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Expo à Paris

Edvard Munch (1863-1944). Un poème de vie, d’amour et de mort

Tout le monde connait Le Cri et sa silhouette hurlante au premier plan, œuvre iconique de Munch (1863-1944) devenue une allégorie universelle des sentiments de peur et d’angoisse. Maintes fois décliné, par Munch lui-même, le thème du Cri a eu tendance à réduire la richesse et la complexité de l’immense production de cet artiste à la vision du monde singulière.
Après la grande exposition en septembre 2011 au Centre Pompidou, c’est au tour du musée d’Orsay de parcourir en une centaine d’œuvres (dont 47 peintures) les soixante années de création du peintre norvégien, du réalisme poétique de ses débuts aux tableaux expressionnistes, en passant par la période symboliste du Cri. Toutefois, la commissaire Claire Bernardi (directrice du musée de l’Orangerie), n’a pas opté pour un parcours chronologique, mais a préféré réunir des tableaux autour de différentes thématiques : l’intime, l’exploration de l’âme humaine, l’amour, le drame du huis-clos…Faisant ressortir la répétition des mêmes motifs (silhouettes fantomatiques aux faces blêmes, yeux spectraux ou exagérément cernés de brun, personnages sur des ponts…) et thèmes (amour, angoisse, doute existentiel…). « Il y a toujours une évolution et jamais la même – je construis un tableau à partir d’un autre », affirmait Munch en 1933.

UN UNIVERS OBSESSIONNEL ET TOURMENTÉ

Ayant renoncé à ses études d’ingénieur dès 1880 pour se consacrer à la peinture, Munch s’oriente très vite vers le portrait de ses proches dans des compositions ou si l’intime prime (Heure du soir, 1888), il possède une résonance universelle (L’Enfant malade, 1896). L’exploration de l’âme humaine, comme avec cette toile de l’Enfant malade que Munch déclinera six fois, exprime l’angoisse existentielle qui monte déjà dans Désespoir. Humeur malade au coucher de soleil (1892) ; un tableau très sombre avec ce personnage au premier plan perdu dans ses pensées et cette balustrade coupant la toile d’une diagonale noire fuyant vers un ciel rouge sang aux lignes sinueuses. Une composition magistrale qui annonce Le Cri (1893).
Du Cri, on ne verra pas la toile, mais une lithographie de 1895, porteuse de la dramaturgie qui imbibe l’œuvre de Munch traumatisé dans sa jeunesse par les décès successifs de sa mère, de deux de ses quatre frères et sœurs puis de son père. Sa vie sera marquée par des crises d’angoisse et d’alcoolisme, des souffrances psychologiques, des drames sentimentaux... Et en dépit d’une intensification progressive de la couleur et d’une ouverture sur le monde et la modernité -Munch s’intéresse aux effets d’optique, aux rayonnements (Le Soleil, 1912), se passionne pour les nouveaux médias que sont la photographie et le cinéma-, son œuvre restera tourmentée et pessimiste tout au long d’une vie, comme tournée vers le dedans.
Même quand il interprète le thème de l’amour à travers diverses représentations (madone, Adam et Eve ou baiser), sa vision est ambiguë. Ainsi, face à Couples s’embrassant dans un parc (1904), un petit tableau très hédoniste au premier abord avec ses couleurs printanières, surgit peu à peu un certain malaise. Comment interpréter le sens de ces quatre silhouettes de couples enlacés qui semblent fondre, se diluer, et de ce regard enfantin qui au premier plan, en bas de la composition, nous fixe…Une œuvre issue de la « Frise Linde », du nom du mécène allemand le docteur Max Linde qui lui commanda plusieurs panneaux pour décorer la chambre de ses enfants. Et qui les refusera, les jugeant inappropriés, mais ne cessera de soutenir le peintre.
L’amour, disait Munch, « ne laisse derrière lui qu’un tas de cendres ». Dans Autoportrait en enfer (1903), l’artiste qui sort d’une rupture tragique avec Tulla Larsen, se représente nu sur un fond rougeoyant, le regard noir. On retrouve ce thème de l’amour destructeur et de la femme pompant la force vitale de l’homme par ses baisers dans Vampire dans la forêt (1924-1925). En 1937, quatre-vingt-deux œuvres de Munch exposées dans des musées allemands sont confisquées car jugées « dégénérées » par les nazis. Munch est blessé, mais son pinceau brulant continuera de courir sur la toile jusqu’à son dernier souffle, avec une puissance toujours intacte.

Catherine Rigollet

Visuels : Edvard Munch, Soirée sur l’avenue Karl-Johan (1892). Huile sur toile, 84,5 × 121 cm. Bergen, KODE Bergen Art museum (collection Rasmus Meyer).
Edvard Munch, Désespoir. Humeur malade au coucher de soleil, 1892.
Huile sur toile, 103 x 98 cm. Stockholm, Thielska Galleriet.
Edvard Munch, Couples s’embrassant dans un parc (Frise Linde), 1904. Huile sur toile, 91 x 170,5 cm. Oslo, Munchuseet.
Edvard Munch, Les Jeunes filles sur le pont, 1927. Huile sur toile, 100 x 90 cm. Oslo, Munchmuseet.
Photos : L’Agora des Arts.

Archives des expos à Paris
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Du 20 septembre 2022 au 22 janvier 2023
Musée d’Orsay
Tous les jours sauf lundi, 9h30-18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
Tarifs : 16€/13€
www.orsay.fr