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Expo à Paris

Le décor impressionniste

Les tableaux des impressionnistes ont d’abord choqué parce qu’ils étaient vu telles de simples décorations. Or les impressionnistes n’ont jamais renié le décoratif. Et des œuvres impressionnistes regardées aujourd’hui comme des tableaux de chevalet – paysages, fleurs ou scènes de la vie moderne – ont d’abord été conçues par Monet, Renoir ou Caillebotte comme des décorations.

« Ç’a été le rêve de toute ma vie de peindre des murs », confiait Degas. Pourtant, les tableaux des impressionnistes ont d’abord choqué parce qu’ils étaient vu telles de simples décorations. Le critique Louis Leroy parle même de « papier peint » concernant Impression soleil levant de Monet lors de l’exposition des refusés du salon officiel académique, chez Nadar, en avril 1874. Il n’empêche, tout au long de leurs carrières, les impressionnistes ont produit des peintures et des objets décoratifs, expérimentant de nombreuses techniques tout en redéfinissant - à leur manière- la notion même de « décoratif », redonnant un sens noble au terme. Monet nommait précisément ses Nymphéas de « grandes décorations ». Et Renoir, parlant de ses Grandes Baigneuses comme d’un « essai de peinture décorative », n’affirma-t-il pas que l’art est fait avant tout pour « égayer les murs » ?

Cette exposition s’applique à montrer les liens entre l’impressionnisme et le décoratif à travers quelque quatre-vingts peintures, éventails, céramiques ou dessins de Bracquemond, Caillebotte, Cassatt, Cézanne, Degas, Manet, Monet, Morisot, Pissarro et Renoir, venant du monde entier, pour certains rarement ou jamais présentés en France. Le parcours ouvre sur un véritable parterre de fleurs de Monet, Manet et Renoir. Suit un groupe de joyeux Dindons conçu par Monet en 1877 comme une décoration pour le château de Rottembourg, propriété d’Ernest et Alice Hoschedé à Montgeron ; Ernest ayant sans doute eu cette envie après avoir vu le grand panneau décoratif, dit aussi Le Déjeuner peint par Monet en 1873 dans le jardin à Argenteuil. L’artiste y a immortalisé une fin de repas estival à l’ombre de bosquets en fleurs. Il reste encore une cafetière en argent, deux tasses, une coupe de fruits et des verres sur la table couverte d’une belle nappe blanche. Tandis que son épouse et une amie s’éloignent vers la maison, son fils joue avec des cubes, assis par terre. Monet a peint cette scène sereine et lumineuse de la vie ordinaire sur une grande toile, un format inhabituel. Pissarro a aussi fait le choix de grands formats pour ses paysages panoramiques de Louveciennes et de Pontoise, réalisés pour la famille Arosa qui souhaite décorer les murs de sa maison d’Aix-en-Provence.

Le triptyque de Caillebotte représentant la variété des sports et loisirs pratiqués en bordure de rivière (1878), habituellement exposé en trois endroits différents, est ici réuni comme il fut créé, en un ensemble décoratif illustrant trois plaisirs de l’été : des baigneurs dont l’un s’apprête à plonger dans la rivière, des pêcheurs à la ligne et des sportifs canotant sur leurs périssoires, fragiles canots à fond plat au nom très évocateur ! Caillebotte fit en 1890 un autre panneau avec des bateaux (sa passion) pour l’appartement de Martial Caillebotte, rue Scribe à Paris et se lança également dans un grand parterre de marguerites pour sa propre maison au Petit-Gennevilliers. Un panneau -prévu peut-être pour accompagner ses portes décorées d’orchidées peintes en 1893- mais resté inachevé à la mort de l’artiste, en 1894.
Comme Émile Gallé, Mary Cassatt décore des vases, tandis que Marie Bracquemont crée des décors de fleurs pour des services d’assiettes en faïence de Haviland & Cie. Berthe Morisot n’est pas en reste avec sa Bergère couchée, une décoration pour le mur du salon blanc de son appartement, 40 rue de Villejust à Paris. Et surtout Le Cerisier (1891), au format vertical, premier des quatre panneaux d’un autre projet de grande composition finalement abandonnée.

L’envie est de mettre de la gaité sur les murs, de faire entrer la nature dans la maison comme il y en a aussi sur les assiettes ou les céramiques. C’est ce que souhaitait le collectionneur Victor Chocquet en demandant à son ami Cézanne de réaliser des dessus-de-porte pour son hôtel particulier, 7 rue Monsigny à Paris ; des scènes idylliques de baigneurs nus encadrant un plan d’eau où vogue une barque. Le galeriste Paul Durand-Ruel eut le même souhait, en commandant à Monet des panneaux fleuris pour les cinq portes de la salle à manger de son appartement, 35 rue de Rome à Paris. Monet passera près de trois ans à exécuter cet ensemble mêlant azalées, chrysanthèmes, dahlias, pêches et panier de pommes. En 1893, dix ans après s’être installé à Giverny, Monet a aménagé un jardin d’eau comme lieu d’agrément, mais aussi comme immense réservoir de motifs à peindre. Le thème des nymphéas a pris une dimension décorative dans sa peinture et on peut en juger dans les deux grandes salles ovales des Nymphéas du musée de l’Orangerie ; des salles pensées par Monet comme lieux de méditation. Méditation aussi face à la vidéo (D’) Après Monet, créée en 2020 par Ange Leccia à partir de l’histoire de la genèse de cette œuvre magistrale. Une plongée sur grands écrans dans l’univers colorée, lumineux et mouvant du jardin de Giverny comme dans la peinture du maître de l’impressionnisme, mais aussi un lien avec les abstractions américaine et européenne et la culture japonaise.

Catherine Rigollet

Visuels : Berthe Morisot (1841-1895), Le Cerisier. Huile sur toile, 154 x 84 cm. Décoration pour le salon blanc de l’appartement de l’artiste, 40 rue de Villejust à Paris. Paris, musée Marmottan-Monet. Legs Annie Rouart en 1993.
Claude Monet (1840-1926), Le Déjeuner, vers 1873. Huile sur toile, 160 x 201 cm. Paris, musée d’Orsay.
Gustave Caillebotte (1848-1894), La Berge du Petit-Gennevilliers et la Seine. Décoration pour l’appartement de Martial Caillebotte, rue Scribe à Paris. 1890, Huile sur toile. Collection particulière.
Claude Monet (1840-1926), Nymphéas, détail. Dans salle des Nymphéas. Huile sur toile marouflée sur le mur. Don de l’artiste à l’État français en 1922. Musée de l’Orangerie. Photos : L’Agora des Arts.

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Du 2 mars au 11 juillet 2022
musée de l’Orangerie
Ange Leccia (D’) Après Monet, jusqu’au 5 septembre 2022 (niveau 2)
Jardin des Tuileries, 75001 Paris
Tous les jours, sauf mardi
De 9h à 18h
Tarifs : 12,50€ / 10€
www.musee-orangerie.fr

- Gardez votre billet... et poursuivez votre découverte des chefs-d’œuvre impressionnistes : pendant toute la durée de l’exposition « Le décor impressionniste. Aux sources des Nymphéas » (du 2 mars au 11 juillet 2022), vous bénéficiez d’une entrée à tarif réduit au musée d’Orsay dans les quinze jours suivant votre visite, sur présentation de votre billet d’entrée.