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Expo à Paris

Barbizon : l’école du paysage. La Révolution artistique au 19e siècle

Au début du XIXe siècle, s’opposant à la conception picturale qui faisait alors autorité et qu’on résume sous le terme de paysage historique, où le paysage, souvent idéalisé et stéréotypé sert uniquement de fond à des scènes historiques, bibliques ou mythologiques, des artistes sont venus peindre le réel en forêt de Fontainebleau. Cette nouvelle génération a voulu peindre la nature pour elle-même, en observant ce qu’elle a directement sous les yeux, en rendant avec soin les effets de lumière aux différents moments du jour et avec un motif de prédilection, l’arbre, qui devient comme chez Camille Corot un véritable « portrait », telle cette étude sur un tronc de hêtre déchiqueté réalisée en 1822.

LE MOTIF DE L’ARBRE

Les arbres morts et les branches brisées deviennent un sujet de prédilection des peintres qui apprécient la force dramatique de ce motif auquel on peut même attribuer une valeur symbolique. Il faut noter que les femmes-peintres sont alors très rares à Barbizon (à l’époque simple hameau de la commune de Chailly-en-Bière) et en forêt de Fontainebleau, une bonne raison pour citer celles qui y ont posé leur chevalet. Si la plus célèbre est Rosa Bonheur (1822-1899), on connait moins Louise-Joséphine Sazarin de Belmont (1790-1870) et Katherine Mac Causland (1860-1930).
En outre, tous ces jeunes peintres n’ont pas la même sensibilité, certains ont gardé de la peinture antérieure un idéal d’équilibre dans la composition, une facture lisse et sans empâtements, tandis que d’autres ont mis dans leur acte pictural toute la fougue de leur idéal romantique.

EN ROUTE VERS L’IMPRESSIONNISME

Au fil des petite salles de la Maison-atelier de Théodore Rousseau -qui constitue un des deux sites du musée des peintres de Barbizon avec l’auberge Ganne-, le parcours chronologique emmène le visiteur des œuvres néoclassiques vers le naturalisme puis vers les premières approches impressionnistes menées notamment par Sisley comme dans son Canal du Loing, 1884 (tableau prêté par le musée d’Orsay), dans lequel il a cherché à retranscrire le jeu de la lumière et les reflets sur l’eau qui coule. Une cinquantaine de tableaux, issus de collections privées et publiques sont présentés au public sur cette thématique du paysage chère à Rousseau qui avait installé son atelier dans cette maison, désormais lieu de mémoire utilisé pour des expositions temporaires.

L’AUBERGE GANNE

Une visite s’impose ensuite à l’auberge Ganne où séjournaient les artistes. Edmée Ganne, dont le mari François est tailleur, tient à Barbizon un commerce d’épicerie. Vers 1820, fournissant des denrées aux peintres qui commencent à fréquenter la forêt de Fontainebleau, elle décide de faire aussi auberge, hébergeant pour un prix -et un confort- modestes des rapins souvent impécunieux. Devenue musée départemental des peintres de Barbizon depuis 1995, elle a conservé tout le charme et l’atmosphère de l’époque. Salle à manger, épicerie et logement des aubergistes ont été reconstitués au rez-de-chaussée dont les murs et les meubles sont couverts de décorations généreusement réalisées par les artistes-locataires reconnaissants de l’hospitalité des Ganne. À l’étage où sont exposées des toiles de Millet, Corot, Rousseau, Jacque, Diaz de la Pena, Dupré, Ziem, Anastasi, Coignet, etc, on trouve aussi de nombreux dessins et des graffitis mêlant caricatures, plaisanteries (courses d’ânes) et sujets sérieux (belles figures de femmes et d’hommes) retrouvés sur les murs lors de travaux de rénovation et pieusement conservés.
Tout au long de la Grande rue, s’alignent des maisons où résidèrent d’autres artistes, comme celle du sculpteur animalier Barye ou de Millet (qui se visite). Venu à Barbizon pour quelques semaines en 1849, en même temps que Charles Jacque, Jean-François Millet y passera le restant de sa vie et c’est là qu’il produira l’essentiel de son œuvre, dont l’iconique Angélus (1857-1859). Barbizon n’a pas usurpé son appellation de « village des peintres ». Poursuivez votre balade artistique à Milly-la-Forêt (une douzaine de kilomètres) à la découverte du Cyclop de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle.

Catherine Rigollet

Visuels : Jules Coignet (1798-1860), Les peintres sur le motif dans la forêt de Fontainebleau (détail). Huile sur toile. Musée départemental des peintres de Barbizon. © Yvan Bourhis.
Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1775), Détail d’un tronc d’arbre en forêt, 1822. Peinture à l’huile sur papier marouflé sur toile. Au dos, inscription manuscrite « 1re étude faite à Fontainebleau, octobre 1822 ».
Alfred Sisley (1839-1899), Canal du Loing, 1884. Huile sur Toile. Paris musée d’Orsay Legs d’Enriqueta Alsop au nom du Dr. Eduardo Mollard – 1972. © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski.
Vues intérieures de l’auberge Ganne. Photos : L’Agora des Arts, 2022.

Archives des expos à Paris
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Du 18 juin au 18 septembre 2022
Maison-atelier Théodore Rousseau
55, Grande rue – 77630 Barbizon
Musée/Auberge : 92, Grande rue
Tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 12h30 et de 14h à 17h30
Jusqu’à 18h en juillet et août
Plein tarif : 6 €
Tél. : 01 60 66 22 27/38
www.musee-peintres-barbizon.fr