Installé depuis sa fondation en 1853 dans un ancien couvent de dominicaines du 13e siècle, le musée Unterlinden, géré par l’association Schongauer, a rouvert le 12 décembre 2015, rénové, sa superficie doublée pour passer à près de 8 000 m2 grâce à la construction d’une aile contemporaine et « l’annexion » des anciens bains municipaux de 1906 situés de l’autre côté de la place et reliés par une galerie souterraine.
Réalisés par le cabinet d’architectes suisses Herzog & de Meuron, ces travaux ont aussi permis très judicieusement de découvrir le canal de la Sinn et de rendre aux piétons la place Unterlinden. La muséographie pensée par Jean-François Chevrier en relation avec l’architecture intérieure épurée. Sa sobriété blanche toute monacale met parfaitement en valeur les œuvres. Ses collections encyclopédiques (archéologie, objets d’art décoratifs et populaires, peintures, sculptures), sont particulièrement riches d’œuvres du Moyen Age et de la Renaissance (Martin Schongauer, Hans Holbein, Jost Haller, Lucas Cranach) avec notamment la pièce maîtresse du musée Unterlinden : le fabuleux retable d’Issenheim.
Cette œuvre fascinante, même pour le profane, a retrouvé sa place dans la chapelle de l’ancien couvent, parfaitement éclairée. Commandé pour le couvent des Antonins d’Issenheim, situé à une vingtaine de kilomètres de Colmar, le retable d’Issenheim (longtemps attribué à Albrecht Dürer) fut réalisé entre 1512 et 1516 par Mathis Gothard Nithard (dit Grünewald) pour les panneaux peints et Nicolas de Haguenau pour la partie sculptée. D’une grande richesse iconographique autour de la vie du Christ et de celle de saint Antoine l’ermite, patron de la commanderie d’Issenheim, cette œuvre monumentale d’une rare qualité picturale et qui mêle dramaturgie, réalisme morbide, fantastique et maniérisme a inspiré des générations d’artistes, notamment Tal Coat, Adel Abdessemed ou encore Otto Dix, dont le travail autour du retable a fait l’objet d’une exposition au musée Unterlinden, du 8 octobre 2016 au 31 janvier 2017.
Grâce à l’Ackerhof, dénomination de la nouvelle aile qui se fond aux autres bâtiments par son habillage de briques et ses ouvertures en ogives gothiques, le musée peut mettre en valeur son importante collection d’art moderne (d’Alechinsky à Zack, en passant par Bonnard, Delaunay, Otto Dix, Dubuffet, Mathieu, Poliakoff, Rouault, Soulages, de Staël, Viera da Silva…) dont l’impressionnante tapisserie de près de sept mètres de long, réalisée en 1976 par Jacqueline de La Baume-Dürbach, d’après le célèbre Guernica (1937) de Picasso qui n’autorisera que trois exemplaires de cette œuvre réalisée en onze nuances de laine.
Catherine Rigollet




