Un panorama de l’art suisse entre 1890 et 1930 autour de Ferdinand Hodler à la fois modèle et contre-modèle, avec les Alpes comme toile de fond.
L’arrivée d’Hodler à Genève à la fin de 1871 marque les véritables débuts artistiques de ce peintre bernois, aussi à l’aise dans le paysage alpestre que dans la peinture patriotique, la scène de genre et le portrait.
Issu d’une famille du canton de Berne, Ferdinand Hodler (1853‑1918) a connu une enfance difficile, marquée par la pauvreté, de nombreux déménagements, la mort de ses parents lorsqu’il était encore enfant, et celle de ses quatre frères de tuberculose avant 1879. Initié à la peinture grâce à son beau-père, Gottlieb Schüpbach, peintre-décorateur de profession, Hodler a vite fait preuve d’une grande sensibilité, au réalisme doublé d’idéalisme et de symbolisme dans sa représentation harmonieuse des paysages de sa Suisse natale, lacs et montagnes surtout. Les peignant dans des compositions au parallélisme poussé parfois jusqu’au système, et dans des formes de plus en plus stylisées, jusqu’à dissoudre les lignes et unir lac, sommets et ciel dans un camaïeu de bleus, transformant le paysage en symbole cosmique, comme son très japonisant Lac Léman avec Alpes savoyardes (1906)
En 20 ans, Hodler est devenu une référence incontournable au sein du paysage artistique helvétique, honoré du statut de peintre national. Au tournant du XIXᵉ siècle, la scène artistique suisse est d’une grande vitalité et portée par la dynamique de Ferdinand Hodler, une nouvelle génération de peintres s’affirme : Cuno Amiet, Giovanni et Augusto Giacometti, Félix Vallotton, ou encore Ernest Bieler et Max Alfred Buri.
C’est autour de l’influence d’Hodler sur ses contemporains et ceux qui lui ont succédé que les commissaires Christophe Flubacher et Pierre-Alain Crettenand ont réuni plus de 140 œuvres d’une cinquantaine d’artistes, offrant en dix thématiques un panorama de l’art suisse entre 1890 et 1930.
Le parcours dense et qui embrasse très large, mais qui a l’intérêt de faire découvrir des artistes souvent peu connus, ouvre sur ceux qui se reconnaissent dans son héritage, tout particulièrement Albert Schmidt (1883-1970), son plus proche disciple, ici très représenté avec ses figures féminines, ses représentations d’arbres, de la campagne et des montagnes auréolées de nuages au symbolisme expressif et poétique et aux couleurs tendres.
Hodler fascine. Il irrite aussi. S’il a des suiveurs bien qu’il n’a pas été un chef d’atelier, qu’il n’a enseigné que quelques années et qu’il a peu écrit sur son art, il a aussi des rivaux, prétendant aussi au titre de peintre national notamment dans leurs représentations de l’Homme suisse, comme Gustave Jeanneret avec ses Vignerons (1884) et Eugène Burnand et ses Faucheurs (1886) exposés à côté du Guerrier furieux d’Hodler (1884).
Après la représentation de la femme symboliste, du travail, des loisirs, de la maladie et de la mort (dont celle de sa maîtresse et modèle Valentine Godé-Darel, dont il a immortalisé la douloureuse et longue agonie en 1915 au travers de nombreux dessins et tableaux), les portraits, les arbres…ce sont surtout les paysages montagneux et les lacs qui ont le plus inspiré Hodler comme ses contemporains. On y retrouve des similarités d’inspiration et d’émotion comme dans cette Vue du Jura et du Léman depuis Coligny d’Alexandre Perrier. Et des divergences. Une dernière section de l’exposition est ainsi consacrée aux artistes suisses qui se sont détournés de la vision d’Hodler, ont emprunté d’autres voies que le mentor genevois pour représenter paysans, lacs et montagnes... Comme le groupe Le Falot qui s’est constitué à Genève contre Hodler vers 1913-1914, avec des artistes déclarant renoncer à son symbolisme et sa palette. Ou encore Giovanni Segantini et son divisionnisme, l’expressionniste Ernst Ludwig Kirchner (Le Pont de Wiesen, 1926) ou l’innovante Alice Bailly (à l’honneur au Kunsthaus de Zurich jusqu’au 15 février 2026) ouverte très tôt aux recherches des avant-gardes européennes et qui a construit son œuvre entre abstraction et figuration, teintée tour à tour de fauvisme, cubisme coloré, orphisme et futurisme.
Catherine Rigollet









