Ex punk des années 80 devenu académicien en 2022 sans jamais devenir vraiment sérieux, Hervé Di Rosa continue de nous enchanter avec sa curiosité sans hiérarchie sur le monde de l’art, son art de mixer les savoir-faire traditionnels après avoir fait le tour du monde, sa façon de « faire des images » avec les choses les plus basiques de manière joyeusement rebelle et loufoque, aussi colorée que son accent méditerranéen.
À Cannes, le Centre d’art contemporain La Malmaison (rénové en 2025) lui offre ses trois étages pour une exposition qui retrace plus de quarante années de création, depuis les années 1980 jusqu’aux œuvres les plus récentes, en passant par les cycles issus de ses voyages à travers le monde.
La fièvre des années 80
L’exposition ouvre sur l’effervescence des années 1980, moment fondateur où nourri par la culture populaire, la bande dessinée, l’imagerie vernaculaire et les arts dits « mineurs », Hervé Di Rosa (né en 1959 à Sète où il a fondé en l’an 2000 le Musée international des arts modestes / MIAM) y développe un langage plastique d’une liberté de ton revendiquée. Sans renier les classiques, il peint des images narratives truffées de personnages burlesques (ses « héros » aux gros yeux et grande bouche) évoluant dans un univers fantastique où l’on croisera poissons et sirènes, naufrages, idoles, combats antiques, révolutions, paysages paradisiaques et cités babyloniennes…Jusqu’à se perdre un peu dans les interprétations. Avec une visible excitation Di Rosa se frotte à toutes les techniques, peinture, sculpture, bande-dessinée, tapisserie, estampe, fresque, laque, argent repoussé, céramique, dessin animé, images numériques…
Le tour du monde pour détruire son style
L’exposition se poursuit autour des voyages de l’artiste « Autour du Monde » en 19 « étapes », (c’est ainsi qu’il nomme ses voyages) entrepris à partir de 1993, en commençant par Sofia en Bulgarie. Puis ce fut le Ghana, le Bénin, l’Éthiopie, La Réunion, La Corse, Le Vietnam, l’Afrique du Sud, Cuba, le Mexique, le Cameroun, les USA (Miami), La Tunisie, Israël avant de faire étape à Paris avant de repartir en 2009-2013 à Séville, puis de poser ses bagages à Lisbonne où il poursuit ses explorations.
Á chaque étape, Hervé Di Rosa y développe un travail in situ, s‘arrêtant un ou deux ans dans des ateliers de peinture pour étudier comment les images se fabriquent et utiliser des techniques locales dans ses propres créations. « Afin de détruire mon style ». Ce furent des peintures a tempera sur bois à la feuille d’or dans la tradition des peintres d’icônes à Sofia (Bulgarie), des tissus appliqués avec les couturiers des Rois d’Abomey à Porto Novo (Benin), des laques avec incrustations de nacre et de coquille d’œuf avec les Maîtres de laque vietnamiens de Binh-Duong, des peintures a fresco en Corse, des peintures sur peau d’agneau ou peau de zébu dans la tradition des peintres coptes à Addis-Abeba (Ethiopie)…Et récemment, dans les locaux de A Viuva Lamego, une fabrique créée en 1849 à Lisbonne, l’étude des azuleros, ces céramiques décoratives ornant églises, palais et jardins du Portugal.
Le dernier étage de La Malmaison réunit un ensemble d’œuvres récentes dans lesquelles l’artiste explore de nouvelles formes narratives et picturales, tout en poursuivant son investigation des imaginaires globaux et des circulations culturelles. Un art finalement faussement modeste, beaucoup plus complexe qu’il n’y parait.
Catherine Rigollet









