L’atelier anversois de Jan et Catharina Hemessen

Chez les Van Hemessen, on peint en famille. Autour du père, Jan, le maître de l’atelier, quatre de ses sept enfants, dont Hans, Gillis et surtout sa plus jeune fille, Catharina. Une pionnière à la Renaissance. Si Jan van Hemessen est moins connu que ses contemporains Quinten Massijs et Pieter Bruegel l’Ancien, il est un acteur majeur et très prisé de cette période anversoise ; ses œuvres largement diffusées. Une dynastie pourtant aujourd’hui oubliée.
Une soixantaine de ses toiles sont aujourd’hui répertoriées dont beaucoup ont été créées en collaboration avec ses assistants et ses enfants. Pour la première fois, grâce au travail de la petite équipe du musée : le jeune et enthousiaste conservateur Maarteen Bassens assisté de Katrijn van Bragt, régisseuse des collections, une rétrospective est consacrée au Van Hemessen. Elle réunit une trentaine d’œuvres sur panneau d’une grande fragilité et rareté ; des prêts venant de 24 collections internationales. Elle comprend une sélection de toiles de Jan van Hemessen (v. 1500-v.1557). Surtout des compositions religieuses et bibliques inspirées de Saint Jérôme, de Suzanne et les vieillards, du Christ chassant les marchands du temple et surtout du Jugement dernier, son chef-d’œuvre : le monumental triptyque réalisé pour Adriaen Rockox et Catharina van Overhoff, qui sont représentés de part et d’autre du panneau central.
Mais Jan van Hemessen a aussi peint des portraits. D’une tendre humanité comme ce portrait d’une jeune fille pesant de l’or (Portrait de jeune femme, La Peseuse d’or) tout en délicatesse. Parfois aussi d’un réalisme proche de la caricature, comme celui de cette mariée en larme, morve au nez, qu’on imagine dépitée d’avoir épousé un vieil homme, plutôt que le jouvenceau qu’on voit à sa droite (La mariée en pleurs).

Catharina van Hemessen, une pionnière à la Renaissance

Le parcours (dont l’absence voulue de cartels oblige à utiliser des outils numériques pour identifier chaque œuvre) met surtout en lumière le talent de sa fille Catharina (1528-après 1566). Et c’est une belle découverte.
Au XVIe siècle, les femmes artistes, le plus souvent des filles d’artistes, sont rares. Ce sont des pionnières, telles l’anglaise Susanna Horenbout, les Italiennes Sofonisba Anguissola et Lavinia Fontana, puis au Baroque la célèbre Artemisia Gentileschi. Si Catharina participe à l’exécution de grandes compositions de son père (sa première contribution confirmée date de 1548), la jeune fille a sa propre création. Elle peint quelques scènes religieuses (Déploration du Christ, v.1550), mais c’est dans l’art du portrait réalisé sur de petits formats qu’elle excelle. La finesse des traits confine à la miniature comme ce Portrait d’une dame au petit chien (v.1551) dont on pourrait compter les poils du museau. Son Autoportrait au chevalet (1548) sur lequel elle appose avec fierté sa signature, est même considéré comme l’un des premiers du genre en Europe. Il affirme par là-même son identité professionnelle. Comme son père, Catharina van Hemessen va d’ailleurs être admise dans la prestigieuse Guilde de Saint-Luc d’Anvers. Une reconnaissance de sa maîtrise artistique. En 1554, son mariage avec Christiaen de Marin, musicien au service de la reine Marie de Hongrie, infante d’Espagne, va l’éloigner plusieurs années d’Anvers, et de sa carrière. On conserve d’elle 14 peintures signées de sa main.

Cette petite exposition bijou, présentée dans le superbe écrin qu’est le musée Snijders&Rockox, ancienne demeure du bourgmestre Nicolaas Rockox (1560-1640) qui abrite des chefs d’œuvre de la Renaissance et du Baroque signés Jan I Brueghel, Pieter II Brueghel, Erasmus De Bie, Maarten De Vos, Joachim Patinir, Cornelis Metsijs, Pieter Paul Rubens, Antoon Van Dyck ou David II Teniers, mérite à elle seule le voyage à Anvers.

Catherine Rigollet

Archives expo en Europe

Infos pratiques

Du 15 octobre 2026 au 31 janvier 2027
Maison Snijders & Rockoxhuis
Keizerstraat 10, 2000 Antwerpen
Du mardi au dimanche de 10 à 17h
Fermé le lundi
Tarifs : 10€/6€
Chaque premier mardi du mois, la visite du musée est gratuite
www.snijdersrockoxhuis.be/fr


– Catalogue en anglais de l’exposition organisée en collaboration avec La National Gallery (Londres) et The Bowes Museum (Barnard Castle - GB).
Édition Lannoo.


Visuels :

– Entrée du musée Snijders-Rockoxhuis - Anvers

– Catharina van Hemessen, Autoportrait au chevalet - 1548. Bâle – Kunstmuseum

– Jan van Hemessen, Portrait de jeune femme, La Peseuse d’or, v.1528-1529. Berlin - SMB – Gemäldegalerie.

– Catharina van Hemessen, Repos pendant la fuite en Égypte - V.1555. Collection particulière

– Catharina van Hemessen, Déploration du Christ, v.1550. Anvers, musée Snijders&Rockoxhuis

– Jan van Hemessen & Pieter Aertsen, Le Jugement dernier avec les portraits des donateurs Adriaen Rockox & Catharina van Overhoff, v.1540-45. Anvers, église Saint-Jacques.

– Jan van Hemessen, La Mariée en pleurs, v.1540. Prague, Narodni Galerie.

– Cour du musée Snijders-Rockox-huis - Anvers