Il n’est sans doute pas de meilleur moyen d’aborder le château royal d’Amboise que d’emprunter le chemin du fleuve, de découvrir au débouché d’un méandre la silhouette de la demeure royale posée sur son promontoire rocheux dominant la ville et le paysage alentour. Depuis plusieurs années, des entreprises ont remis au goût du jour la navigation sur la Loire, comme « Moments de Loire » (https://momentsdeloire.fr/) qui proposent, depuis son port d’attache de Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher), des balades sur la Loire à bord de toues, ces bateaux ligériens traditionnels à fond plat. Cette arrivée fluviale permet d’emprunter le sillage de ces princes (de Charles VII à Henri II et ses fils) qui ont fait du Val de Loire le centre du pouvoir royal pendant plus d’un siècle au moment charnière du passage du Moyen Âge à la Renaissance. Ces princes qui sont au cœur de la nouvelle exposition temporaire, « Sur la route des princes voyageurs », proposée par Marc Métay, directeur du château d’Amboise, commissaire de l’exposition et secrétaire général de la Fondation Saint-Louis qui gère le château. Pour symboliser ce mariage du château et du fleuve, de la Loire et des princes, une toue est posée sur la terrasse du château le temps de l’exposition.
L’exposition se déploie dans les salles du logis royal qui abritent déjà le parcours permanent, ce qui peut provoquer une certaine confusion pour le visiteur mal informé que la surabondance de panneaux explicatifs au fil de l’exposition pourrait aussi lasser… Mais prenons la route avec Louis XI (1423-1483, règne à partir de 1461), roi voyageur s’il en fut dont on a dénombré des centaines de résidences au long de son règne et qui se déplaçait fréquemment, à partir de ses bases tourangelles (voir notre reportage, https://lagoradesarts.fr/-Sur-les-pas-de-Louis-XI-en-Val-de-Loire-.html), pour des raisons guerrières, diplomatiques ou de loisir (la chasse en particulier) ! Nous suivons ensuite Anne de Bretagne (1477-1514) à travers son voyage nuptial de 1491 qui aboutit à son mariage avec Charles VIII (1470-1498) à Langeais. Mariée successivement à deux rois, Charles VIII donc puis Louis XII (1462-1515), Anne de Bretagne eut l’occasion d’effectuer plusieurs entrées solennelles, rituels d’accueil officiels et codifiés, à Tours et Amboise qui sont ici illustrées.
De guerres en explorations
La Grande salle du logis royal est dévolue aux guerres d’Italie qui occupèrent tour à tour Charles VIII, Louis XII et François Ier (1494-1547), ce dernier ayant passé sa jeunesse au château d’Amboise. Ces voyages guerriers, pour la conquête du royaume de Naples ou du duché de Milan, constituèrent aussi pour les rois français et leur entourage un choc culturel car l’étincelle de la Renaissance s’était déjà allumée dans la péninsule à travers les arts, l’architecture et le paysage. Les rois français ramenèrent sur les bords de la Loire quelques-uns des acteurs majeurs de cette Renaissance dont le plus célèbre, Leonard de Vinci. On parcourt aussi les chemins de fortune (Marignan en 1515) et d’infortune (Pavie en 1525) de François Ier qui, fait prisonnier lors de ce siège de Pavie, voyagea jusqu’à sa prison madrilène (tableau de Rubio en 1884 prêté par le musée du Prado, « François Ier, roi de France, entre prisonnier dans la tour de Lujanes »).
La troisième partie de l’exposition, qui occupe les trois dernières salles du logis, nous entraînent sur les grandes routes maritimes vers le Nouveau Monde qui a fini par attirer la royauté française après qu’elle se soit détournée du « mirage » italien. On rencontre ici Verrazzano (1491-1528), navigateur d’origine florentine au service de François Ier et explorateur de la côte atlantique de l’Amérique du Nord, de la Floride à Terre-Neuve. Jacques Cartier (1494-1557) et Jean-François La Rocque de Roberval (1495-1560) explorent quant à eux les côtes canadiennes et l’estuaire du Saint-Laurent. Enfin, sous Henri II (1519-1559, règne à partir de 1547), on rêve d’une « France antarctique » en se tournant vers le Brésil où Nicolas Durand de Villegagnon (1510-1571) établit en 1555, pour cinq ans seulement, un fort sur le site de la future Rio de Janeiro. Ces voyages font avancer la science géographique et cartographique (instruments de navigation, portulans, globes terrestres et célestes...), symbolisée ici par les deux reproductions de globes du XVIe siècle, confectionnés spécialement pour l’exposition par l’atelier Sauter de Besançon. Ces voyages sont aussi l’occasion de constituer des cabinets de curiosités où se côtoient animaux exotiques empaillés, plumages, armes, échantillons de bois et de minerais, vêtements et parures traditionnels… Une vitrine de ce type est visible en épilogue de cette exposition qui détaille une période de l’histoire de France passionnante, complexe et relativement méconnue qui a commencé sur les rives de ce fleuve longtemps royal et toujours majestueux.
Jean-Michel Masqué











