « Moi Charles Millet, certifie que ce dessin est de la main de mon illustre père le peintre Jean-François Millet. » Toutefois, en cherchant des informations sur Charles Millet, Halphen tombe sur un autre Millet, Jean-Charles, petit-fils de l’illustre peintre de l’Angélus, des Glaneuses, mais aussi auteur de nombreux dessins et gravures. Peintre lui-aussi, Jean-Charles n’a pas le talent de son grand-père et surtout, il a déjà été condamné pour escroquerie, apposition de fausse signature et abus de confiance dans les années 1930…Il s’avère qu’il a vendu à l’époque deux cents faux dessins de Millet à un galeriste londonien. De quoi refroidir l’acheteur Halphen.

S’il regrette de ne pas avoir acheté ce dessin, cette histoire l’a suffisamment passionnée pour qu’il se lance dans l’enquête sur cette affaire de petit-fils faussaire et en livre un passionnant récit, remontant pour cela jusqu’à la vie et l’œuvre du fondateur de l’école de Barbizon, brossant le portrait d’un homme taiseux, qui se révèle plein de paradoxes, ne cherche pas à plaire, vit assez modestement de sa peinture entre la Manche, Paris et Barbizon avec sa femme qui lui donnera neuf enfants, soutenu par des marchands comme Durand-Ruel, le plus fidèle.
La suite réjouira les amateurs d’histoires d’art du faux où comment un petit-fils, artiste peintre et graveur sans envergure et avide d’argent (il a tôt fait de vendre les œuvres héritées de son grand-père et de dilapider son héritage) fera réaliser par un talentueux copiste de fausses œuvres de J.F Millet (car lui-même s’avère incapable d’y parvenir), y apposant le cachet de l’artiste et faisant fortune en vendant à des galeristes naïfs ou peu regardants des tableaux et dessins miraculeusement retrouvés dans le grenier familial, des études ou des ébauches « laissées de côté ». C’est Paul Cazot, ancien peintre en bâtiment, qui va devenir ce « Mozart du plagiat », jusqu’à ce que le scandale éclate et que la machine judiciaire se mette en marche. Si elle fut peu sévère avec Jean-Charles Millet, sa fin de vie fut plus tragique. Un passionnant récit.

C.R

Eric Halphen
Ed. Buchet-Chastel
Février 2022
256 pages
19,90€


Street Art XXS. 50 artistes maîtres du petit format

Plus discrètes que leurs consœurs monumentales qui s’affichent sur les murs des villes du monde entier jusqu’à les cannibaliser, les miniatures du street art ne se révèlent souvent qu’à ceux qui prennent le temps d’observer. À cette échelle, le street art est du Slow Art. Ludiques, humoristiques, militants, parfois irrévérencieux, ces petits papiers collés, pochoirs, mosaïques, figurines en relief… jouent presque toujours avec le contexte dans lequel ils sont apposés. Ils s’intègrent ou interagissent avec l’environnement. Nombreux sont les artistes qui ont choisi ce mini-format pour sa facilité de mise en place, et surtout, pour la grande liberté de création et d’expression qu’il autorise.
Cal (née en 1968), qui vit à Lyon, parsème sa ville natale de ses petits collages ou installations drôles et poétiques. Tels des radis dessinés sous une plante sauvage sortant entre deux pierres, des télécabines « accrochées » à un fil courant le long d’un mur, des colonnes d’une balustrade évoquant des personnages de Lego avec juste une bouche et des yeux. Inspiré par Bansky, l’artiste allemand JPS (né en 1977) prend lui-aussi prétexte d’un détail dans la rue pour égrener ses petits dessins au pochoir, comme ce cavalier sautant par-dessus une branche ayant pris racine au pied d’un mur. La mosaïque -que les artisans utilisaient déjà dans l’antiquité- se fait la part belle. De nombreux artistes l’ont adoptée, à l’instar de Stork (né en 1978) qui faisait la chasse aux Space Invaders avant de se lancer lui-même dans la réalisation de ces petits personnages en pixel-art qu’il colle la nuit dans tous les coins de Strasbourg.
À Chicago, Jim Bachor (né en 1964) sublime les nids-de-poule avec ses mosaïques, comblant les trous avec un brocoli, un sachet de sauce piquante, un rat, un pigeon mort, un cafard et même un portrait de Donald Trump ! Les municipalités sont plus ou moins réceptives à son art. La marque de fabrique de l’artiste Megamatt (né en 1980), c’est la mise en scène de Conrad, personnage issu du jeu vidéo Flasback (pantalon bleu et blouson marron). Son petit homme pixelisé saute, court sur les murs, mais aussi prend la pose du Penseur de Rodin. Né en 1974 à Bilbao, Isaac Cordal met en scène un petit personnage kafkaïen de 15 cm de haut pour dénoncer les travers de notre société. Vêtu d’un costume gris, le crâne dégarni, un attaché-case à la main, on le trouve notamment absorbé par des activités consuméristes tandis qu’une barque de réfugiés semble prête à couler. Dans d’autres saynètes encore plus anxiogènes, le lilliputien se tient au bord du vide...Le lieu choisi ayant une incidence directe sur l’œuvre posée, lui donnant un sens.
On aimerait citer la cinquantaine d’artistes et leurs œuvres présentés dans cet ouvrage. Tous nous surprennent par l’acuité de leur regard sur la ville, leur talent à transformer ses défectuosités, ses disgrâces, ses dégradations ou ses incongruités en œuvres d’art drôles, joyeuses, mélancoliques, poétiques ou chargées de messages, comme autant de clins d’œil complices aux passants.

Edith Pauly
Editions Alternatives
29 avril 2021
224 p.
25 €


Histoire de l’art et des styles

Puisque c’est la rentrée studieuse, voici un petit ouvrage modeste, pratique et bien fait pour s’initier à l’histoire de l’art. Idéal pour les collégiens et lycéens, mais pas qu’eux. Alors, si le surréalisme vous semble totalement abstrait et l’art abstrait, totalement surréaliste. Si l’impressionnisme ne vous évoque rien, et le cubisme vous laisse perplexe, cette mise à jour pédagogique vous éclairera. Ce guide illustré dresse un panorama des différents courants de l’art occidental, de l’Antiquité à nos jours. La peinture, la sculpture et l’architecture n’auront bientôt plus de secrets pour vous ! Et à 3€, vous ne vous ruinerez pas.

Patrick Weber
Librio
8 septembre 2021
112 p.
3€


L’Art des anciens Pays-Bas : de Van Eyck à Bruegel

Cette étude historique et artistique de Jan Blanc apporte un nouveau regard sur ceux que l’on désignait comme les « primitifs » flamands. Une peinture que Michel-Ange critiquait vertement car faite pour « tromper la vue » en montrant « des choses plaisantes pleines d’agrément, ou des choses dont on ne puisse parler en mal, comme des saints ou des prophètes ». Selon Jan Blanc, « les récriminations du maître témoignent de l’importance prise par l’art et les artistes des anciens Pays-Bas, au milieu du XVIe siècle, mais aussi des qualités qu’on leur accorde au sud des Alpes – un goût pour le plaisir visuel, une recherche des émotions les plus intenses et un intérêt concret pour le monde quotidien et contemporain ».
Le vaste parcours aborde les grands maîtres de la peinture (Jan van Eyck, Petrus Christus, Rogier van der Weyden, Joachim Patinir, Pieter Bruegel l’Ancien), mais également l’enluminure, le dessin, la gravure, l’architecture, la sculpture et la tapisserie - autant de domaines d’excellence durant cette période. Une riche analyse chronologique et thématique, étayée par 600 reproductions de qualité et de nombreux détails.

Jan Blanc
Citadelle & Mazenod
sous jaquette
592 pages
600 illust. couleurs
24,5 x 31 cm
Octobre 2021
205 €


L’affaire Ruffini. Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art

La saisie en 2016 d’une Vénus au voile attribuée au maître de la Renaissance Lucas Cranach le Vieux, durant l’exposition de la collection du prince du Liechtenstein à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, révèle un scandale comme le monde de l’art en a rarement connu. Brillante contrefaçon d’un maître faussaire ? Authentique chef-d’œuvre du passé ? Ou tout simplement honorable copie d’époque ?

L’histoire de l’art regorge de faussaires. Pas des copieurs ou des pasticheurs, mais de vrais escrocs producteurs d’œuvres destinées à tromper. Certains d’ailleurs dotés d’un tel talent qu’ils ont réussi à abuser collectionneurs, conservateurs de musées, historiens de l’art, restaurateurs et experts, capables pour certains de joyeusement se contredire, d’avancer des arguments contradictoires et parfois de ne pas oser -pour diverses raisons avouables ou pas- apporter un solide démenti. L’affaire Beltracchi jugée en 2010 a récemment défrayé le petit monde secret du marché de l’art. Cette nouvelle affaire qui l’éclabousse implique non seulement un collectionneur-marchand d’art franco-italien hâbleur et controversé, Giuliano Ruffini (né en 1945), son fils Mathieu et un talentueux peintre copiste Lino Frongia (né en 1958 à Montecchio), connu pour ses répliques de maîtres anciens, mais touche aussi plusieurs illustres institutions, tels le Metropolitan museum de New York, le Getty, la National Gallery de Londres, le Louvre, les maisons de ventes aux enchères Sotheby’s et Christie’s à Paris, des galeries et un grand nombre d’experts.

Ce livre retrace quatre ans d’enquête menée par le journaliste Vincent Noce et tente de lever le voile sur cette douteuse Vénus qui a singulièrement circulé de mains en mains tout en prenant de la valeur et sur quelques autres tableaux à l’authenticité aussi équivoque : un Portrait d’homme attribué à Frans Hals, un David contemplant la tête de Goliath attribué à Orazio Gentileschi, un Saint Jérôme, attribué à l’entourage du Parmigianino, un Saint François, attribué au Greco, et un Saint Côme attribué à Bronzino…Si l’on en apprend trop peu sur le mystérieux peintre faussaire, l’ouvrage révèle de sulfureuses combines du marché de l’art et dévoile les techniques pour produire des faux (aussi complexes que juteuses). Il confirme aussi l’importance des nouvelles méthodes scientifiques pour seconder l’œil des experts, même l’œil le plus aiguisé et honnête, et déceler le vrai du faux. Une gageure quand on connait les enjeux financiers. Comme le rappelle Vincent Noce : « le prix indécent de 450 millions de dollars atteint par le Salvator Mundi, tableau en fort mauvais état dont l’attribution à Léonard de Vinci demeure discutée, en dit long sur la folie qui a gagné le marché de l’art ».

Vincent Noce
Buchet-Chastel
Février 2021
Format poche
280 p.
20€


L’art des Pays Baltes. XIXe - XXe siècles

La récente exposition « Ames sauvages, le symbolisme dans les pays baltes » (musée d’Orsay, du 10 avril au 15 juillet 2018) a permis de mieux faire connaître un pan de l’art de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Par le recours à la légende ou au folklore, ces pays géographiquement contigus, à l’histoire toutefois dissemblable, mais qui se sont rapprochés pour se renforcer face aux aléas de l’histoire, ont forgé un langage particulier, empreint de la beauté des paysages de ces pays entre mer et forêt. Dès l’époque symboliste, des précurseurs comme Čiurlionis et son univers de contes et légendes, Mägi et ses couleurs presque fauves, Purvitis (dont le magnifique Hiver, vers 1910, orne la couverture) ou encore Perle ont manifesté une exceptionnelle originalité. L’expressionnisme est bien présent avec des artistes comme Samuolis, Valters et Grosvalds. L’entre-deux-guerres a été une riche époque d’ouverture et d’échanges avec l’Europe où on découvre le surréalisme avec les expérimentations de la photographe Domicelé Tarabildiené et les géométries subtiles et élégantes d’Akberg qui s’arrêtera toutefois aux limites de l’abstraction ; peu d’artistes oseront d’ailleurs s’y aventurer, surtout après-guerre.
Le présent ouvrage de Serge Fauchereau se referme sur les années 50-60 et l’adaptation -choisie ou obligatoire- des artistes qui ne se sont pas exilés, au réalisme soviétique, suscitant un académisme souvent très daté. Chaque pays fait l’objet d’un chapitre racontant son histoire propre qui lui a permis de faire émerger sa culture, ses artistes et leur art. Un panorama passionnant de l’art moderne des pays baltes et de belles découvertes.

C.R

Serge Fauchereau
Flammarion
Novembre 2021
256 p.
183 ill.
45€