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Expo à Paris

Gérard Garouste. Retrospective

Le Centre Pompidou consacre une rétrospective d’envergure au peintre français Gérard Garouste (né en 1946), dont la figuration singulière, regorgeant de mystérieux récits, nous emporte dans sa folie romanesque.

« Tout art est exorcisme » affirmait le peintre Otto Dix en se demandant comment peindre la guerre et ses horreurs. Une phrase qui nous revient en pleine face en parcourant la rétrospective que le Centre Pompidou consacre au peintre et sculpteur Gérard Garouste. « Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait », assume Garouste (né en 1946), dont le père était un marchand de meubles qui récupérait les biens des Juifs déportés. C’était aussi un être violent, un psychopathe capable de menacer sa femme en posant un pistolet sur la table parce qu’elle tenait l’aiguière par le goulot et non par l’anse ; une scène qui a terrifié l’enfant et qu’adulte il réinterprète dans Le Coup de l’étrier (2007). Garouste, cet « intranquille » comme il se nomme désormais n’est pas guéri, mais il est devenu peintre…sans jamais croire à la peinture comme simple processus de représentation.

La peinture de Garouste ne se veut pas séduisante. Elle dérange, intrigue, questionne. Presque tous ses tableaux évoquent une souffrance psychique, des questions sans réponse, des non-dits, la honte toujours à fleur de peau, la folie qui le fit plusieurs fois interner, et toujours aux trousses. Les rares moments de douceur sur toile sont liés à ses souvenirs de vacances, enfant, en Bourgogne, chez sa tante Eléonore et l’oncle Casso. Sa vie et son œuvre se nourrissent l’une l’autre en un dialogue qui, malgré les clés livrées par les cartels des œuvres, échappe à notre compréhension tant Garouste a démonté des images et des mots, truffant ses toiles d’allusions à ses lectures (Dante, Rabelais, Cervantes, Goethe, Kafka), aux grands textes bibliques (à partir des années 1990, Garouste s’est plongé dans l’étude de la Torah et a appris l’hébreu pour mieux comprendre les textes sacrés et s’est converti au judaïsme en 2014), y mêlant autoportraits, douloureux souvenirs d’enfance, obsessions et délires.

Sa peinture, à la technique picturale (empâtements, glacis) héritée des grands maîtres tels Tintoret, Le Greco… « fréquentés » lors de ses études aux Beaux-Arts de Paris est habitée d’un bouillonnement d’images explicites ou subliminales, toujours hautes en couleur et en maniérisme des formes humaines aux torsions exacerbées. Un pêle-mêle où se côtoient l’iconographie chrétienne, la Bible et le Talmud, les contes de la tradition ashkénaze, Don Quichotte, les fables de la Fontaine, les contes de Rabelais, Pinocchio et même la BD avec Tintin et Milou. Et un vocabulaire récurrent : l’âne et sa sagesse légendaire, le damier qui évoque le jeu, la déroutante symbolique du nid d’oiseau dans le Talmud…L’artiste s’autorisant une totale liberté dans la mise en relation de registres apparemment très éloignés, comme dans Le Centaure et le Nid d’oiseaux (2013) ou la mythologie avec le personnage du centaure côtoie la littérature populaire avec la référence à Tintin et le Lotus bleu. La violence sous-jacente dans la peinture de Garouste n’exclut pas l’humour caustique, la trivialité et la jouissance comme dans La Dive Bacbuc (1990), une œuvre inspirée de Rabelais, monumentale et circulaire, fermée sur elle-même, dont les scènes cocasses peintes à l’intérieur s’observent, à la dérobée, grâce à douze oculi placés tout autour de la rotonde. Ou encore dans ses séries sur Don Quichotte.

Le Centre Pompidou qui n’avait pas consacré de grande exposition à Garouste depuis 1988, lui offre à 76 ans une importante rétrospective avec quelque 120 tableaux majeurs, souvent de très grand format, complétés d’installations, de sculptures et d’œuvres graphiques. On y comprend vite que le sujet entier de l’œuvre, c’est Garouste lui-même. On y constate aussi la force de l’art pour aider à vivre. En 1991, Gérard et sa femme, la designer Elizabeth Garouste, ont créé l’association La Source, dont le but est d’aider les enfants en difficulté à s’épanouir à travers des pratiques artistiques. Un lieu de création et de libération. Libre aussi doit se sentir le visiteur face aux tableaux de Garouste. Il n’est pas besoin de connaître les histoires qu’ils évoquent pour être bousculé, fasciné par la vitalité qui s’en dégage.

Catherine Rigollet

Visuels : Gérard Garouste, Balaam, 2005. Huile sur toile. 270 x 320 cm. Musée d’art moderne – Centre Pompidou. Photo L’Agora des Arts.
Gérard Garouste, Le théâtre de Don Quichotte, huile sur toile. 200 x 260 cm. Collection Hervé Lancelin, Luxembourg. Photo L’Agora des Arts.
Gérard Garouste, Pinocchio et la partie de dés, 2017. Huile sur toile, collection particulière. Photo L’Agora des Arts.
Gérard Garouste, détail de La Dive Bacbuc (1998). Acrylique sur toile. Photo L’Agora des Arts.
Gérard Garouste dans son atelier de Marcilly-sur-Eure en février 2022 (détail). Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Hélène Maury.

Archives des expos à Paris
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Du 7 septembre au 2 janvier 2023
Centre Pompidou
Galerie 2, niveau 6
Tous les jours, sauf le mardi
De 11h à 21h
Tarif plein : 17€ (expo Garouste + Collections)
www.centrepompidou.fr