Giovanni Segantini (1858-1899). « Je veux revoir mes montagnes ».

L’itinéraire fulgurant d’un artiste qui fit des paysages alpins le cœur d’une quête à la fois esthétique et spirituelle.

Celui qui rêvait d’exposer à Paris à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, projet interrompu par sa mort prématurée en 1899 à l’âge de 41 ans, bénéficie enfin d’une rétrospective en France. Placée sous le commissariat de Gabriella Belli et Diana Segantini (arrière-petite-fille du peintre), cette exposition au musée Marmottan-Monet retrace l’itinéraire fulgurant de cette figure du symbolisme et du divisionnisme européen qui fit des paysages alpins et des scènes pastorales paisibles le cœur d’une quête à la fois esthétique et spirituelle.
Elle réunit une soixantaine d’œuvres – peintures, pastels et dessins – qui nous promène de la Lombardie italienne à la vallée suisse de l’Engadine, en suivant les étapes successives du parcours du peintre et son évolution picturale en une vingtaine d’années d’activité seulement. Les peintures à l’huile, souvent de grand format, côtoient des dessins de dimensions réduites qui reprennent les mêmes sujets avec des variantes, et ce, bien des années après les œuvres qui leur ont servi de modèle.

Solitaire fuyant la ville et la société, mystique de la nature, obsédé par la lumière, la magie de la levée du jour ou du crépuscule (rarement la lumière zénithale, tel Midi dans les Alpes de 1892), Segantini représente la nature alpine avec une dimension symbolique, inspiré par le mystère de la vie, bien au-delà du réalisme.
Après ses cours à l’académie de Brera à Milan, vite affranchi de la leçon académique, il adopte progressivement le tout nouveau principe du divisionnisme. Une révélation qui lui permet d’intensifier l’éclat de la lumière et d’explorer la réalité, au-delà du visible. Il l’expérimente en 1886-88 avec Ave Maria a trasbordo (« Ave Maria à la traversée »), une barque transportant des moutons, et à partir de ce moment, l’adopte exclusivement, dans des scènes simples du quotidien et des figures maternelles (femmes et brebis) qui bouleversent celui qui fut orphelin à huit ans.

En 1894, criblé de dettes, Segantini s’isole encore un peu plus avec femme et enfants dans une maison au col de la Maloja, à 1800 mètres d’altitude. Si sa réputation a grandi, et que son œuvre est sollicitée pour les plus grandes expositions internationales, il vit comme un « ours solitaire », représentant des espaces de plus en plus vastes. À l’image de Pâturages alpins et Pâturages de printemps inspirés par les immenses étendues herbeuses, les pics enneigés et l’horizon qui parait inaccessible. Le 28 septembre 1899, alors qu’il est monté peindre à 2800 mètres d’altitude, il est saisi de violentes douleurs abdominales et meurt quelques heures plus tard d’une péritonite foudroyante, laissant inachevé le triptyque d’un paysage des Alpes représentant La Vie, La Nature et La Mort.

Contre-point contemporain, on ne manquera pas d’admirer au sous-sol du musée, les quatre grands et sublimes tableaux d’Anselm Kiefer (né en 1945). Intitulés Voglio vedere le mie montagne, 2010-2022 (« Je veux voir mes montagnes ») ils font écho aux dernières paroles de Segantini sur son lit de mort. Ils constituent autant un hommage au peintre italien qu’à la montagne et sa force tellurique renforcée par la série d’interventions effectuées par Kiefer sur ses toiles (expositions aux intempéries, oxydations par électrolyse, brûlures au chalumeau), ainsi qu’à la lumière des sommets matérialisée par des touches d’or à la feuille.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 29 avril au 16 août 2026
Musée Marmottan-Monet
2, rue Boilly - 75007 Paris
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Tarifs : 14€/9€ (moins de 7ans gratuit)
www.marmottan.fr


Visuels :

 Giovani Segantini, Garçon de la Brianza, 1881. Huile sur bois. Collection particulière. Photo L’Agora des Arts.

 Giovanni Segantini, Ave Maria à la traversée, 1886-1888. Huile sur toile, 121,2 x 92,2 cm. Segantini Museum, Saint-Moritz, dépôt de la Fondation. Otto Fischbacher-Giovanni Segantini, Saint-Gall. Photo L’Agora des Arts.

 Giovani Segantini, Le fruit de l’amour ou « Fleur des Alpes », 1889. Huile sur toile. Museum der bildenden Künst, Leipzig. Photo l’Agora des Arts.

 Giovanni Segantini. Midi dans les Alpes [Mezzogiorno sulle alpi], 1891. Huile sur toile, 78 x 71,5 cm. Saint-Moritz, Segantini Museum, dépôt de la Fondation Otto Fischbacher Giovanni Segantini. Photo L’Agora des Arts.

 Giovanni Segantini, Autoportrait, 1893. Crayon et crayon Conté sur papier. G.S Foudation, Saint-Moritz. Dépôt de la Fondation Otto Fischbacher-Giovani Segantini, Saint-Gall. Photo L’Agora des Arts.

Giovanni Segantini, Pâturages de printemps, 1896. Huile sur toile, 95 x 155,5 cm. Pinacoteca di Brera, Milan © Pinacoteca di Brera, Milano. Photo L’Agora des Arts.