Thibaut Derien. J’habite (toujours) une ville fantôme

Partout en France, les centres-villes changent sous l’effet de mutations sociétales et de l’évolution des comportements d’achat. Depuis vingt ans, le photographe Thibaut Derien archive, obsessionnellement, les devantures volets fermés de boutiques abandonnées un peu partout dans l’hexagone, dont on perçoit parfois encore la devanture peinte ou décorées d’un carrelage de mosaïque aux teintes bigarrées. Triste souvenir d’un temps où même de petites villes abritaient boulangeries, épiceries, bazars, merceries, hôtels et surtout une foultitude de bars. Un temps de rencontres, d’échanges, de lien social. Un temps où la grande distribution et le e-commerce n’avaient pas vidé les centres bourgs transformant la ville en cité dortoir, en cimetière d’échoppes, en « ville fantôme ». Et chaque nouveau rideau baissé, chaque vitrine passée au blanc d’Espagne signe la lente agonie du commerce en centre-ville.

Thibaut Derien est né en 1974 en Bretagne, a grandi en Normandie, reçu son premier appareil photo (un Nikkormat armé d’un 50mm qui ouvrait à 1.2) alors qu’il est encore lycéen. Et bac en poche, il est entré comme stagiaire dans un studio de photographie industrielle à Caen...Décidé à devenir photographe, il est monté à Paris… Puis finalement a suivi de nombreux chemins de traverse (dont la figuration et la chanson !) avant de revenir à la photographie en 2013, n’ayant jamais vraiment lâché son appareil photo. Travaillant par séries, qu’il poursuit au fil des années, on lui doit déjà Où mes pas me mènent (2012 / 2020) tirée de ses voyages autour du monde ; Sur scène dans une minute ! (2012 / 2016) souvenir de sa vie de chanteur ou encore Angèle et le nouveau monde (2014 / 2017) reportage sur l’enfance de sa fille.

Selon le même principe que le couple de photographes allemands Bernd et Hilla Becher qui ont documenté l’architecture de bâtiments industriels avec des vues frontales et un cadrage serré, Thibaut Derien a entrepris en 2005 la série, J’habite une ville fantôme. Exposée en galeries et dans des festivals (prix SFR Jeunes Talents Paris Photo, prix du public des Boutographies, Prix des professionnels à Rendez-vous Images…), sans cesse complétée, elle fait l’objet d’une nouvelle présentation à la Little Big Galerie à Paris. Une autre série est déjà en cours, Dire au revoir à la ville ; le photographe ayant décidé de plaquer Paris : « trop de bruit, trop de nuit, trop de gens », pour se réfugier à Dinan. Jusqu’à quel prochain changement de route ? Car l’homme ne cesse de marcher, tout en regardant derrière lui avec une certaine nostalgie que nous renvoient ses images.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 3 au 28 juin 2026
Little Big Galerie
45 rue Lepic
75018 Paris
+ 33 (0)1 42 52 81 25
www.littlebiggalerie.com


 Une partie de cette série sera également montrée dans le cadre de l’exposition collective proposée chaque été par la Little Big Galerie-Arles lors des Rencontres. Thibaut Derien y sera du 6 au 9 juillet 2026 inclus et pourra signer son livre.


Visuels : Série « J’habite une ville fantôme » (2005-2025). ©Thibaud Derien.