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Expo en France

Femmes de pouvoir à la Renaissance. Influence et « plafond de verre »

Catherine de Médicis (1519-1589), Diane de Poitiers (1500-1566), Marguerite de Valois (1553-1615), plus connue comme « Reine Margot » …combien de légendes, combien de fantasmes, combien de contre-vérités entourent ces trois femmes emblématiques de la Renaissance ! C’est autour de ces trois figures féminines à la fois mythiques et bien réelles de cette époque qu’est construite l’exposition « Renaissance des femmes » qui réunit une centaine d’œuvres : portraits bien sûr, mais aussi bijoux, robes, mobilier, livres, documents d’archives…. « Il fallait une exposition pour déconstruire le prisme du mythe et réhabiliter le rôle réel de ces femmes », indique Élisabeth Latrémolière, directrice du château royal et commissaire de l’exposition, qui s’est appuyée sur les travaux et écrits de Sylvie Le Clech, Caroline Zum Kolk et de la Société internationale pour l’étude des femmes de l’Ancien Régime.

On assiste en effet à un important renouvellement de l’historiographie sur ce thème depuis les années 2000. Et cette exposition blésoise marque le moment de la réhabilitation de ces femmes exceptionnelles par le biais d’une centaine d’œuvres et objets prêtés par trente-trois institutions : peintures, dessins, imprimés, bijoux, émaux, mobilier, monnaies et médailles, affiches et costumes de cinéma…
Chacune de ces trois femmes de pouvoir et d’art, Catherine de Médicis, Diane de Poitiers et Marguerite de Valois, est au centre d’un espace d’exposition qui évoque d’abord l’imaginaire de leur représentation à travers l’histoire pour mieux dévoiler la réalité de leurs actes et de leur existence. Catherine de Médicis, c’est le noir et le rouge, le noir de sa légende et de son habit de veuve, le rouge de la Saint-Barthélemy, le tout symbolisé dans le tableau de Monvoisin de 1834 La mort de Charles IX, où la reine-mère toise son fils aux yeux exorbités et injectés de sang, ou encore les costumes de Catherine dans les films La Princesse de Clèves (1961) ou La Reine Margot (1993) …

Cette première partie de l’exposition rend aussi hommage aux « pionnières de la Renaissance des femmes », les méconnues ou injustement oubliées Louise de Savoie, régente et mère de François Ier, Marguerite d’Autriche, sa belle-sœur, toutes deux ayant signé en 1529 la « paix des Dames », le traité de Cambrai dont le document original est présenté ici, mais aussi Diane de France, Élisabeth d’Autriche, Anne d’Este… Les beaux portraits dessinés des dames de cour entourant la reine-mère, conservés à la bibliothèque du Conservatoire national des Arts et Métiers, participent à la déconstruction du mythe de « l’escadron volant » de Catherine de Médicis, à voir plutôt comme une « compagnie de dames » sans lesquelles la cour ne serait pas vraiment la cour.

Avec Diane de Poitiers, favorite de Henri II, on entre dans le « roman de la maîtresse royale » mêlant pouvoir, influence, voire manigances, et corps féminin comme objet de désir à une époque où le nu féminin s’impose dans l’art. Si bijoux et costumes rehaussent la beauté féminine, cette exaltation provoque de vives réactions contraires dans les livres de médecine où apparaît alors la théorie du « sexe faible » … Femme de savoir et d’esprit, la Reine Margot, Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis, reine de France et de Navarre, est plutôt passée à la postérité grâce au roman de Dumas (1845), plusieurs fois adapté au cinéma de 1914 à 1993. Une des robes blanches souillées de sang de « La Reine Margot » portée par Isabelle Adjani dans le film de Chéreau forcément nous arrête. Une image certes populaire mais déformée, sinon dévalorisée, par les outrances de la fiction.

Cette autre partie de l’exposition nous introduit dans le monde des « femmes savantes », des femmes de pouvoir et de lettres, « ministres de la culture » à la cour à l’image de Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et reine de Navarre, auteure de L’Heptaméron. On y redécouvre Marie de Gournay, « fille d’alliance » de Montaigne et éditrice de ses Essais, et elle-même auteure de Égalité des hommes et des femmes (1622), mais aussi Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV et ordonnatrice des ballets de cour. Dans chaque salle, une vidéo resitue le contexte historique quelque peu mouvementé des époques traversées. Un livret de visite à l’usage des adolescents rend la visite plus accessible et ludique. Enfin, plutôt qu’un catalogue érudit, c’est un album d’images et de textes courts, d’un prix attractif (10 €), qui a été édité à l’occasion de cette exposition à voir en famille.
Pour découvrir, sous les légendes de ces trois femmes illustres, les réalités d’autres figures de femmes totalement méconnues qui appartiennent cependant à la seule classe noble de la société de la Renaissance.

Jean-Michel Masqué

Visuels : Anonyme, d’après François Clouet, Catherine de Médicis en pied, (détail de la tête). Huile sur toile, 212 x 133 cm (avec cadre) © Collection du Domaine régional de Chaumont-sur-Loire. Photo Eric Sander. Sans doute copie du tableau du Palazzo Pitti de Florence.
D’après François Clouet, Marguerite de Valois, Huile sur toile, 68 x 59 cm. Château royal de Blois © F. Lauginie.
J.D Miginin (XIXe s), Portrait de Diane de Poitiers. Huile sur toile 69 x 54 cm (sans cadre). Château de Chaumont-sur-Loire. © Collection du Domaine régional de Chaumont-sur-Loire.

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Du 9 avril au 10 juillet 2022
Château royal de Blois
6, Place du Château (Blois, Loir-et-Cher)
Tous les jours de 9h à 18h30, de 9h à 19h en juillet
Plein tarif : 13 €
02 54 90 33 33
www.chateaudeblois.fr

Une visite guidée « Sous les jupons des reines », interdite aux moins de 16 ans, explore l’intimité et les mœurs des dix reines ayant séjourné à Blois, d’Anne de Bretagne à Claude de France, en passant par Marie Stuart, Catherine et Marie de Médicis. De la chapelle Saint-Calais aux combles du château.
Du 9 avril au 5 novembre 2022 (hors juillet-août), tous les samedis à 16h30, durée d’1h30, 6 € (en plus du droit d’entrée au château).
Réservation conseillée au 02 54 90 33 32.