Daumier (1808-1879). Miroir de la société

L’Albertina de Vienne expose l’art du grand Honoré Daumier (1808-1879) qui tenait un miroir de la société de son époque. Un régal d’humour intemporel.

Très populaire en France pendant la Révolution de 1789, la satire critique picturale est presque totalement interdite sous Napoléon Bonaparte. Ce n’est qu’après la chute de l’empereur qu’une nouvelle vague de publications apparait. Pour Honoré Daumier, petit marseillais monté en 1816 à Paris avec son père, formé au dessin auprès d’Alexandre Lenoir, puis à la lithographie et qui a commencé à publier ses premières caricatures sous le pseudonyme de Rogelin, un monde s’ouvre. En 1830, Charles Philippon, grande figure de la presse satirique parisienne, fondateur de « La Caricature », « Le Charivari » et « La Silhouette » lui offre la possibilité de publier ses caricatures dans ses journaux. Gargantua (1831), une caricature féroce du roi Louis-Philippe avalant l’argent du peuple pour le déféquer en titres et nominations, vaudra 6 mois de prison au jeune républicain.

Libéré, Daumier poursuit ses charges politiques. Dans Le Ventre législatif (1834), publié dans l’Association lithographique mensuelle, supplément à « La Caricature », l’artiste y figure la réunion fictive de trente-cinq députés du « juste-milieu » dont il avait, pour beaucoup d’entre eux, déjà réalisé le portrait-charge individuel. En 1835, la parution d’une loi restreint vigoureusement la liberté de la presse. « La Caricature » disparaît cette année-là. Qu’importe, Daumier va continuer à tenir un miroir de son époque. Son attention portée sur les événements politiques, mais aussi la justice, la culture, la vie quotidienne du Paris moderne. Avec une vision critique mais profondément humaine des circonstances de l’époque, il dénonce les abus de pouvoir et les injustices sociales d’une plume acérée accompagnée d’un humour incorruptible. Dans sa radicalité impitoyable, il se heurte souvent aux censeurs et fut même une fois emprisonné pour la liberté de l’art.

Daumier va vivre sous six régimes politiques différents : l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire et la Troisième République. Il va connaître aussi trois épisodes révolutionnaires : les trois Glorieuses, les journées insurrectionnelles de 1848 et la Commune de Paris. Ses récits décrivant la situation dans la France post-révolutionnaire au XIXe siècle avec ces circonstances politiques instables, des abus de pouvoir, l’économie en crise, la situation sociale de plus en plus complexe et confuse…peuvent sembler étrangement contemporains, et il en va de même pour l’art intemporel d’actualité de Daumier.

Daumier a réalisé plus de 4 000 lithographies pour divers magazines parisiens, mais aussi des sculptures (il compte parmi les premiers artistes français à sculpter des caricatures) et des peintures dans un style proche de ses amis peintres de Barbizon, Camille Corot, Jean-François Millet et Théodore Rousseau, avec parfois des touches préfigurant celles des impressionnistes. L’exposition (en coopération avec le musée Städel de Francfort-sur-le-Main) présente une sélection d’environ 200 œuvres de l’ensemble de son œuvre et de tous les genres artistiques (lithographies, dessins, peintures et sculptures), avec un nombre important de prêts précieux complétant les fonds propres du musée Albertina.

Catherine Rigollet

Archives expo en Europe

Infos pratiques

Du 6 février au 25 mai 2026
Albertina - Wien
Daily | 10 a.m. to 6 p.m.
Wednesday & Friday | 10 a.m. to 9 p.m.
Tarif plein : 19,90€
https://www.albertina.at


Visuels :

 Honoré Daumier, L’équilibre européen, Le Charivari, 03.04.1867
28.7 × 22 cm, Lithographie, newsprint (tädel Museum, Frankfurt am Main, Eigentum des Städelschen Museums-Vereins e.V.)

 Honoré Daumier, Masques, 1831, La Caricature, 08.03.1832
26.8 × 35 cm, Lithographie sur blanc (Städel Museum, Frankfurt am Main, property of the Städelscher Museums-Verein e. V.)

 Honoré Daumier, Le Ventre législatif, L’Association mensuelle, Janvier 1834
33.6 × 46.5 cm, Lithographie sur blanc (The ALBERTINA Museum, Vienna)

 Honoré Daumier, Gargantua, 1831 (unpublished). Lithograph sur blanc, 27,4 × 36,6 cm. Städel Museum, Frankfurt am Main, property of the Städelscher Museums-Verein e. V.

 Honoré Daumier, Le collectionneur d’estampes. Vers 1860/1862. Huile sur toile, 31,2 x 25 cm. Städel Museum, Frankfurt am Main, property of the Städelscher Museums-Verein e. V.