Frida Kahlo. The making of an icon

Comment Frida Kahlo (1907–1954) est devenue une icône mondiale, une « influenceuse » majeure pour une génération d’artistes, femmes notamment, et une marque commerciale ? Londres s’est emparé de la « Fridamania ».

On ne compte plus les murs où s’affiche l’icône aux sourcils noirs et lèvres rouges revisitée par de jeunes artistes de street art, notamment autour de Bankside. La désormais pop star de l’art mexicain se décline aussi en chaussettes, tee-shirts, sacs fourre-tout, pyjamas et autres goodies tout au long de Carnaby Street, la destination shopping londonienne. Et en 1983, la biographie « Frida » par Hayden Herrera, aujourd’hui traduite en plus de 25 langues, a fait de son seule prénom une marque mondiale, bien au-delà de son art.
Faut-il s’en réjouir ? Le fait est là et la Tate Modern s’en est emparé pour construire une exposition phare qui, à travers le prisme des artistes que Frida Kahlo a marqués et de son propre travail extraordinaire, retrace l’ascension extraordinaire d’une peintre autodidacte relativement méconnue, à un phénomène culturel mondial.

Au fil du parcours, on mesure l’impact de cette talentueuse rebelle d’une résilience rare (à six ans, elle fut atteinte de poliomyélite et à l’âge de dix-huit ans, victime d’un très grave accident de tramway qui la laissa brisée) sur l’histoire de l’art et son influence sur des artistes modernes et contemporains du monde entier qui puisent influence dans son esthétique, son identité et sa biographie. À travers de multiples médias, on découvre déjà comment l’artiste exprime visuellement ses multiples « moi », du personnel au politique, du physique au spirituel, mais aussi son héritage mexicain, son expérience en tant que femme handicapée et ses idéaux féministes.

Son corps comme sujet

Frida Kahlo a réalisé de nombreux autoportraits au cours de sa vie (55 sur 143 œuvres), chacun exprime un état d’âme, souvent une souffrance (« Ma peinture porte en elle le message de la douleur », disait-elle), une affirmation de sa personnalité aussi. Une trentaine, connus ou moins dont Autoportrait avec robe en velours, 1926 (l’un des premiers), Autoportrait aux cheveux lâchés, 1938, Autoportrait avec collier d’épines et colibri (1940), etc. sont exposés aux côtés de photographies et d’objets personnels et dialoguent avec de nombreuses œuvres d’artistes de sa génération et des suivantes. Dans les années 1970 et 1980, l’essor du féminisme au Mexique et aux États-Unis a suscité un regain d’intérêt pour les représentations féministes révolutionnaires de Kahlo. Ses scènes d’accouchement traduisant son impossibilité de devenir mère et celles affichant librement une sexualité féminine remettant audacieusement en cause les normes culturelles, entrent en résonance avec celles d’artistes telles que Kiki Smith, Judy Chicago et Ana Mendieta. D’autres artistes femmes latino-américains telles que Kati Horna et Leonor Fini ont montré une même fascination que Frida pour des motifs, notamment les masques et les squelettes, ainsi qu’une focalisation sur le rêve et la mort (Girl with a Death Mask, 1938), influencés par le surréalisme. Bien qu’elle ait rejeté l’étiquette, André Breton l’avait déclarée « une surréaliste autodidacte », son travail révélant selon lui des parallèles avec le mouvement et l’avait invitée à exposer à Paris.

La culture mexicaine

Ses œuvres entrent également en dialogue avec celles d’autres artistes de la « Renaissance mexicaine », et du mouvement muraliste qui a émergé à partir des années 1920, fortement lié à la révolution mexicaine de la décennie précédente. Comme son compagnon Diego Rivera (Portrait de Frida Kahlo, vers 1935) et María Izquierdo (Le Rêve et la Prémonition, 1947). L’évocation de sa culture mexicaine, qu’elle affiche en portant des vêtements traditionnels, robe tehuana et coiffure fleurie, influence encore aujourd’hui des artistes comme Martine Gutierrez (née en 1989), artiste américaine d’origine guatémaltèque par son père, qui reflète dans son travail photographique (série sur La Femme autochtone, 2018) l’exploration par Kahlo des identités à multiples couches. L’ambivalence de Kahlo envers les États-Unis (My Dress Hangs There, 1933–8), résonne aussi auprès des migrants mexicains et des communautés chicana/o, faisant d’elle une source d’inspiration durable. L’exposition sacrifie in fine à la « Fridamania » en présentant plus de 200 objets générés par la production grand public, l’héritage commercial côtoyant l’héritage artistique.

Catherine Rigollet

Archives expo en Europe

Infos pratiques

Du 25 juin 2026 au 3 janvier 2027
Tate Modern
En collaboration avec le Museum of Fine Arts de Houston
Bankside, London SE1 9TG
Sunday to Thursday 10.00–18.00
Friday to Saturday 10.00–21.00
Tarif plein : £25
www.tate.org.uk


Visuels :

 Frida Kahlo (Mexican, 1907–1954), Self-portrait with thorn necklace and hummingbird (Autoportrait au collier d’épines et colibri), 1940. Oil on canvas mounted to board. Nickolas Muray Collection of Mexican Art, 66.6. Harry Ransom Center.

 Yasumasa Lorimura, An Inner Dialogue with Frida Kahlo, 2001. Minneapolis Institute of Art. © Yasumasa Lorimura.

 Frida Kahlo, Self-Portrait with Velvet Dress (Autoportrait à la robe de velours), 1926. Collection privée, Mexico City.

 Vue de l’exposition. Courtesy Tate Modern.

 Frida Kahlo, My Dress Hangs There, 1933. FEMSA, Mexico. Courtesy Tate Modern.

 Frida Kahlo, Self-Portrait with Dr. Farill, 1951. Private Collection.

 Martine Gutierrez. Demons, Tlazoteotl ‘Eater of Filth,’ from Indigenous Woman. 2018. The Museum of Modern Art, New York. Fund for the Twenty-First Century. © 2024 Martine Gutierrez.

 Vue de l’exposition (vitrine des robes de Frida). Courtesy Tate Modern.