« Le petit teinturier » (Tintoretto), voilà un surnom bien modeste pour celui qui deviendra un génie de la peinture à l’instar de son maître, et grand rival, Titien dont il admire le coloris. Né à Venise en 1518, d’un père teinturier, Jacopo Robusti est certes de petite taille et d’extraction modeste, mais grâce à son talent, il est parvenu à s’élever dans la société, à s’imposer et à se faire un nom. Avant même ses vingt ans, il est un peintre célèbre, possédant son propre atelier avec des collaborateurs et ayant déjà peint L’Adoration des mages (vers 1537-1538), La Conversion de saint Paul, ou encore le Miracle de l’esclave (1548).
Tintoret demeurera toute sa vie à Venise qui lui offre un fort rayonnement artistique. Il ne se limite d’ailleurs pas à la peinture religieuse, la profane et la mythologique (Suzanne et les vieillards ; Léda et le cygne ; Danaé…) le séduisent aussi où il mêle sensualité et parfois humour. Ainsi, dans sa Danaé, la pluie d’or de Jupiter prend la forme de pièces de monnaie qu’une servante recueille avec empressement.
Il peint de nombreux portraits, personnalités ou amis proches, d’une grande intensité dans l’expression, comme ce Portrait d’une femme en tenue de deuil (vers 1550-1555). Les romantiques, tels que Léon Cogniet et Eugène Delacroix, célèbreront la puissance expressive et dramatique de son art. Tandis que Manet et Cezanne ont vu en Tintoret un précurseur de la touche libre, et ayant su renoncer à l’idéalisation.
Réputé pour sa rapidité d’exécution, sa productivité a toutefois interrogé les spécialistes. On estime qu’il réalisa autour de 650 peintures au cours de sa vie, une production exceptionnelle pour l’époque. Alors le jeune Jacopo est-il bien l’auteur de toutes les œuvres qu’on lui attribue ? Et d’avancer le nom de Giovanni Galizzi qui aurait pu collaborer à plusieurs tableaux religieux (où être sa doublure), notamment vers 1544, à une période où Tintoret élargit considérablement sa production. À mesure que les commandes s’accumulent, le maître délègue davantage l’exécution matérielle des œuvres. Ses enfants, notamment Marietta et Domenico, participent étroitement à son activité. Progressivement, Domenico devient d’ailleurs son principal collaborateur avant de reprendre l’atelier après sa mort. Cela n’enlève rien à la virtuosité, à l’indépendance d’esprit et à l’éclectisme d’un artiste précoce qui a toujours conservé la conception générale des compositions et l’invention de solutions visuelles qui font sa réputation.
Issues de collections publiques et privées, françaises, italiennes et internationales, une quarantaine de peintures religieuses ou profanes, portraits de personnalité en vue ou d’ami proche, dessins (éclairant le rôle fondamental du dessin dans la pratique de Tintoret) et d’œuvres de peintres qu’il a influencés (Ingres, Delacroix, Manet, Cézanne…) sont exposées.
Le parcours met en lumière plusieurs thématiques. Sa quête de beauté, notamment dans les nus. L’importance de son atelier qui lui a permis de multiplier les commandes publiques et privées. La place du dessin et l’influence des sculptures de Michel-Ange aux poses audacieuses et aux anatomies puissantes pour composer ses propres toiles. Son art du cadrage serré pour renforcer l’expressivité des portraits. La place faite à la représentation du Christ dans son œuvre. Et se referme sur l’influence auprès des Modernes de l’un des peintres les plus fascinants de la Renaissance vénitienne.
C.R








