Lucy McKenzie explose la société du spectacle

Du XIXe siècle à nos jours, avec quelques emprunts à l’Antiquité ou à la Renaissance, Lucy McKenzie (née en 1977 en Écosse, vit à Bruxelles) s’inspire, en les détournant, des techniques et des motifs de l’art occidental qui peuvent illustrer son propos dénonciateur de la société du spectacle à travers le faux et l’ambigu, la mise en scène et l’illusion. Il faut dire que l’artiste est une spécialiste du trompe-l’œil et de la peinture décorative. « Lucy McKenzie s’intéresse aux divertissements de masse de la modernité comme les panoramas peints, lieux d’art, de science et d’amusement où se confondent expérience ludique et massification des regards. Elle y explore les inventions formelles et culturelles ayant contribué à transformer le quotidien en un spectacle permanent », indique Marie Canet, commissaire de l’exposition.

Troisième volet d’un projet itinérant qui est déjà passé par Hasselt (Belgique) en 2024 et Vienne (Autriche) en 2025, « Plastic Newspaper », qui est la première exposition personnelle en France de Lucy McKenzie, se déploie comme un voyage excentrique sur deux niveaux dans les vastes espaces du CRAC (neuf salles en tout sur 1200 m2), un curieux bâtiment à l’origine entrepôt frigorifique pour la conservation du poisson. De l’installation à la peinture, en passant par la sculpture et la vidéo, McKenzie dissémine ses vingt-neuf œuvres au long d’un parcours qui étonne, trouble et interroge. Un parcours tellement truffé de références, de détournements, de citations historiques et plastiques qu’il est impossible de le détailler ici. On ne peut que conseiller de parcourir cette exposition à son rythme, le guide de visite (disponible à l’entrée) à la main comme un indispensable vade-mecum. Une chose est certaine, personne ne manquera d’être déconcerté, voire dérangé, par cet enchaînement de propositions plus iconoclastes les unes que les autres, entre kitsch et surréalisme.

Cinq mannequins sont d’ailleurs dispersés sur le parcours, dont certains font clairement référence à l’exposition internationale du surréalisme qui s’est déroulée du 18 janvier au 22 février 1938 (galerie des Beaux-Arts de Georges Wildenstein) et dont la scénographie était assurée par Marcel Duchamp. Le corridor d’entrée y était transformé en « Rue surréaliste » où étaient placés seize mannequins le long d’un mur, dont celui de Duchamp simplement habillé des vêtements de l’artiste (chapeau, chemise, cravate, veston et chaussures mais sans pantalon), avec dans la poche du veston une ampoule ! Trois cires anatomiques, issues de la collection du Dr Spitzner, conservée aujourd’hui à la Faculté de médecine de l’Université de Montpellier, emmêlent pédagogie et voyeurisme, information et frayeur. Impressionnants aussi les deux grands panneaux muraux peints, Mural for Cromwell Place (Francis Bacon’s Studio) et Mural Proposal for Jeffrey Epstein’s New York Townhouse (Filming of American Psycho), des sortes de peintures d’histoire qui, comme le dit Marie Canet, renversent « les positions de regards et de pouvoirs ». On croise aussi l’inquiétant Adolf Loos (1870-1933), célèbre architecte austro-tchèque en son temps, condamné pour agressions sexuelles sur mineures… Nous vous conseillons de « rencontrer » Lucy McKenzie au bord du Canal Royal de Sète, là où se dévoile son travail impressionnant au service d’un univers étonnant et détonant.

Jean-Michel Masqué

Archives expo en France

Infos pratiques

Lucy McKenzie - Plastic Newspaper
Du 31 mars au 6 septembre 2026
Centre Régional d’Art Contemporain (CRAC) Occitanie
26, Quai Aspirant Herber (Sète, Hérault)
Ouvert tous les jours (sauf mardi et 1er mai) de 12h30 à 19h et le week-end de 14h à 19h
Entrée libre
Tel. 04 67 74 94 37
https://crac.laregion.fr/


 À voir aussi à Sète : André Cervera. Carambolages.
Jusqu’au 7 juin 2026. Musée Paul Valéry. Lire l’article.


Visuels :

 Lucy McKenzie, Duchamp Mannequin, 1938 (II), œuvre produite en 2026. Mannequin en fibre de verre, vêtements, perruque et lampe électrique, 160 x 90 x 60 cm.
Courtesy de l’artiste et d’un collectionneur privé. Photo : Useful Art Services.

 Lucy McKenzie, Pleasure’s Inaccuracies Billboard II, 2020. 12 parties. Impression offset sur papier, 102,2 x 150,4 cm. Courtesy de l’artiste.

 Lucy McKenzie, Mural for Cromwell Place (Francis Bacon’s Studio), 2024. Huile et acrylique sur toile, 300x-600 cm (3 panneaux de 300 x 200 cm), encadrée, cadre sur mesure réalisé in situ. Courtesy de l’artiste et de la Cabinet Gallery, Londres. Photo : Useful Art Services.

 Lucy McKenzie, Anonymous Youth ; Donatello John the Baptist 1.1 ; Donatello John the Baptist 1.2 ; Donatello John the Baptist 2, 2019. Huile sur plastique en fibre de verre (sauf Donatello John the Baptist 1.2, huile sur plâtre), dimensions variables. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Buchholz, Cologne. Photo : Useful Art Services.