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« Une sélection des meilleures expositions à voir actuellement à Paris et en Ile de France »

Expo à Paris

Gisèle Freund. Ce Sud si lointain : photographies d’Amérique latine

L’exposition met en valeur soixante-douze images, pour certaines inédites, réalisées principalement entre 1941 et 1954 par Gisèle Freund (1908-2000) lors de son exil en Amérique du Sud. Des photographies de paysages, des populations autochtones et surtout des personnalités culturelles qu’elle fréquente, Jorge Luis Borges, Roger Caillois, Pablo Neruda, Diego Rivera et Frida Kahlo...Des images d’une grande beauté et intensité.

En 1941, la photographe, sociologue et journaliste Gisèle Freund (née à Berlin en 1908) fuit l’occupation nazie et découvre pour la première fois l’Amérique latine en émigrant à Buenos Aires où elle est accueillie par une grande figure argentine des lettres, Victoria Ocampo (1890-1979), femme de lettres et influente mécène, fondatrice de la luxueuse revue littéraire Sur, cosmopolite, engagée et d’avant-garde, considérée comme le pendant transocéanique de La Nouvelle Revue française.

Issue d’une famille juive aisée et cultivée qui collectionne des tableaux, Gisèle Freund s’intéresse à l’art depuis son enfance et visite les musées avec son père qui lui offre un Leica de poche (qui peut prendre 36 vues d’affilée) pour son baccalauréat. Tout en poursuivant des études de sociologie à Francfort puis Fribourg, elle pratique activement la photographie. En 1933, craignant les persécutions nazies, elle s’installe à Paris et se lie avec le milieu germanopratin, notamment Adrienne Monnier et Sylvia Beach, fondatrices des librairies La maison des Amis des livres et Shakespeare and Company. Elle fréquente un grand nombre d’écrivains, philosophes, qu’elle prend tous en photo : Malraux (célèbre portrait à la cigarette), Cocteau, Gide, Colette, Valéry, Zweig, Joyce, Woolf…qui souvent ne sont encore connus que d’un public restreint. Gisèle Freund va progressivement gagner en célébrité grâce à eux...C’est aussi une pionnière, qui dès 1938 passe à la couleur (une technique nouvelle et rare à l’époque), employant les pellicules Agfacolor pour réaliser des portraits en couleurs, toujours cadrés serrés, renforçant l’intensité des présences.

Lorsque la guerre éclate, elle se réfugie d’abord dans le Sud de la France avant d’embarquer pour Buenos Aires. Depuis la capitale argentine où elle photographie le cercle cosmopolite d’intellectuels et artistes, Argentins ou exilés, qui gravitent autour de Victoria Ocampo, elle voyage en Patagonie, en Uruguay, au Chili. Puis de façon intermittente jusqu’aux début des années 1950, elle se rend en Équateur, en Bolivie, au Pérou, au Brésil et surtout au Mexique : son coup de foudre ! Couvrant l’Amérique latine pour l’agence Magnum qu’elle a intégrée en 1947, elle s’intéresse aux hommes, aux paysages, mais aussi aux scènes de la vie quotidienne dans les villages et sur les marchés, aux fêtes et cérémonies.
Si elle rentre à Paris en 1950, elle retourne immédiatement au Mexique pour deux semaines…et y reste finalement deux années, sillonne le pays, rencontre tout ce que le pays compte d’artistes et d’intellectuels, notamment le couple mythique Diego Rivera et Frida Kahlo prenant des centaines de photos d’eux. Elle se passionne aussi pour l’ethnologie, l’archéologie, les cultures olmèques, mayas et toltèques, et les traditions populaires.
« J’ai pensé que la photographie était un moyen merveilleux pour que les peuples se connaissent entre eux...J’ai cru à cette utopie : la connaissance des autres, de leurs différences, comme langage de paix entre les hommes. Ma tâche était donc, pensais-je, de participer à la paix du monde à travers la photographie », confiera-t-elle en 1991.

L’exposition, qui emprunte son nom à un vers du poème de Luis Cernuda intitulé « J’aimerais être seul dans le sud », inclus dans son livre Un rio, un amor (1929), met en valeur soixante-douze images - tirages posthumes -, pour certaines inédites, réparties entre portraits de personnalités culturelles (majoritairement), puis paysages, scènes de villages et de marchés, réalisées principalement entre 1941 et 1954.

Catherine Rigollet

Archives des expos à Paris
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Du 21 octobre au 7 janvier 2023
Maison de l’Amérique latine
217 Bd St Germain 75007
Du lundi au vendredi, 10h-20h
Le samedi 14h-18h
Fermé dimanche et jours fériés
Entrée libre
www.mal217.org

Visuels : Gisèle Freund, Frida Kahlo dans son jardin, Coyoacàn, Mexique, vers 1948.
Gisèle Freund, Femmes de Tehuantepec, État de Oaxaca, Mexique, 1950-52.
Gisèle Freund, Marché d’Otavalo, Équateur, vers 1944.
Photographies © RMN – Grand Palais / Gisèle Freund / IMC. Service de presse – Maison de l’Amérique latine.