Si son nom se confond avec celui du musée de Cire qu’il a fondé en 1882 avec Arthur Meyer, directeur du quotidien Le Gaulois, son prénom est passé aux oubliettes et son œuvre de caricaturiste avec. Alfred Grévin fut pourtant une célébrité de la presse satirique illustrée du Second Empire.
Né le 28 janvier 1827 à Épineuil dans l’Yonne, ce sont les savoureux dessins que cet employé des chemins de fer à la gare de Tonnerre s’amuse à croquer dans les coins des dossiers de l’administration ferroviaire qui révèlent un jour son talent. Alfred Grévin a 26 ans, désormais installé à Paris, il commence une carrière de caricaturiste pour Le Journal amusant, Le Petit Journal pour rire, La Caricature, Le Gaulois, Charivari…Sa silhouette type de la coquette parisienne devient une référence. « Grévin fut le poète de la Parisienne moderne, dont il sut, mieux que personne, fixer la piquante silhouette », écrira Sergines dans Les Annales politiques et littéraires. Pendant sa carrière Grévin accumulera plusieurs milliers de croquis dans ses cartons.
Illustrateur, aquarelliste, sculpteur, Grévin est aussi peintre de costumes d’opéra et de théâtre. Il conçoit notamment 673 costumes pour le Voyage dans la Lune opéra-féerie de Jacques Offenbach (1875) et bien sûr caricature le compositeur, tout comme il caricature un autre de ses amis, Félix Nadar, peu après l’installation du photographe dans son spectaculaire atelier du 35 boulevard des Capucines. Nadar lui tire en retour le portrait. Tandis que Zola participe à l’ouverture du Musée Grévin en 1882 en envoyant des vêtements pour habiller les sculptures des personnalités qui font l’actualité et autres célébrités que Meyer a demandé à Grévin de réaliser pour que les lecteurs puissent mettre un visage sur les personnalités dont parle son journal. Le succès du musée, inspiré du Madame Tussaud de Londres, est immédiat.
Décédé le 5 mai 1892, dans une propriété qu’il possède à Saint-Maur-des-Fossés, Alfred Grévin est inhumé dans le Cimetière Sud de Saint-Mandé. La vente après décès de son fonds d’atelier dura deux jours à l’hôtel Drouot, les 12 et 13 juin 1894. Certains de ses dessins sont maintenant dans des musées. D’autres ont circulé au cours des années, passant par les mains de collectionneurs et de marchands. Mais le musée éponyme, sur le boulevard Montmartre à Paris, lui a depuis longtemps volé la vedette.
Catherine Rigollet









