Géricault et la passion des chevaux

Passionné de chevaux et brillant cavalier, Théodore Géricault (1791-1824) les a dessinés et peints dans toutes les situations. Galopant à bride abattue, fougueux sur les champs de bataille, vaillants au labour ou tirant des charrettes de paysans, paisibles au pré, nourris et ferrés à l’écurie, mais aussi victimes innocentes de la folie guerrière des hommes ou d’harassantes années de travail. Une passion équine dévorante qui lui fit créer des centaines de dessins au trait de génie, d’esquisses et de peintures au style romantique jusqu’au pathos. Une passion qui le tua, victime de plusieurs mauvaises chutes dont il finit par ne pas se relever le 26 janvier 1824, à l’âge de 32 ans. Mais, « depuis les frises du Parthénon, où Phidias a fait défiler ses longues cavalcades, nul artiste n’a rendu comme Géricault l’idéal de la perfection chevaline », écrivit le poète Théophile Gautier, en 1848.

Depuis sa formation chez le peintre de cheval Carle Vernet puis dans l’atelier de Pierre Guérin, Géricault n’a cessé de revendiquer sa passion pour l’univers des chevaux admirés dès l’enfance dans le bocage normand autour de Rouen où il est né. Explorant l’anatomie équestre de la tête à la croupe, l’expressivité des chevaux, de la colère à la tendresse, de la peur à la souffrance, de la fatigue à la jouissance, durant la guerre, le labeur ou la reproduction. Un motif, associé à sa vision poétique, humaniste et sociale du monde qui a dopé sa créativité romantique, son expressivité artistique et même l’audace stylistique de ses angles de vue peu conventionnels (Cinq chevaux vus par la croupe dans une écurie, 1811-1812) ou de ses cadrages serrés précurseurs des futures photographies (Le Tsar Alexandre 1er et ses aides de camps, 1814).

Géricault anti-esclavagiste et anti-monarchie, qui en juillet 1814 s’est engagé dans le corps des mousquetaires du roi Louis XVIII dans l’espoir de soutenir la paix européenne, se sert aussi des chevaux pour nous parler de politique et de vie sociale. Car il est bien plus qu’un peintre animalier. C’est un peintre de scènes de genre et d’histoire connu pour son célèbre Radeau de la Méduse (1818-1819). Dans cet immense tableau, Géricault y dénonce l’incompétence du capitaine, nommé par Louis XVIII pour sa seule fidélité royaliste, mais qui n’a pas navigué depuis 25 ans et dont les erreurs de navigation provoquèrent le naufrage en 1816 de la frégate Méduse envoyée par le gouvernement pour récupérer ses comptoirs au Sénégal.

Les chevaux permettent aussi à Géricault d’afficher ses opinions et ses sentiments. De critiquer la barbarie de la guerre et les batailles napoléoniennes, comme dans cette lithographie pleine de pathos montrant deux soldats blessés et frigorifiés revenant du front avec leur cheval tout aussi exténué (Retour de Russie, 1818-1819). De restituer la trivialité du travail quotidien des palefreniers et des soigneurs dans les écuries (Un cheval à l’écurie et son lad). De dévoiler la pénibilité du travail des chevaux de trait ou de halage et des hommes qui les mènent. De se moquer aussi du monde privilégié des courses dans des œuvres proches de la caricature (Course de chevaux montés allant à gauche au galop, 1821-1822) et de l’équitation mondaine…dont il partage toutefois les habitudes et les loisirs (Amazone montant un cheval gris pommelé, 1820-1821).

À l’occasion du bicentenaire de la mort de Géricault, le musée de la Vie romantique (ancienne demeure de son ami Ary Scheffer qui le peignit sur son lit de mort) présente une exposition inédite. Les commissaires Bruno Chenique, historien de l’art spécialiste de Géricault et Gaëlle Rio, directrice du musée, ont rassemblé une centaine d’œuvres issues de collections publiques et privées montrant les multiples visages du cheval. Le parcours suit chronologiquement la vie du peintre, tout en déclinant cinq thématiques : Le cheval politique - L’écurie sanctuaire - Rome : la course des chevaux libres - Londres : dandies et prolétaires pour se refermer sur La mort du cheval. Un regard nouveau et passionnant sur ce romantique révolutionnaire qu’était Géricault, qui séduira tout autant les amoureux du cheval que les amateurs d’art.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 15 mai au 15 septembre 2024
Musée de la vie romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16 rue Chaptal- 75009 Paris
Tous les jours, sauf lundi, 10h-18h
Tarifs : 10€/8€
Tél. 01 55 31 95 67
www.museevieromantique.paris.fr


Visuels :

 Théodore Géricault, Cheval cabré au tapis de selle rouge, dit Tamerlan, 1814. Huile sur toile, Rouen, Musée des Beaux-Arts.

 Théodore Géricault, Cuirassier au galop, 1812-1816. Mine de plomb et aquarelle sur papier. Saint-Étienne, Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole.

 Théodore Géricault, Soldat oriental à cheval, 1820-1822. Gouache et lavis sur graphite, sur papier vélin filigrané. Montpellier Agglomération, Musée Fabre.

 Théodore Géricault, Course de chevaux montés allant à gauche au galop, 1821-1822. Huile sur papier collé sur toile. Paris, musée du Louvre, Département des peintures.

 Théodore Géricault, Paysage sur la côte d’Angleterre (et détail), 1820-1821. Huile sur toile. Bruxelles, collection particulière.

 Théodore Géricault, Chevaux de halage, 1821. Crayon noir, lavis d’encre grise et d’encre noire sur papier. Paris, galerie Acheron.

 Théodore Géricault, Retour de Russie, 1818-1819. Lithographie à deux teintes sur papier. Paris. BnF.

 Théodore Géricault, Jument morte étendue sur la grève, 1821. Huile sur toile. Paris, collection particulière.

Photos : L’Agora des Arts.