L’artiste Joan Mitchell (1925-1992), issue d’une famille aisée et cultivée de Chicago, aurait eu cent ans en 2025. Le musée des Beaux-Arts s’est associé à la Fondation Joan Mitchell pour rendre hommage à cette grande figure de l’expressionnisme abstrait aux États-Unis, l’une des rares femmes à s’imposer dans ce monde de l’art abstrait, aux côtés de Pollock, Motherwell, Kline, de Kooning ou Rauschenberg.
L’histoire de l’artiste est intimement liée à la France où elle débarque une première fois en 1948. À partir de 1955, elle vit entre New York et Paris, où elle s’installe définitivement en 1959. En 1967, elle achète La Tour, une propriété à Vétheuil (Val d’Oise) village au bord de la Seine où vécut Claude Monet, et s’y retire en 1968. La maison de Joan Mitchell, qui y séjourna avec son compagnon Jean-Paul Riopelle, est visible juste au-dessus de l’ancienne maison de Claude Monet. Bien qu’elle ait toujours refusé que l’on compare ses peintures avec l’œuvre tardif de Monet à Giverny, comme lui, elle a ancré sa pratique dans l’observation de la nature, l’intérêt pour la lumière et la couleur.
Si vivre à Vétheuil rattache Joan Mitchell à la tradition impressionniste, sa peinture est devenue abstraite depuis le début des années 1950. Lumineuse et lyrique, constituée d’une pulvérisation de signes, de balayages plus ou moins appuyés et de coulures, c’est une peinture gestuelle, entre l’Action painting et les Nymphéas de son illustre voisin, servie par une palette variée, se concentrant parfois sur une seule couleur. Face à cette vue surplombant une boucle de la Seine, elle peint ses grands polyptyques qui doivent être vus à distance, « comme une seule peinture » disait-elle. Une peinture qui respire mal dans les petits formats. Elle a besoin de surface pour s’exprimer pleinement. On le ressent. En version panoramique son lyrisme, sa musicalité et sa poésie explosent.
Le musée des Beaux-Arts de Caen a initié une collaboration avec Joan Mitchell dans la dernière partie de sa carrière, et conserve trois toiles de l’artiste : deux peintures de la série Champs (1990) et le diptyque The Sky is Blue, the Grass is Green (1972). Des toiles remplies de références à l’atmosphère changeante et au paysage. Comme elle le déclare dans un entretien en 1958 : « Je peins à partir des paysages de la mémoire que je porte en moi et à partir des sentiments qu’ils ont suscités en moi. » Cette attention aux paysages intérieurs se lit aussi dans les œuvres d’artistes qui pour beaucoup l’ont connue et ont admiré son travail : Maria Helena Vieira da Silva, Pierre Soulages, Olivier Debré ou encore Monique Frydman (exposée au musée des beaux-arts de Caen en 2024), qui participent à cet hommage.
C.R








