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Des lieux de patrimoine et des maisons d’artistes à visiter. L’occasion de balades « découvertes culturelles et artistiques »
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Patrimoine

L’Hôtel de Rohan habillé des joyaux de la Chancellerie d’Orléans

C’est la belle histoire d’un joyau sauvegardé et d’une prouesse technique. Cent ans après la démolition du palais de la Chancellerie d’Orléans par la Banque de France, ses somptueux décors du XVIIIe renaissent dans l’Hôtel de Rohan, dans le quadrilatère des Archives nationales (IIIe).

Il a fallu l’opiniâtreté d’un amoureux de l’art, Bertrand du Vignaud, pour que des grandes cariatides encadrant des miroirs, plafonds peints et autres trésors de bois, de stuc, de dorures et de plâtre qui ornaient jadis le somptueux palais de la Chancellerie d’Orléans un peu oubliés dans 140 caisses d’un entrepôt à Asnières (Hauts-de-Seine) depuis 1923, soient remontés. Mais où ? Toute la question était là. Plusieurs projets émergent au début des années 2000 pour leur restitution. On suggère le Louvre, Carnavalet, Saint-Cloud et même la création d’un bâtiment construit au centimètre près pour les accueillir. Mais aucun n’aboutit. Jusqu’à l’idée avancée par Bertrand du Vignaud de l’hôtel de Rohan, édifié à la même époque que la Chancellerie, à Paris, entre cour et jardin, avec la même orientation, et vide.

La Chancellerie d’Orléans. De son apogée à sa démolition

Construit en 1703 par Germain Boffrand, en bordure du jardin du Palais-Royal, pour l’abbé Dubois favori du duc d’Orléans, la future « Chancellerie d’Orléans » passe quelques années plus tard dans les mains du marquis de Voyer, fils du comte d’Argenson. Ce grand collectionneur et mécène confie à l’architecte Charles de Wailly sa remise au goût du jour dans les années 1760, et le fait redécorer par les meilleurs artistes : Augustin Pajou pour les sculptures, Jean-Honoré Fragonard, Jean-Jacques Lagrenée, Louis-Jacques Durameau, Gabriel Briard pour les plafonds. Charles de Wailly déploie une créativité éblouissante et l’hôtel de Voyer d’Argenson fait l’admiration du tout Paris avec ses jeux de miroirs, colonnes « à l’antique » et décor en trompe-l’œil à l’imitation du stuc et du marbre dans l’antichambre ; les ors des décors de la chambre à coucher de Mme de Voyer et son Lever de l’Aurore peint au plafond par Louis-Jacques Durameau ; les pilastres d’albâtre teint, le sol en marbre et les médaillons en faux porphyre de la salle à manger ; la richesse des couleurs des boiseries et ce fabuleux plafond de Coypel dans le grand salon où volent amours et dieux de l’Olympe dans le bleu du ciel…
À la mort du marquis, le duc d’Orléans reprend l’hôtel en 1784 et y installe son « chancelier », le gestionnaire de ses affaires. Le lieu passe ensuite de mains en mains, mais les décors sont préservés, jusqu’en 1923 où la Banque de France souhaitant s’agrandir fait démolir l’hôtel malgré une violente polémique. Elle s’engage toutefois à remonter les décors dans le même périmètre…Ils resteront quatre-vingts ans à sommeiller en caisse.

La Renaissance de l’hôtel de Rohan

Après une dizaine d’années de restauration et un budget de 22 millions d’euros (financé par la Banque de France, le ministère de la Culture et le World Monuments Fund), les décors ont trouvé leur place au rez-de-chaussée de l’hôtel de Rohan, apparu comme le lieu idéal. Un rescapé pourtant lui-aussi. Contemporain de la Chancellerie d’Orléans, connu pour ses beaux salons d’apparat de style Louis XV, l’hôtel de Rohan fut malmené par l’installation de l’Imprimerie nationale en son sein en 1808 et échappa de peu à la démolition au début du XXe siècle. Classé monument historique en 1924, il est investi par les Archives nationales. Grâce à ses proportions, à la disposition de ses pièces ouvrant sur un jardin et à son rez-de-chaussée ayant perdu ses décors d’origine, il est finalement choisi comme nouvel écrin pour les décors de la Chancellerie.

Et il aura fallu autant de savoir-faire pour les déposer, que pour réinstaller ce fragile puzzle de milliers de pièces constitué de morceaux de plafonds, lambris, dessus-de-porte, pilastres et corniches, voussures d’angle dans un bâtiment pour lequel ils n’avaient pas été conçus. Une prouesse technique qui impliqua au préalable de décaisser le sol de l’hôtel de Rohan, de modifier l’ordre historique des pièces et de poser des poutres métalliques pour supporter le poids des plafonds. Un chantier conduit par François Jeanneau et Paul Barnoud, architectes en chef des Monuments historiques, entourés d’un comité scientifique et du savoir-faire d’entreprises de remontage et de restauration, tels l’Atelier Arcanes et les Ateliers de La Chapelle. Remeublé avec certains éléments d’origine retrouvés et des dépôts du Mobilier national, l’hôtel a acquis une nouvelle beauté en endossant ces décors d’exception, mélange de styles Louis XIV et romain d’une inventivité rarement égalée. Une façon aussi de rendre hommage et de faire revivre l’ancienne Chancellerie d’Orléans. Une belle histoire artistique et patrimoniale.

Catherine Rigollet

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Hôtel de Rohan
Quadrilatère des Archives nationales
60, rue des Francs-Bourgeois 75003
Ouverture partielle au public du rez-de-chaussée : à partir de fin décembre 2021.
Un samedi sur deux dans la limite des places disponibles et sur réservation.
Ouverture totale prévue fin 2022/ début 2023.
Tél. 01 40 27 60 96
www.archives-nationales.culture.gouv.fr

Pour en savoir plus : « Les décors de la Chancellerie d’Orléans » (Hôtel de Rohan – Archives nationales). Avec des textes de Emmanuel Pénicaut, Monique Mosser, Bertrand du Vignaud, Nicole Garnier-Pelle, Anne Leclair et Sabine Meuleau. Hors-série Connaissance des Arts. 12€

Visuels : Vue de l’hôtel de Voyer d’Argenson, élévation sur jardin. Dessin de l’architecte britannique William Chambers, ami proche du marquis qui profita d’un voyage en France en 1774 pour dessiner cinq vues de l’état du bâtiment.
Façade sur jardin de l’Hôtel de Rohan. Photographie Archives nationales.
Portrait de Charles de Wailly par Marguerite Gérard, 1789. Huile sur toile. Collection particulière.
Antoine Coypel, Le Triomphe de l’Amour sur les dieux, 1706-1708. Huile sur plâtre. Plafond du grand salon (restitution photographique d’après les fragments restaurés). Visuel in situ en cours de restauration. Photo D.R.
Salle à manger en cours de restauration (détail). © Archives nationales / Nicolas Dion.
J.J. Lagrenée, Hébé versant le nectar à Jupiter. Huile sur plâtre, 1772. Cl. Arcanes, 2017. Salle à manger.
Antichambre de la Chancellerie d’Orléans remontée à l’hôtel de Rohan (détail). © Archives nationales / Nicolas Dion.
Décor du grand salon : corniche et dessus de porte (détail). © Archives nationales / Nicolas Dion.