Médecin de formation, le français Étienne-Jules Marey (1830 1904) a embrassé la carrière de physiologiste, étudiant sans relâche les propriétés et les fonctions des organismes vivants. Ses recherches l’entraînent dans des explorations expérimentales d’une incroyable diversité, autour d’un unique objet : comprendre le mouvement dont nos sens ne peuvent se saisir, l’analyser, le traduire et l’enregistrer pour en garder la trace.
Lors de deux conférences données à Paris en 1891 et 1899 (qui composent cet ouvrage), Marey présente sa toute nouvelle invention : la chronophotographie. Cette technique révolutionnaire permet de fixer à la suite, sur une même plaque, plusieurs images prises en rafale. Donnant à voir la décomposition du mouvement : la course d’un cheval, le vol d’un oiseau, les gestes d’un athlète...Si pour Marey cette invention est avant tout un instrument d’analyse, qui offre la possibilité d’étendre le champ du visible et de notre connaissance, elle révèle aussi ce qui restait jusqu’alors aussi ordinaire qu’invisible.
Dans le domaine des beaux-arts, Marey va influencer notamment le photographe britannique Edward Muybridge (1830-1904) émigré aux États-Unis en 1855 qui travaille concomitamment dans la même direction. Il impressionne également nombre d’artistes dans leur manière d’aborder le mouvement. À commencer par le peintre Ernest Meissonnier (1815-1891), passionné par les chevaux dont il étudie les différentes allures, le faisant corriger les fausses représentations faites par les artistes depuis des siècles, comme celle qui montre les quatre pieds décollés du sol en même temps lors du galop, ainsi que l’illustre le très irréaliste Le Derby d’Epsom (1821) de Théodore Géricault (Louvre). Mais aussi Rodin, Bouguereau, Whistler, Eakins et Degas, jusqu’aux cubistes. In fine, ses expérimentations ouvriront la voie à une autre invention de taille : le cinéma.



