Eva Jospin. Grottesco. Le Baroque en carton

Depuis la fin de ses études aux Beaux-Arts de Paris, Eva Jospin (née en 1975) a fait de la nature, de la forêt tout particulièrement, le sujet de son œuvre qu’elle construit avec persévérance et conviction, s’attachant à représenter la nature, non pas comme elle est, mais telle qu’elle-même se la représente. Naissent ainsi des sculptures-architectures en carton, son matériau fétiche, issues d’un long travail de découpage au cutter, d’assemblage et de superposition qui lui permet de ciseler des panoramas boisés touffus, mystérieux et silencieux, qui ont fait son succès.

Depuis une dizaine d’années, l’artiste s’est lancée dans une nouvelle série d’œuvres inspirées d’une légende remontant à la fin du XVe siècle, celle d’un jeune Romain, tombé par hasard dans une cavité sous terre dans laquelle il découvre de magnifiques fresques, que l’on reconnaîtra ultérieurement comme les vestiges enterrés de l’antique Domus Aurea de Néron. Le style « Grotesque » s’est emparé de l’héritage de ces fresques pleines de fantaisie, de leur univers foisonnant composé d’architectures illusionnistes, de scènes à personnages et à animaux, d’enroulements de feuillages, de concrétions, de cavité révélée, de profondeur cachée. Un style que l’on retrouve dans ces sculptures-architectures-paysages d’Eva Jospin composées de dôme, temple, cénotaphe ou arche, souvent agrémentées de ponts suspendus, de ruines, de lianes et d’escaliers vertigineux menant à d’invisibles territoires intérieurs.

Pour l’exposition Grottesco, l’artiste a réuni dans la galerie 9 du Grand Palais une quinzaine d’œuvres en carton et bois, parfois hybridées de bouts de textile brodé, de fils pendants comme une cascade d’eau, de stalactites, de délicats éléments en bronze. Certaines spécifiquement produites pour l’exposition et dévoilées pour la première fois au public (comme des broderies représentant un sous-bois, 2025), d’autres aux motifs récurrents dans le travail de l’artiste (comme sa forêt en Panorama, 2016), mais revisitées pour l’occasion.

On peut s’approcher, tourner autour, pénétrer dans certaines, en découvrir tous les détails, admirer la finesse et la puissance de ce travail imaginaire de découpe et d’assemblage. D’où vient toutefois un manque d’émotion en parcourant ce théâtre silencieux ? Certes le grand nombre de visiteurs (et c’est tant mieux pour l’art) ne permet pas de s’isoler et s’immerger dans cet univers fantasmagorique et ambivalent. Certes on n’est pas comme en 2018 au Domaine de Trévarez en Bretagne où Eva Jospin avait niché ses sculptures-architectures dans le parc et le château, se jouant des frontières entre nature et artifice, nous plongeant dans une féerie mélancolique très coctalienne évoquant le décor de La Belle et la bête. Ici, dans ce hall nu, les œuvres sont froidement « posées » les unes à côté des autres, l’admiration est là, pas la vibration de l’âme.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 10 décembre au 15 mars 2026
Grand Palais
Entrée 1, avenue Winston Churchill
75008 Paris
Du mardi au dimanche de 10h à 19h30
Nocturne le vendredi jusqu’à 22h.
Fermé le lundi
Plein tarif : 15€
www.grandpalais.fr


Visuels :

 Eva Jospin, Vue d’exposition Grottesco, 2025, Grand Palais, Paris © Benoît Fougeirol. Courtesy Eva Jospin. © Adagp, Paris, 2025.

 Eva Jospin, Cénotaphe, 2020, 527 x 300 x 300 cm. Bois, carton, coquillages, papiers colorés, liège, laiton. Courtesy Eva Jospin. Photo L’Agora des Arts.

 Eva Jospin, Duomo, 2025, 730 x 610 x 600 cm (détails intérieurs). Bois, carton, pierres, coquillages, papiers colorés, matériaux divers. Courtesy Eva Jospin. Photo L’Agora des Arts.

 Eva Jospin, Arche, 2025. Exposition Grottesco, Grand Palais. Photo L’Agora des Arts.

 Eva Jospin, Chef-d’œuvre Bassin, suite Promenades, 2023 (détail escalier), 112 x 80 x 142 cm. Carton, papiers colorés, matériaux divers. Courtesy Eva Jospin