Vassily Kandinsky face aux images

Nous avons entendu l’hiver dernier « La musique des couleurs » de Vassily Kandinsky (1866-1944) à la Philharmonie de Paris. Comme pour cette exposition passée, le Centre Pompidou a ouvert son importante collection Kandinsky, dont le fonds d’atelier de l’artiste cédé en 1981 par sa veuve Nina, au LaM de Villeneuve d’Ascq pour une nouvelle rétrospective thématique originale d’un des pionniers de l’abstraction. « Kandinsky face aux images » montre et analyse le rôle prépondérant des images dans sa création et dans son enseignement. Le musée de la Métropole lilloise a aussi bénéficié de prêts du Lenbachhaus de Munich et de la Fondation Gabriele Münter et Johannes Eichner (Munich) ainsi que de prêteurs privés suisses et allemands.
Selon Hélène Trespeuch, commissaire associée dont les travaux universitaires sur le rapport de Kandinsky à l’image photographique ont alimenté l’exposition, « il s’agit de montrer qu’un artiste abstrait est, comme tout autre artiste, extrêmement curieux de l’univers visuel dans lequel il évolue et dont il nourrit son imaginaire, ses créations plastiques. » En effet, il nous est donné de pénétrer dans la mémoire et le laboratoire de Kandinsky, de suivre son passage progressif de la figuration à l’abstraction à travers le recueil et l’utilisation des images et des souvenirs photographiques accumulés au fil de ses voyages et de ses lectures de revues, magazines et journaux. Cela permet aussi d’admirer certains des plus grands chefs-d’œuvre du peintre : Tableau à la tache rouge, Jaune-rouge-bleu, Avec l’arc noir, Improvisation 3, Bleu de ciel

Souvenirs & Inspiration

La première section, « Souvenirs », dévoile les liens originaux qui associent les photos, dessins d’esquisse et souvenirs recueillis par Kandinsky dans son enfance, ses voyages (Venise, Tunisie, Pays-Bas) et son séjour d’étude dans le monde paysan russe et les tableaux qu’il réalise alors, de facture principalement figurative. La deuxième section, « Reproduction », s’attache à montrer l’apport iconographique essentiel de Kandinsky à la réalisation du premier et unique « Almanach du Cavalier bleu », co-réalisé avec Franz Marc en 1912, au moment où se précise son langage abstrait. Abstraction qui se concrétise (section « Matérialisations ») à travers des influences spirituelles, voire « spiritistes », où Kandinsky cherche la représentation de la pensée et de l’invisible. De 1922 à 1933, Kandinsky est professeur au Bauhaus de Weimar où il constitue une vaste iconothèque pédagogique (reproductions d’œuvres d’art, vues aériennes, photos de machines, bâtiments, athlètes, coiffures, masques, animaux…) qui lui permet autant d’enseigner (la théorie de la couleur et le dessin analytique) que de poursuivre son œuvre personnelle (section « Légitimation »). La dernière section, « Inspiration », couvre la période de son exil en France entre 1933 et son décès en 1944. Le langage des formes et des couleurs abstraites de Kandinsky se teinte de touches biomorphiques qui là aussi ont imprégné l’artiste à la lecture entre autres de la revue Atlantis, sorte d’ancêtre de Geo, ou de l’encyclopédie La Culture du temps présent. Kandinsky semble opérer alors une synthèse de son art fécondée par toutes les références absorbées au long de sa vie, les images d’une très grande variété ayant occupé une place majeure.

Jean-Michel Masqué

Archives expo en France

Infos pratiques

Du 20 février au 14 juin 2026
LaM, Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain, d’art brut
1, allée du Musée
Villeneuve d’Ascq (Nord)
Du mardi au dimanche
De 11h à 19h
Plein tarif : 11 € (collection et expo temporaire)
Tél. 03 20 19 68 68/51
www.musee-lam.fr


Pour se restaurer au musée : nouveau restaurant « Pigments » du jeune chef étoilé Florent Ladeyn
https://www.musee-lam.fr/fr/cafe-restaurant


À voir à proximité de Lens :
 Visite guidée dans le centre-ville et le Vieux-Lille
https://www.lilletourism.com
 Visite de la Villa Cavrois joyau de l’Art Déco (située à Croix)
https://www.villa-cavrois.fr
 Où dîner à Lille ? Restaurant 49R dans le Vieux-Lille
https://49r-lille.com
 Où dormir à Lille ? Hôtel Oceania Les Augustins à Lille
https://www.oceaniahotels.com/oceania-les-augustins-lille
 Et pour préparer son séjour :
https://www.tourisme-en-hautsdefrance.com/


Visuels :

 Vassily Kandinsky, Frühlin (Printemps), 1905. Tempera sur papier collé sur carton ; 27,6 x 33,7 cm. Stadtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau Munchen Gabriele Munter Stiftung, 1957.

 Vassily Kandinsky, Mann mit kuh (Homme avec vache), 1912. Aquarelle et crayon sur papier ; 28 x 32 cm. Stadtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau Munchen Gabriele Munter Stiftung, 1957.

 Vassily Kandinsky, Gelb-Rot-Blau (Jaune-rouge-bleu), 1925. Huile sur toile ; 128 x 201,5 cm. Legs de Mme Nina Kandinsky en 1981. Collection Centre Pompidou, Paris. MNAM-CCI. © Centre Pompidou/Adam Rzepka/ Dist. GrandPalaisRMN.

 Vassily Kandinsky, Auf Spitzen (Sur les pointes), 1928. Huile sur toile ; 140 x 140 cm. Donation de Mme Nina Kandinsky en 1981. Collection Centre Pompidou, Paris. © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Service de la documentation photographique du MNAM/ Dist. GrandPalaisRMN.

 Hugo Erfurth, Portrait de Kandinsky, 1933. Epreuve gélatinoargentique ; 30 x 23,9 cm. Legs de Mme Nina Kandinsky en 1981. Collection Centre Pompidou, Paris. MNAM-CCI.

 Vassily Kandinsky, Bleu de ciel, 1940. Huile sur toile ; 100 x 73 cm. Donation de Mme Nina Kandinsky en 1981. Collection Centre Pompidou, Paris. MNAM-CCI. © Centre Pompidou/Bertrand Prevost/ Dist. GrandPalaisRMN.


 Obsession. Nouvel accrochage de la collection
La réouverture du LaM en février 2026 après dix-huit mois de travaux de rénovation et de restructuration a offert à sa collection permanente un nouvel accrochage original baptisé « Obsession ». Dans une alternance de salles monographiques (Modigliani, Buffet…) et collectives (Cubisme, Désir…), ce nouvel accrochage, pensé comme une exposition temporaire, fait dialoguer les trois grands fonds du musée, moderne, contemporain et brut. « L’obsession y devient force motrice, élan de résistance ou geste de transgression », indique Sébastien Faucon, directeur du LaM. Le Cnap (Centre national des arts plastiques) complète ce parcours d’un dépôt d’œuvres d’artistes absents de la collection du musée métropolitain (Appriou, Bourgeois, Froment, Kudo, Rabuzin, Waldberg…). Au-delà des figures célèbres, on sera frappé par les étranges Barbus Müller, sculptures attribuées à Antoine Rabany (1844-1919), la saga dessinée des Vivian Girls d’Henry Darger (1892-1973), le monde fantastique d’André Bauchant (1873-1958) ou celui non moins étrange de Miodrag Djuric dit Dado (1933-2010)… Bref, un moment magique dans des espaces aérés et lumineux où s’ouvrent quelques perspectives sur le grand jardin des sculptures qui entoure le musée. Imprenable vue panoramique de ce jardin au premier étage du musée. JMM