Henry Taylor. Quand les pensées perturbent

Cette exposition est la première rétrospective de l’artiste afro-américain en France dont l’œuvre, expressive et puissante, dévoile les mécanismes d’oppression qui traversent la société américaine. Comme l’incarcération de masse, la pauvreté, les violences policières et les inégalités raciales.

« La seule chose que tu puisses faire, c’est dire la vérité ». C’est sous cette injonction, qui lui est faite lors d’un rêve, qu’Henry Taylor (né en 1958 en Californie, vit à Los Angeles) a placé son œuvre libre et instinctive. En peinture, dans une palette de couleurs vives, une touche rapide et une texture épaisse, ou dans ses sculptures et assemblages d’objets hétéroclites, comme des bidons en plastiques peints en noir et semblables à des masques, Henry Taylor crée depuis plus de trente ans une œuvre qui puise sa force dans l’expérience vécue des personnes qui l’entourent et sa propre histoire de fils d’une famille modeste de huit enfants.

Tissant des récits visuels, composés essentiellement de portraits, il fait coexister des anonymes dans des scènes du quotidien : une femme qui étend son linge (Mary had a little...(that aint no lamb), 2013), un fermier et son cheval (Stand Tall – Y’all, 2013) et des personnages iconiques. Tel Martin Luther King, l’un des leaders du mouvement des droits civiques aux États-Unis qu’il montre dans une scène inattendue, en train de jouer au ballon avec ses quatre enfants (Untitled, 2016-22). Il se fait également l’écho d’événements marqués par la violence institutionnelle pour qu’ils ne soient pas oubliés. Comme le meurtre de George Jackson, afro-américain abattu en prison par des gardiens en 1971, et celui de Philando Castile, abattu par un policier lors d’un simple contrôle routier en 2016 (The times thay aint a changing fast enough !, 2017). Il laisse aussi remonter des souvenirs intimes. Comme lorsque sa mère, Cora, faisait cuire le pain de maïs sur la vieille cuisinière (Cora, 2008), révélant ici une image à la fois Pop par l’ajout sur la peinture d’une bouteille de Bre Rabbit Syrup, et d’un réalisme social qui évoque l’univers photographique de Dorothea Lange ou Walter Evans.

En ancien étudiant du California Institute for the Arts ; cursus qu’il suivit tout en travaillant en parallèle à l’hôpital psychiatrique de Camarillo, Henry Taylor réinterprète des figures et des motifs emblématiques de l’histoire de la peinture moderne. Mêlant parfois dans ses toiles des relectures d’œuvres d’art inspirantes, notamment celles militantes de David Hammons, celles expressionnistes-abstraites de Philip Guston. Mais aussi des références à Manet et son Déjeuner sur l’herbe qu’il réinterprète dans Jungle Fever (2023), à Matisse ou à Picasso, comme dans son tableau From Congo to the Capital, and black again, 2007, hommage aux Demoiselles d’Avignon.

Devenu l’une des figures majeures de la peinture noire américaine avec Kerry James Marshall, Henry Taylor a fait l’objet de nombreuses expositions aux États-Unis et à l’étranger. Ses œuvres figurent au Studio Museum de Harlem à New-York, au Museum of Contemporary Art de Los Angeles, au MoMA à New York, à la Fondation Louis Vuitton, Paris, à la Bourse de Commerce – Pinault Collection, Paris…
Cette exposition au Musée national Picasso-Paris est la première rétrospective de l’artiste américain en France, venu tout spécialement pour y réaliser l’accrochage.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Henry Taylor. Where thoughts provoke
Musée national Picasso
5, rue de Thorigny 75003
Du mardi au dimanche, 9h30-18h
Billet Henry Taylor + Collection : 16€ (tarif plein)
www.museepicassoparis.fr


Visuels :

 Henry Taylor, Untitled, 2019. Acrylique et peinture en aérosol sur toile. Collection de Aishti Foundation, Beyrouth, Liban. Et sculpture : Untitled), 2021, technique mixte. Courtesy de l’artiste et Hauser & Wirth. Photo L’Agora des Arts.

 Henry Taylor, Cora (cornbread), 2008. Acrylique sur toile. Courtesy de l’artiste et Hauser & Wirth. Photo L’Agora des Arts.

 Henry Taylor, Untitled, 2016-22. Coll. Part. Photo Jeff McLane
© Henry Taylor Courtesy the artist and Hauser & Wirth.

 Henry Taylor, Neighborhood Council, 2012. Technique mixte. The Lumpkin-Boccuzzi Family Collection. Photo L’Agora des Arts.

 Henry Taylor, Mary had a little…(that aint no lamb), 2013. Acrylique sur toile. Collection particulière de Lonti Ebers, New York. Photo L’Agora des Arts.

 Henry Taylor, The times thay aint a changing fast enough ! 2017. Acrylique sur toile. Whitney museum of American Art, New York. Photo L’Agora des Arts.

 Henry Taylor, From Congo to the Capital and black again, 2007. Acrylique et technique mixte sur bois. Collection particulière, Artsy Craft, LLC. Photo L’Agora des Arts.