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Expo à Paris

Whistler (1834-1903). Portraits et paysages de la Frick Collection de New York

Cette petite exposition (qui tient dans une salle) ne rassemble que 22 œuvres dont 7 peintures à l’huile. Mais comme les tableaux de Whistler (1834-1903) sont rares dans les collections françaises, et que sa dernière rétrospective au musée d’Orsay remonte à 1995, c’est une opportunité pour découvrir l’essence de l’œuvre de cet artiste phare de la jeune génération symboliste.

Né en 1834 dans le Massachussetts, James Abbott McNeill Whistler (1834-1903) fait son apprentissage à Paris dans l’atelier de Charles Gleyre entre 1855 et 1859, date à laquelle il s’installe à Londres, tout en gardant un lien privilégié avec la scène artistique parisienne et ses amis Mallarmé, Théodore Duret, Fantin-Latour, Rodin, Courbet et Oscar Wilde. Dandy excentrique, anticonformiste, vivant souvent au-dessus de ses moyens, provocateur et même querelleur, faisant un retentissant (et ruineux) procès en diffamation contre John Ruskin qui a qualifié ses Nocturnes de « pot de peinture jeté à la face du public », Whistler fut longtemps un artiste incompris.
En 1863, il expose au Salon des Refusés à Paris, Symphonie en blanc n°1 (La Fille en blanc). Ce tableau qui montre une belle jeune femme en robe blanche, longs cheveux roux dénoués, debout sur une peau de loup devant un rideau blanc avec un lis blanc à la main (refusé l’année précédente à La Royal Academy à Londres) fait presque autant sensation que Le Déjeuner sur l’herbe de Manet.
Whistler continue de se faire connaître avec ses portraits en pied auquel il donne des noms portés par la musique (nocturne, arrangement ou harmonie), se passionnant pour la recherche des tons « noir », « blanc », « brun » ou « violet » constitutifs des titres des œuvres, affirmant que la nature contient les éléments, en couleur et en forme, de toute peinture, comme le clavier contient les notes de toute musique.
Il peint aussi des paysages, avec une prédilection pour les effets d’eau et de ciel, en particulier sur la Tamise à Londres. Des vues tout en nuances subtiles, en couches si fluides qu’on discerne la trame de la toile. L’eau-forte le passionne également depuis le début et il y excelle. Ce procédé lui permet de réaliser des œuvres à l’atmosphère rêveuse en jouant avec les encrages pour reproduire les ambiances brumeuses et nocturnes qu’il affectionne tant, que ce soient des vues urbaines industrielles et populaires, des dockers et des mendiants, des vues des canaux et des bas-fonds vénitiens, ou le portail richement décoré du palazzo Gussoni sur le Rio de la Fava, gravé avec minutie et finesse, s’intéressant aux effets de transparence de l’eau (Le Porche, 1880).

À cette même époque, le magnat de l’industrie Henry Clay Frick (1849-1919) bâtit sa collection, l’ouvrant à l’art de la fin du XIXe siècle à partir de 1910. Il achète ainsi dix-huit œuvres de Whistler – peintures et arts graphiques – faisant ainsi de cet artiste l‘un des mieux représentés de sa collection qui ouvrira au public en 1935, dans sa demeure newyorkaise.
C’est à la faveur de la fermeture de l’institution pour travaux qu’un petit ensemble d’œuvres de Whistler quitte son écrin de New York pour la première fois depuis plus d’un siècle pour être présenté au musée d’Orsay. Soit : 4 peintures, 3 pastels et 12 eaux-fortes.
Les plus imposantes sont les trois portraits en pied représentatifs de ses célèbres « symphonies en blanc » et « arrangements en noir » : le portrait de Mrs Frederick Leyland (une superbe et romantique symphonie en couleur chair et rose dans le style préraphaélite et aesthetic movement) ; le portrait de Rosa Corder (un arrangement en brun et noir), et celui de Robert de Montesquiou-Fezensac, dandy esthète comme Whistler. Un portrait un peu raide et sage de ce personnage incontournable du Tout-Paris de la Belle Époque, surtout si on le compare à celui réalisé par Giovanni Boldini ou par certains caricaturistes de l’époque qui avaient bien saisi le caractère flamboyant et extravagant de ce familier de Proust qui lui a inspiré son personnage du baron de Charlus, dans A la Recherche du temps perdu y côtoyant le peintre Elstir, lui-même inspiré de Whistler. La quatrième toile est un paysage, L’Océan, peint en 1866 lors d’un voyage au Chili. La mer y est d’huile, quelques bateaux à voile croisent à l’horizon, le chromatisme y est dépouillé. Une poésie mélancolique émane de cette toile. L’ambiance nocturne n’y est pas étrangère. Dans ses pastels, comme dans ses eaux-fortes Whistler affectionne aussi les ambiances crépusculaires, comme dans sa série sur Venise dont quinze feuilles appartenant à la Frick Collection sont présentées dans l’exposition.

Le musée d’Orsay a ajouté trois de ses toiles à cet ensemble. L’Homme à la pipe (vers 1859), un portrait des débuts de l’artiste encore proche du réalisme et de l’influence de Courbet. Variations en violet et vert de 1871, un tableau japonisant par sa composition verticale et asymétrique et ses motifs (kimono, ombrelle, branche d’arbre en fleurs…), très à la mode depuis l’ouverture du Japon à l’occident à partir de 1854. Et surtout, le célèbre Arrangement en gris et noir n°1 (1871), portrait de la mère de l’artiste, toute de deuil vêtue, assise de profil dans l’atelier de l’artiste simplement décoré d’un textile japonais. Un grand tableau que l’État français a acheté en 1891, inscrivant Whistler dans la lignée des portraitistes hollandais et espagnols du XVIIe siècle.

Catherine Rigollet

- À noter que la Bibliothèque nationale de France possède près de deux cent cinquante lithographies, pointes-sèches et eaux-fortes de Whistler que vous pouvez admirer sur Gallica.

Visuels : Symphonie en couleur chair et rose : Portrait de Mrs. Frances Leyland (1871-74), 195.9 x 102.2 cm, Huile sur toile. The Frick Collection, New York.
Symphonie en gris et vert : L’Océan, 1866. Huile sur toile, 80.6 × 101.9 cm, The Frick Collection, New York.
Le Porche. Eau-forte et pointe sèche sur papier vélin. Inclus dans Venice, A serie of Twelve Etchings. New York, The Frick Collection.
Variations en violet et vert, 1871. Huile sur toile, 61,5 x 36,0 cm, Musée d’Orsay, Paris.
Arrangement en gris et noir n° 1 : portrait de la mère de l’artiste, 1871. Huile sur toile, 144,3 x 163,0 cm, Musée d’Orsay, Paris. © Musée d’Orsay, (acquis de l’Etat pour le musée du Luxembourg en 1891).
Photos : L’Agora des Arts. 7 février 2022.

Archives des expos à Paris
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Du 8 février au 8 mai 2022
Musée d’Orsay
Tous les jours, sauf lundi 9h30-18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
Tarifs : 16€ / 13€
https://www.musee-orsay.fr