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Expo à Paris

Charles Camoin. Fauve méditerranéen

Le musée de Montmartre consacre une exposition à Charles Camoin (Marseille 1879 - Paris 1965), figure indépendante du fauvisme. Une émotion toute particulière dans ce musée, 12 rue Cortot, qui abrita l’un des ateliers que l’artiste occupa en 1908. Ce Montmartre où le peintre vécut toute sa vie, ne le quittant que pour des échappées belles sur les bords de la Méditerranée où il est né.

Après une formation à l’École de commerce de Marseille, Charles Camoin passionné de peinture vient s’installer à Paris en 1897. Il habite avec sa mère, elle-même artiste, qui l’encourage à s’inscrire aux beaux-arts dans l’atelier de Gustave Moreau et le soutient dans son ambition de devenir peintre. Le portrait qu’il fait d’elle à cette époque, se reposant sur un divan, palette à la main, dans un intérieur saturé de rouge et de jaune annonce le fauvisme (il signe encore Carlo). Il se lie très vite avec Marquet et Matisse, parcourt la ville avec eux pour peindre : des maisons à Montmartre, Notre-Dame et le pont de l’archevêché, les péniches sur la Seine, le bassin des Tuileries...Il portraitise son ami Albert Marquet à la manière de Cézanne et Marquet le représente devant son chevalet. Camoin voyage aussi en Italie, à Saint-Tropez, Cassis, Marseille, Toulon et sa palette gagne en luminosité, prend des couleurs plus vives (Port de Cassis, vers 1904 ; Naples, Le Vésuve vu de la Villa Capella, 1904).
En 1905, le groupe qui s’est constitué réunissant Matisse, Manguin, Marquet, Vlaminck, Derain et Camoin, le benjamin, expose lors du Salon d’Automne, dans la salle VII, cette fameuse « cage aux fauves » qui crée le scandale. Camoin est toutefois jugé plus tempéré, moins audacieux dans l’emploi et l’exaltation de la couleur pure. Le critique d’art Louis Vauxcelles, inventeur du terme de Fauves, le qualifie d’ailleurs de « Fauvette » et le critique Michel Puy (frère du peintre fauve Jean Puy) de « Fauve singulièrement apprivoisé ». Lui se considère plutôt « en liberté ».

Certes, il partage avec ses camarades la recherche d’une expression intuitive, l’affranchissement de l’imitation du réel, la simplification des formes, l’apparence d’improvisation rapide, parfois la provocation comme La Saltimbanque au repos ou encore ce Nu à la chemise mauve d’un érotisme violent, mais il ignore les tons purs saturés, les excès chromatiques, et revendique son indépendance artistique. À Montmartre, les adresses de Camoin se succèdent, les voyages aussi, comme en Corse, avec son amie la peintre Émilie Charmy (Deux Pins dans les calanques de Piana, Corse, 1910), puis à Tanger où il rejoint Matisse.
Après une période de doute et des peintures aux formes cernées de noir et aux coloris plus sombres, Camoin fait l’inventaire dans son atelier et mécontent de certaines toiles en détruit une soixantaine (sans distinction de dates), les coupant en quatre et les jetant à la poubelle. Certaines seront récupérées par un chiffonnier, revendues et un amateur les fera restaurer ! Le poète Francis Carco tentera même d’en revendre certaines à Drouot et Camoin lui fera un procès. Mais c’est ainsi qu’ont notamment survécu : L’Indochinoise (vers 1905), Le Moulin rouge aux fiacres (1910) et Autoportrait (1910). Des œuvres présentes dans l’exposition.

Au retour de la guerre, apaisé, Camoin, influencé par Cézanne, commence une série de baigneuses intégrées dans des paysages nimbés d’une lumière bleutée, tout en poursuivant sa production de nus érotiques. Une peinture du bonheur empruntée à Renoir. Nous sommes au début des années 1920, il partage alors sa vie entre la butte Montmartre et un atelier à Saint-Tropez, avec son épouse Lola (Lola sur la terrasse), où il esquisse plus qu’il ne peint des paysages dissous dans la lumière, comme Le Printemps (1921), La Tartane entrant dans le port de Saint-Tropez (1925) ou cette Croisée des chemins à Ramatuelle (vers 1957). Une exaltation des sensations somme toute assez sobre, mais revendiquée et sincère.

Catherine Rigollet

- Catalogue, co-édition musée de Montmartre Jardins Renoir – In Fine Éditions d’art. Édition bilingue français/anglais. 176 pages. 25 €

Archives des expos à Paris
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Du 11 mars au 11 septembre 2022
Musée de Montmartre
12, rue Cortot 75018
Ouvert tous les jours sauf le mardi
De 10h à 18h d’oct. à mars
De 10h à 19h d’avril à septembre
Tarif plein : 14€
https://museedemontmartre.fr

Visuels : Charles Camoin, (1879-1965), La mère de l’artiste sur le divan, 1897. Huile sur toile, 46 x 65 cm. Musée d’art moderne de Paris.
Maisons à Montmartre, vers 1908. Huile sur carton, 19 x 27 cm. Courtesy galerie de la Présidence, Paris.
Deux Pins dans les calanques de Piana, Corse, 1910. Huile sur toile, 65 x 81 cm. Collection particulière.
La croisée des chemins à Ramatuelle, vers 1957. Huile sur toile, 60 x 92 cm. Collection particulière.
© L’Agora des Arts, 9 mars 2022.