Dans le cadre de l’anniversaire des 400 ans de la Marine française en 2026, le musée national de la Marine raconte cette histoire faite de pouvoir, de décisions politiques, d’évolutions techniques, de prestige, de guerres, de drames et de gloire en 150 œuvres exceptionnelles, souvent de très grands formats immersifs et plus de 90 artistes qui, du XVIIe au XXe siècle, l’ont documentée. Une alliance entre la Marine et des peintres qui se poursuit encore aujourd’hui.
Chronologique, le parcours de l’exposition ouvre dans les années 1620. Avant cette date, il n’existe pas de corps de la marine de guerre. C’est le cardinal de Richelieu, qui est chargé par Louis XIII d’unifier et de centraliser le pouvoir sur mer. Un pouvoir que les peintres vont mettre en scène, sollicités par un roi sensible aux arts et qui ne s’attache à aucun peintre exclusivement, dispensant sa protection à plusieurs artistes : Philippe de Champaigne, qui le représente dans un immense portrait en pied en roi guerrier, mais aussi Claude Vignon, Nicolas Poussin, Simon Vouet et Georges de la Tour. L’un des plus anciens tableaux du parcours représente une Vue panoramique du siège de la Rochelle en 1628 par Adrien van der Cabel (1630-1705). L’essor se poursuit sous Louis XIV qui sous le ministère de Colbert ordonne la construction d’une puissante marine de guerre. Sa force est immortalisée par Auguste-Louis de Rossel (1736-1804) dans Combat de Gondelour le 20 juin 1783, tandis que Joseph Vernet (1714-1789) rend hommage à la magnificence de la Marine royale dans son lumineux tableau Marine, effet de soleil couchant (1753). L’esthétisation du fait naval est à son apogée. Sous la Révolution française puis la Restauration, les héritiers de Vernet vont lui emboiter le pas. Le romantisme influence des mises en scènes théâtrales de faits historiques, comme le font : Théodore Géricault (1791-1824) s’emparant du Naufrage de la Méduse en 1816, François-Auguste Biard (1799-1882) peignant (en 1843) l’ Abordage d’un vaisseau hollandais par Jean Bart le 29 juin 1694. Ou Horace Vernet (1789-1863), petit-fils de Joseph, restituant à la demande de l’intendance sanitaire de Marseille l’épisode du Choléra à bord de la Melpomène (1833) dans une scène tragique avec un sens narratif aigu.
De la peinture d’histoire navale à la peinture militaire
En 1852, l’arrivée au pouvoir de Napoléon III favorise les innovations techniques et scientifiques en matière navale. Les commandes de tableaux les valorisent, tout comme elles entendent mettre en valeur l’expansion coloniale (voir le Sergent de la coloniale peint par Albert Marquet), les parades d’escadres, les fêtes marines et les marins. On ne parle plus de peinture d’histoire navale, mais de peinture militaire et la révolution impressionniste modifie le style des tableaux. Félix Ziem (1821-1911) offre un portrait de croiseur cuirassé rougeoyant sur la mer d’un bleu inimitable que lui enviait Van Gogh. Léon Couturier (1842-1935) montre avec réalisme la physionomie des gens de mer et des scènes de bord. Dans une immense toile (265 x 402 cm), Paul Jobert (1863-1942) représente un Lâcher de pigeons militaires à bord d’un torpilleur, dans la Manche (1895). Du photojournalisme avant l’heure par son quasi-hyperréalisme. D’ailleurs les peintres du département de la Marine peuvent être embarqués sur les bâtiments de la flotte nationale, y calant leur chevalet, comme le fit Paul Signac (1863-1935), André Hambourg (1909-1999) ou Charles Lapicque (Manœuvres au large de Brest, 1959) d’une audace chromatique en rose et bleu proche de l’abstraction lyrique qui détonne au milieu de tant de sérieux militaire, fut critiquée et le fera quitter le corps des Peintres de la Marine en 1966.
Le 46e Salon de la Marine
L’histoire entre la Marine et des peintres continue de s’écrire aujourd’hui avec les peintres officiels de la Marine (POM). Un titre existant depuis 1830, accordé par le ministre des Armées et des anciens combattants, sur proposition du jury du Salon de la Marine, leur permettant d’accoler la symbolique petite ancre à la signature de leurs œuvres ou à leur nom d’artiste. On en compte aujourd’hui trente-huit (agréés ou titulaires) et trente-trois d’entre eux présentent une œuvre au 46e Salon de la Marine qui met à l’honneur ces artistes (hommes et femmes de plus en plus nombreuses) dont le travail est consacré à l’univers naval et maritime : peinture, dessin, gravure, sculpture, photographie, art numérique et vidéo. Le Salon expose également le travail de quarante-trois autres artistes qui postulent au titre très recherché de POM. À découvrir dans le prolongement de l’exposition La Marine et les peintres.
Catherine Rigollet











