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Expo à Paris

Alberto Giacometti / André Breton : amitiés surréalistes

S’il ne passa que cinq années au sein du groupe surréaliste (1930-1935), Alberto Giacometti (1901-1966) y noua des relations amicales avec Breton (avec lequel il entretiendra une intense et parfois houleuse correspondance bien au-delà de leur rupture) mais aussi avec d’autres artistes et intellectuels du mouvement. L’une de ses premières œuvres qui attira l’attention d’André Breton est la Boule suspendue (1931). Cette sphère fendue très érotiquement semble prête à glisser sur l’arrête d’un croissant. Elle est suspendue dans une cage de fer, créant un espace onirique. D’abord conçue en plâtre, Giacometti la déclinera aussi en bois comme dans la version exposée à l’Institut Giacometti.
Ornant habituellement le « Mur » d’André Breton conservé au Centre Pompidou, elle est l’une des œuvres emblématiques de la période surréaliste de Giacometti, au même titre que son polyèdre irrégulier à douze faces (Cube, 1933), une œuvre liée à la mort et à la mélancolie, créée à la suite du décès de son père. Autre œuvre significative de la production surréaliste de Giacometti : L’Objet invisible. Lors d’une promenade avec Breton, au printemps 1934 au marché aux puces, l’artiste et l’écrivain font une trouvaille, un demi-masque en tôle qui inspire Giacometti pour la réalisation de cette sculpture représentant une femme semi-assise sur une sorte de trône, tenant entre ses mains un objet invisible, son visage inspiré du masque formant un polyèdre aux yeux ronds hypnotiques. Toutefois, Giacometti est mécontent de la silhouette de cette femme qui lui donne l’envie de travailler à nouveau d’après nature pour revenir à la vision directe de la figure humaine. En 1935, Giacometti est prêt à se dégager des énigmes fantasmatiques de la période surréaliste. D’ailleurs il est même exclu du groupe régulièrement miné par des dissensions internes liées à de violentes polémiques portant sur des différences doctrinales. Breton le leader intransigeant et quelques autres membres critiquent « l’orientation esthétiquement frivole et historiquement inutile » du sculpteur…qui claque la porte. Il n’empêche, même courte (1931-1935), la période aura été formatrice et les procédés surréalistes continueront de jouer une importance dans sa création : vision onirique, montage et assemblage, objets métaphoriques.

Boule suspendue, Cube et Objet invisible, ces trois pièces essentielles sont confrontées à un petit ensemble d’œuvres de la période surréaliste de ses compagnons de route : le célèbre Portrait d’André Breton par Victor Brauner, La Proie d’André Masson, Femme à la montre de Picasso, Tête d’homme de Max Ernst, Le Catalan de Miro, Guillaume Tell de Dali, Le Repas de Lord Candlestick de Leonora Carrington (une extravagante et barbare scène de repas) ou encore l’étonnante Oreille de Giacometti (formée de deux rinceaux et d’une main), un petit bronze réalisé en 1933 par la très indépendante et créative Meret Oppenheim, la muse (et plus) des surréalistes. Un objet en apparence anodin qui prend l’allure d’un talisman évoquant tout à la fois, l’oreille de van Gogh et le motif de la main coupée fréquent dans l’œuvre de la période surréaliste de Giacometti. L’exposition réunit également des photos (comme la célèbre tête de femme derrière une toile d’araignée par Dora Maar (Les Années vous guettent, 1932) ou cette photographie de groupe réunissant Alberto Giacometti, Jacqueline Lamba, André Breton, Nush et Paul Eluard faite par Man Ray le 14 août 1934.

Le parcours est enrichi de documents d’archives inédits et de nombreux dessins de Giacometti comme un petit portrait de Breton croqué sur un carnet de notes ou sa série illustrant le recueil de poèmes L’Air de l’eau que Breton a composé pour Jacqueline Lamba, sa jeune épouse, telle cette chimère aux yeux en amande, queue de serpent et pattes en griffes…Voyance ? Le couple se séparera dix ans plus tard. L’amitié Giacometti-Breton a lui aussi volé en éclats. Cette exposition évoque l’époque d’entente de ces deux figures majeures de l’art du XXe siècle et l’univers artistique, intellectuel et amical dans lequel ils évoluaient. On ne quittera pas l’Institut Giacometti, installé dans le bel hôtel particulier Art nouveau-Art déco du décorateur Paul Follot (1877-1941), sans une contemplation pleine d’émotion face au mythique atelier de Giacometti entièrement reconstitué.

Catherine Rigollet

- L’ouvrage édité à cette occasion revient sur l’histoire du groupe des surréalistes, les amitiés, la relation Breton-Giacometti. Certaines de leurs lettres y sont publiées ainsi que de nombreux documents d’archives et des reproductions d’œuvres. Ed. Fage, 28€

Visuels : Alberto Giacometti, Boule suspendue,1931. Centre Pompidou-Adagp-Paris, 2022.
Alberto-Giacometti, L’Objet invisible,1934. Fondation-Giacometti.
Victor Brauner, Portrait d’André Breton, 1934. Musée d’art moderne, Paris, Adagp, Paris 2022.

Archives des expos à Paris
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Du 19 janvier au 10 avril 2022
Institut Giacometti
5, rue Victor-Schœlcher - 75014
Du mardi au dimanche, 10h-18h
Tarifs : 8,50€/3€
www.institut-giacometti.fr