Ceija Stojka. Gardez les yeux ouverts

Ceija Stojka est née en 1933, cinquième d’une fratrie de six enfants dans une famille de marchands de chevaux, les Lovara-Roma, une ethnie Rom d’Europe centrale. Déportée à l’âge de dix ans, elle survit à trois camps de concentration avant d’être l’une des premières à témoigner du génocide des Tsiganes perpétré par les Nazis, plus de quarante ans après les évènements, dans une œuvre qualifiée d’art brut ou naïf, aussi prolifique qu’expressive.

Ce n’est qu’en 1988, alors âgée de 55 ans que Ceija Stojka (prononcer « Tchaïa Stoïka »), alors marchande ambulante de tissus en Autriche, décide de briser le silence et de s’exprimer sur son expérience de la déportation à travers l’écriture (un livre publié en 1988 et devenu célèbre « Nous vivons dans la clandestinité. Souvenirs d’une rom-tzigane »), la peinture et le dessin. Pendant vingt ans, elle peint tous les jours, sans relâche, dans son appartement viennois, produisant plus d’un millier de peintures et dessins. Elle y raconte son amour pour la nature et ses variations selon les saisons, mais aussi ses souvenirs cauchemardesques d’enfermement, de barbelés, de fumée, de neige, de corbeaux et de croix gammées.

Riche de 113 œuvres principalement issues de collections privées, le parcours de l’exposition est scandé en trois sections, explorant différentes facettes de l’œuvre de Ceija Stojka, internationalement reconnue (représentée par la galerie Christophe Gaillard à Paris). Dans la première, les paysages donnent à voir sa sensibilité extrême aux variations de la nature selon le temps et les saisons ; réminiscences de son enfance dans le Burgenland, un territoire de plaines à l’est de l’Autriche que la famille parcourait en roulotte. La deuxième partie, rassemble les images de la déportation dans les camps de concentration nazis, mêlant le regard de l’enfant qu’elle était à celui de l’adulte qu’elle devint. La troisième section s’attache au motif de l’œil, récurrent dans l’œuvre de Ceija Stojka et polysémique. Il est l’œil caché derrière les branchages pour échapper aux rafles. L’œil des détenus dans les camps. L’œil du nazi qui surveille.

Si le génocide des Juifs – la Shoah – fut rapidement reconnu, celui des Roms resta longtemps ignoré. L’exposition se termine par un focus sur la situation des Roms en France pendant la Seconde Guerre mondiale, en s’appuyant sur l’exemple du camp d’internement ayant existé à Arc-et-Senans (Doubs) entre 1941 et 1943. Décédée en 2013, à 79 ans, Ceija Stojka avait une peur : que l’Europe n’oublie son passé.

C.R

Archives expo en France

Infos pratiques

Du 27 février au 21 septembre 2026
Musée des beaux-arts et d’archéologie
1 place de la Révolution, 25000 Besançon
Lundi, mercredi, jeudi, vendredi / 10h-12h30 14h-18h
Samedi, dimanche et jours fériés / 10h-18h sans interruption
Fermé le mardi
Tarif plein : 9€
Tél. + 33 3 81 87 80 67
www.mbaa.besancon.fr


Visuels :

 Ceija Stojka, Sans titre, 1994, gouache sur carton, h. 49 x l. 64 cm, collection particulière © Galerie Christophe Gaillard, Photographie Rebecca Fanuele / ADAGP Paris, 2025.

 Ceija Stojka, Sans titre, 29 juin 1991, gouache sur carton, h. 50 x l. 60 cm, Paris, Galerie Christophe Gaillard © Galerie Christophe Gaillard, Photographie Rebecca Fanuele / ADAGP Paris, 2025.

 Ceija Stojka, 1943, 2011, encre sur papier, h. 48 x l. 36 cm, collection Pascal Bruckner © Galerie Christophe Gaillard, Photographie Célia Pernot / ADAGP Paris, 2025.

 Ceija Stojka, Sans titre, 1995, acrylique sur carton, h. 70 x l. 100 cm, collection Theop © Galerie Christophe Gaillard, Photographie Rebecca Fanuele / ADAGP Paris, 2025.