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Expo à Paris

Nick Brandt. The Day May Break : testament africain

Il y a vingt ans, le photographe britannique Nick Brandt (né en 1964) réalisait ses premières photographies d’animaux sauvages en Afrique, livrant des images fortes par la frontalité des portraits en noir et blanc, n’utilisant ni couleurs, ni téléobjectif, mais en prenant son temps, seul d’abord, puis en équipe aujourd’hui. Ayant constaté que ce monde sauvage était en train de disparaître, il a poursuivi son travail photographique avec les séries Inherit the Dust (2014) et This Empty World (2019) pour témoigner et alerter de la destruction par l’Homme de la faune africaine et de la disparition de la biodiversité. Avec un autre constat en parallèle : les hommes, au même titre que les animaux, sont menacés par le changement climatique.

C’est face à cette évidence qu’est né en 2020 The Day May Break, premier volet d’une longue série qui réunira espèces animales et êtres humains impactés par des désastres climatiques dans le monde entier. Il nous emmène au Zimbabwe et au Kenya, où l’équipe de recherches de Nick Brandt a réuni sur les mêmes clichés des « réfugiés climatiques », des personnes ayant perdu leur ferme, leur maison, leur gagne-pain à cause de périodes de sécheresse inédites ou d’inondations dramatiques, et des animaux rescapés, hébergés dans des refuges et réserves sauvages.
On est immédiatement saisi par la beauté de ses photographies en noir et blanc dans lesquelles humains et bêtes se tiennent côte à côte, sans aucune animosité ni inquiétude, comme unis par un même destin. Le brouillard spectral qui les enveloppe, renforce le côté énigmatique de la mise en scène parfois éclairée par une ampoule blanche qui semble pendre du ciel (le cadrage occultant le matériel de prise de vue). Un intrigant jeu d’ombre et de lumière renforçant la dramaturgie de la situation. Rien dans ces images n’est le fruit d’un photomontage. Habitués à la présence humaine car ils ont tissé des liens avec leurs soigneurs, les animaux ne fuient pas. Hommes et animaux, tous ont un nom, une histoire que le photographe nous raconte dans de grandes légendes ; nous les rendant encore plus proches, presque intimes.
Ainsi, l’homme assis sur un escabeau en bois, comme pour se mettre à hauteur d’une girafe, c’est Richard Moya. Il vit dans l’est du Zimbabwe, une région touchée depuis 2010 par de graves sécheresses. Reconverti dans le tabac pour faire vivre sa famille, il est conscient toutefois de l’impact climatique de la déforestation liée à cette culture. Elle, c’est Sky, une girafe née en Afrique du Sud dans une région où la faune sauvage a été décimée. Abandonnée par sa mère, elle a été recueillie dans la réserve Wild is Life. Il y a aussi Harriet, un hibou grand-duc qui vit depuis trente-cinq ans dans la réserve Kuimba Shiri après avoir été sauvé oisillon d’une mort certaine. Mais aussi le rhinocéros Najin à côté d’Alice, Stanley et de leur bébé ; Patrick et les flamands roses au Zimbabwe, Githui et le zèbre Kimanjo au Kenya ou encore Fatuma, Ali et l’éléphant Bupa au Kenya (pour leur ivoire, près de 35 000 éléphants sont massacrés chaque année en Afrique).

Témoigner, dénoncer et protéger, Nick Brandt, déjà engagé dans la structure qu’il a cocréée en 2010, la Big Life Foundation – dont l’objectif est la protection de plus 650 000 hectares contre le braconnage au Kenya et en Tanzanie –, a prévu cette fois de reverser un pourcentage de ses ventes à ses modèles.
“Le jour peut se lever… sur une terre en ruine. Ou le jour peut se lever sur une nouvelle aube. C’est à l’humanité de choisir. C’est à nous de choisir.” » Un message d’espoir et une exposition à voir.

Catherine Rigollet

Visuels : Nick Brandt, Richard and Sky II, Zimbabwe, 2020.
Githui and Kimanjo, Kenya, 2020.
Alice, Stanley and Najin, Kenya 2020
Tous les clichés : Série The Day May Break. Tirage pigmentaire, signé, daté, titré et numéroté.

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Du 20 janvier au 12 mars 2022
Galerie Polka
Cour de Venise, 12 Rue Saint-Gilles, 75003 Paris
Du mardi au samedi, de 11h à 19h
Entrée libre
http://www.polkagalerie.com