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Expo à Paris

Paul Signac, peintre et collectionneur

Paul Signac (1863-1935), ce « néo-impressionniste », ainsi nommé par le critique Félix Fénéon en septembre 1886, fut aussi un grand collectionneur, s’inscrivant dans la tradition des artistes collectionneurs, tels Vasari, Rubens, Rembrandt, Rodin, Monet, Caillebotte, Degas ou Picasso. Après l’exposition que le musée Jacquemart-André lui a consacré en tant que peintre durant l’été (https://lagoradesarts.fr/-Signac-Les-harmonies-colorees-.html), c’est son engagement envers la peinture de son temps que le musée d’Orsay propose de mettre en lumière. Ses archives, qui conservent, outre la correspondance de l’artiste, les carnets où il consignait ses achats, a permis d’établir un recensement précis des peintures, dessins et estampes qui lui ont appartenu.

Impressionnisme à ses débuts (autodidacte Signac a appris son métier de peintre en regardant la peinture des impressionnistes), Signac a glissé vers une nouvelle technique de division des tons, à l’instar d’un groupe de peintres réunissant autour de Seurat, Dubois-Pillet, Charles Angrand, Henri Edmond Cross, Lucien Pissarro et Adolphe Albert. Nombre d’œuvres de ces peintres vont entrer dans sa propre collection. Signac n’est toutefois pas un investisseur, simplement il aime s’entourer de « toiles amies ». À commencer par celles de l’ami Seurat, qui décède brutalement en 1891 à 32 ans et dont Signac va acquérir une quarantaine d’œuvres (dont Le Cirque et La Seine à Courbevoie), pour défendre sa mémoire, devenant par ailleurs le nouveau chef de file du mouvement. Autre compagnon de route, Vincent Van Gogh, qui en souvenir de parties de peinture sur les bords de Seine et de sa visite amicale lors de son internement à Arles, lui enverra Deux Harengs, (1889), un joli petit tableau à dominante jaune fumé. Signac pratique aussi les échanges entre peintres, il obtiendra ainsi Luxe, Calme et volupté (1904) de Matisse – une toile d’allure néo-impressionniste-, en échange d’une de ses toiles La Maison verte (Venise) et de 500 francs.

Issu d’une famille aisée, Signac a les moyens d’acheter. Il a d’ailleurs commencé dès l’âge de 21 ans, s’offrant La Plaine de Saint-Ouen-l’Aumône vue prise des carrières du Chou (vers 1880) de Cézanne aperçue dans la boutique du père Tanguy, dans le 9e arrondissement. Il achètera d’autres tableaux de maîtres, dont un Monet (Pommiers en fleurs au bord de l’eau (1880), plusieurs Boudin, Camille Pissarro et Degas. Co-fondateur puis président du Salon des Artistes indépendants à partir de 1908, Signac est alors au carrefour des avant-gardes et encourage les nouveaux talents. Il s’intéresse aux Nabis (Bonnard, Vuillard, Roussel, Denis et Vallotton) et surtout, sensible à l’expressivité de la couleur, il aime les Fauves, acquiert des œuvres de Camoin, Marquet, Valtat et la célèbre Modjesko, Soprano Singer de Kees van Dongen, désormais propriété du MoMa à New York. Au total une collection de près de 400 œuvres mêlant peintures, dessins et estampes. Un ensemble aujourd’hui dispersé.

C’est tout l’intérêt de cette exposition (conçue par Marina Ferretti Bocquillon, spécialiste de l’œuvre de Signac et Charlotte Hellman, responsable des archives Signac) de retracer l’histoire de cette collection et d’avoir réuni autour d’une dizaine d’œuvres de Signac, des œuvres qui lui ont appartenu, reflétant son regard d’artiste et ses partis pris d’homme engagé dans son temps.

Catherine Rigollet

Visuels : Théo van Rysselberghe, En mer, portrait de Paul Signac, dit aussi Paul Signac à la barre de son bateau l’Olympia, 1896. Huile sur toile, 93 x 114 cm. Archives Signac. Akg-images / Erich Lessing.
Georges Seurat, Le Cirque, 1891. Huile sur toile, 186,2 x 152 cm. Paris, musée d’Orsay. Photo @Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt.
Kees van Dongen, Modjesko, Soprano Singer, 1908. Huile sur toile, 100 x 81,3 cm. The Museum of Modern Art (MoMa), New York ©Digital image, MoMa / Scala, Florence. ADAGP, Paris 2021.

Archives des expos à Paris
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Du 12 octobre au 13 février 2022
Musée d’Orsay (salles 17 à 23)
Du mardi au dimanche, 9h30-18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
Tarifs 16€/13€
www.musee-orsay.fr