Károly Ferenczy (1862-1917). Modernité hongroise

Ni naturaliste, ni symboliste, ni impressionniste, ni nabi, mais un peu tout cela à la fois résume bien le parcours du peintre hongrois Károly Ferenczy (1862-1917). Méconnu en France, le Petit Palais lui consacre une rétrospective de 140 peintures et dessins, dont la plupart proviennent des musées hongrois et des collections privées de Budapest. Elle révèle la variété de ses influences et le vaste éventail des genres abordés par cet artiste considéré comme le « fondateur de la peinture hongroise moderne » : portraits, autoportraits, scènes familiales, paysages, sujets bibliques, nus…

Issu d’une famille originaire de Vienne et installée à Budapest, en Hongrie, un pays encore enchâssé dans l’Empire des Habsbourg, Ferenczy a baigné dès son plus jeune âge dans le cosmopolitisme caractéristique des élites de l’Europe centrale au XIXe siècle et s’est forgé une solide culture européenne au cours de ses voyages. Après des études juridiques, il se consacre à la peinture, initié par sa cousine, la peintre Olga Fialka de quatorze ans son aînée, qu’il épouse en 1885.
Sa première période, d’un naturalisme quasi photographique influencé par son passage à l’académie Julian à Paris de 1887 à 1889 et inspiré du peintre Jules Bastien-Lepage, chef de file de ce nouveau courant, séduit d’emblée par le radicalisme épuré et mélancolique de sa composition et de sa palette grise (Jeunes garçons jetant des cailloux, 1890).

En 1896, devenu membre fondateur d’une colonie d’artistes installée à Nagybánya, au cœur de la nature (actuellement, Baia Mare, Roumanie), Ferenczy se plonge dans des expérimentations symbolistes et bibliques, proches d’une conception panthéiste de la nature, en puisant dans la vie et les traditions populaires des paysans, bûcherons et tziganes. Mais qui peinent à nous convaincre par leur exécution ombreuse et finalement trop retenue dans leur spiritualité et leur décor. L’exposition évoque à cette époque le dialogue étroit entre peinture et littérature au sein du cercle de Nagybánya, notamment à travers les illustrations réalisées par Ferenczy pour les poèmes de József Kiss. De très beaux dessins nabis.

Le travail en plein air pratiquer à Nagybánya va faire évoluer Ferenczy vers une nouvelle forme de peinture de paysage et de scènes de baignade en rivière plus lumineuse et au chromatisme puissant. Toujours égal à lui-même dans ses expérimentations, il y varie les effets de matière, alternant peinture à l’huile et tempera, apportant une précision à la Corot dans Au sommet de la colline (1901), un ciel pointilliste et des touches vibrantes dans ses deux tableaux de Garçons se baignant (Été, 1902) et une fluidité impressionniste dans Ruisseau II (1907). Et il immortalise dans un autoportrait cette période où toute sa créativité se concentre sur la figuration du soleil et de son effet sur le paysage (Autoportrait au soleil, 1900).

À partir de 1906, après avoir obtenu un poste de professeur à l’École supérieure des beaux-arts de Budapest et co-fondé la Société hongroise des impressionnistes et des naturalistes, Ferenczy revient au travail en atelier, réalisant des nus féminins très classiques, des artistes de cirque et une ultime Pietà…qu’il découpera en partie pour une raison inconnue ! S’il peint encore des paysages, les tonalités sont devenues plus sourdes, proches des recherches des peintres nabis. Installé dorénavant à Budapest, Ferenczy conserve sa maison et son atelier à Nagybánya, où il séjourne l’été en famille, pratiquant plusieurs sports, dont le tir à l’arc et l’équitation, peignant ses enfants à cheval ou en portrait : Noémi, qui deviendra artiste textile, Béni sculpteur et Valèr peintre. L’exposition se conclut avec l’intrigant Mur rouge IV (1910). Une petite composition assez originale par sa perspective en plongée et son sujet qui n’est pas tant l’homme au chapeau lisant son journal, que ce mur tendu d’un drap rouge, la gouttière qui le fend verticalement et la nappe à rayures rouges et blanches qui accroche le regard. On reste longtemps devant ce tableau à l’atmosphère « fin de siècle » et au temps suspendu en lui trouvant une étrange résonance avec l’actualité.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 14 avril au 2 août 2026
Petit Palais
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris.
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Nocturne jusqu’à 20h le vendredi et le samedi
Plein tarif : 17€
Tel. 01 53 43 40 00
www.petitpalais.paris.fr


 Exposition conçue en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise.

 À voir aussi au Petit Palais jusqu’au 19 juillet : l’exposition « Visages d’artistes. De Gustave Courbet à Annette Messager ». Lire l’article.


Visuels :

 Károly Ferenczy, Jeunes garçons jetant des cailloux, 1890.
Huile sur toile, 119.5 × 149 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise.

 Károly Ferenczy, Chevaux dans l’eau, 1896. Huile sur toile, 116 x 97 cm. Collection particulière.

 Károly Ferenczy, Au sommet de la colline, 1901. Huile sur toile, 110 x 141,5 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – galerie nationale hongroise.

 Károly Ferenczy, Garçons se baignant (été), 1902. Huile sur toile. Musée des Beaux-Arts de Budapest – galerie nationale hongroise.

 Károly Ferenczy, Ruiseau II, 1907. Huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Budapest – galerie nationale hongroise.

 Károly Ferenczy, Le Mur rouge IV, 1910. Huile sur toile, 31 x 31 cm. Collection particulière.

Photos : L’Agora des Arts