Martial Raysse. Entre Guerre et Paix

À 88 ans, Martial Raysse, figure mythique du Nouveau réalisme et du Pop Art français, continue d’étonner, de se réinventer et de marquer, encore et toujours, l’histoire de l’art. Il expose à la galerie Templon une trentaine d’œuvres récentes où la grande peinture d’histoire dialogue avec ses souvenirs d’enfance et les tourments du monde contemporain.

En 2014, encore peu connu du grand public, une rétrospective au Centre Pompidou à Paris permettait de saisir la diversité de la carrière de Martial Raysse (Né en 1936 à Golfe-Juan). Un artiste parfois déroutant, passé du Nouveau Réalisme des années soixante au Pop Art, abandonné en 1968 pour de grandes fresques carnavalesques et pamphlétaires, ne cessant jamais d’expérimenter tout au long de sa carrière, poursuivant sa réflexion sur l’art et le monde qui l’entoure à travers différentes formes : peinture, néon, assemblage ou encore vidéo. En 2023, le théâtre du monde de Raysse le moraliste nous éblouissait encore et toujours au musée Paul Valéry à Sète.

En ce début 2026, on retrouve ce peintre de la vie moderne à la galerie Templon avec près de trente œuvres récentes, dont trois immenses formats, flirtant avec l’ambition et la dramaturgie de la peinture d’histoire, conversant avec une série de figures féminines allégoriques. Parmi eux, La Peur (2023), toile longue de quatre mètres traversée par des réminiscences de la guerre en Ukraine (et la peur éprouvée dans son enfance pendant la guerre) et son pendant féerique La Paix (2023), vaste fresque se déroulant sur cinq mètres. Deux morceaux de bravoure qui nous basculent de l’anxiété de la mort liée à la guerre évoquée par un horizon en flammes et des visages apeurés, à une ivresse de vie pleine d’ironie et de couleurs flashy. Ils résonnent avec les panneaux La Guerre et la Paix conçus par Picasso en 1959 pour les voutes de l’ancienne chapelle romane (XIIe siècle) du château de Vallauris. Rappelant que depuis son iconique relecture de L’Odalisque à l’esclave d’Ingres Made in Japan en 1963, Raysse a poursuivi ses hommages à d’autres figures tutélaires, tels que Fouquet, David ou Poussin. Mais dans des œuvres qui se conjuguent toujours au présent.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 10 janvier au 14 mars 2026
Galerie Templon
28 rue du Grenier-Saint-Lazare
Tél : + 33 (0)1 42 72 14 10
Mardi - Samedi, 10h - 19h
https://www.templon.com


Visuels :

 Martial Raysse, La Paix, 2023. Acrylique sur toile, 300 x 500 cm. Collection particulière ©Gilles Hutchinson. ADAGP, Paris 2023.

 Martial Raysse, La Peur, 2023. Acrylique sur toile. 300 x 400 cm. Courtesy galerie Templon.

 Martial Raysse, Ô Léa !, 2013. Acrylique sur toile, 40 x 40 cm. © Elisabeth Bernstein. Courtesy galerie Templon.

 Vue de l’exposition Martial Raysse. Oeuvres récentes. Galerie Templon, Paris. © Laurent Edeline.