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La galerie de l'Agora des arts

Noémie Goudal - Photographe-plasticienne

Les nouveaux mondes de Noémie Goudal

Noémie Goudal est une bâtisseuse d’images, une architecte de petits mondes utopiques que cette photographe française (née à Paris en 1984) met en scène en intégrant des éléments de différents types (dômes, tours, arbres) au sein de paysages vierges. Elle commence par imprimer ses clichés, puis les contrecolle sur du carton ou du polystyrène, les assemble comme des éléments architecturaux ou des strates dans un décor naturel avant une nouvelle prise de vue numérique de cette superposition d’images in situ, pour mieux créer l’illusion du réel et bousculer l’imaginaire du spectateur. Une création d’espaces autres, fictionnels, des « Hétérotopies » selon le concept forgé par Michel Foucault pour parler d’espaces concrets qui hébergent l’imaginaire. Un peu comme nos cabanes d’enfant.

ARCHITECTURES IMAGINAIRES

Si l’illusion trompe d’abord nos certitudes, l’artiste prend soin de laisser apparents des indices (corde, ruban adhésif, papier) qui dévoilent, en partie, le processus de fabrication de l’image, les dessous du trompe-l’œil. L’artiste aime ce bricolage qui fait d’elle une artisane de l’art et de la nature, et rejette l’idée d’une manipulation par des effets spéciaux et des logiciels de photomontage. Il est important pour elle de montrer qu’il ne s’agit pas de quelque chose de réel. Le « faire » est constitutif de son œuvre. Pour autant, même si l’artiste déconstruit habilement l’illusion, même si le spectateur peut déceler ces indices, la magie opère. Le pouvoir de suggestion de Noémie Goudal sur notre imaginaire est évident.

Dans l’une de ses premières séries, les Observatoires (2013-2014), des images frontales, en noir et blanc, cadrées serrées de petits bunkers sans date, ni lieu et surtout sans décor autre qu’une surface d’eau scintillante, elle nous emmenait déjà dans un univers de structures énigmatiques et en partie mentales. Même ambiance dans ses séries In Serch of the First Line (2015), ou ses Towers (2015) Des utopies qui telles les architectures exaltées du Piranèse ouvrent sur d’infinies lectures, aussi bien poétiques que surréalistes. L’artiste a poursuivi avec des architectures plus géomorphiques, comme ses Soulèvements (2018), d’immenses rochers éclatés comme les pièces d’un kaléidoscope, nous emmenant vers un ailleurs indéterminé, propice à une évasion des sens renforcée par l’absence physique de l’humain. Sa présence n’y étant qu’une trace à interpréter.

Si la photographie « fut d’abord une activité plus qu’une vocation », c’est à la suite d’études en graphique-design où on apprend à composer une image et surtout au Royal College of Art où elle obtient un master en photographie qu’a vraiment débuté sa pratique artistique, recevant dès 2013 le prix HSBC pour la photographie. Elle est exposée désormais aux quatre coins du monde et son exposition « Cinquième Corps » au Bal à Paris en 2016 l’a fait davantage connaître en France où elle est revenue s’installer en 2014, après avoir passé une dizaine d’années à Londres. Poursuivant son intérêt pour la construction de l’image - marquée par le travail de la britannique Anne Hardy (née en 1970) et ses étonnantes constructions spatiales post-apocalyptiques minutieusement élaborées, Noémie Goudal a intégré d’autres médiums dans son travail : la vidéo et le son, mais aussi la porcelaine lors de sa résidence à la Manufacture de Sèvres en 2021. Dans le cadre du projet Terrella est née une série d’une quinzaine de sculptures façonnées d’après d’anciennes théories sur la formation de la Terre, telle celle au XIIe siècle suggérant que les montagnes étaient attirées par les étoiles.

POST ATLANTICA

La curiosité insatiable de Noémie Goudal pour l’histoire de notre planète vieille de 4,5 milliards d’années, son questionnement artistique sur la façon de traiter dans l’image ce temps géologique qui nous dépasse, l’ont amenée à sa nouvelle série Post Atlantica (2021) qui nous renvoie à la dérive des continents et aux mouvements incessants -et souvent extrêmes- qui continuent de façonner le paysage. Montagnes, déserts, forêts, etc. sont autant de motifs génériques, soumis à la force des éléments naturels (l’eau, le feu, la glace…) pour appréhender les changements climatiques de demain. Cette dernière série constituée d’installations vidéo et de jeux d’optiques est envisagée comme une chorégraphie de paysages. Un véritable ballet de décors photographiques disloqués et reconstruits qui met en scène la Terre comme une entité mouvante à l’écosystème fragile.

Nous sommes désormais avertis du processus photographique de Noémie Goudal et de son jeu de construction-déconstruction, mais toujours fascinés et incrédules, nous regardons des lambeaux de paysages s’enfoncer lentement dans un marais verdâtre sur fond sonore de borborygmes et de grincements (Inhale Exhale). Nous assistons à la fonte progressive d’une côte rocheuse blanche comme du sel ou de la glace (Décantation). Nous contemplons la forêt amazonienne qui brûle dans de sinistres craquements et cris d’invisibles oiseaux sauvages (Below the Deep South)...avant de découvrir in-fine le pot aux roses.
Une œuvre à la fois magique et visionnaire.

Catherine Rigollet (interview 23 novembre 2021)

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Actualité 2020-2021 :
Exposition Post Atlantica. Photos, vidéos et installations de Noémie Goudal.
Du 10 octobre au 2 janvier 2022. Le Grand Café, Centre d’art contemporain de St Nazaire.
Exposition du 27 janvier au 12 mars 2022 à la galerie Edel Assanti à Londres (qui inaugure un nouvel espace).
Les Rencontres de la photographie d’Arles, été 2022, avec un projet de performance en cours de création.

- Contact :
clara noemiegoudal.com
http://noemiegoudal.com

- BIO /
Diplômée du Royal College of Arts et de la St Martins School, Noémie Goudal a reçu de nombreux prix dont le Prix HSBC en 2013 et le RCA Sustain Award en 2010. Son travail a fait l’objet d’expositions personnelles, notamment au FOAM à Amsterdam et à la Photographers Gallery à Londres en 2015, au BAL à Paris en 2016, à l’Abbaye de Jumièges en 2017, au Finnish Museum of Photography à Helsinki et à Fotografiska à Stockholm en 2018, et en 2019 au Musée des Beaux-Arts du Locle en Suisse, au Contemporary Art Museum de Ballarat en Australie ainsi qu’au Kundsverein à Hildesheim en Allemagne.
Noémie Goudal est représentée par les galeries Edel Assanti (Londres) et Les Filles du Calvaire (Paris).

Visuels : Portraits de Noémie Goudal ©Lagoradesarts.fr (23-11-2021)
Observatoire - série The Geometrical Determination of the Sunrise 2013. Courtesy de l’artiste.
In Search of the First Line II, série In Search of the First Line, 2014 © Noémie Goudal
Tower 1, 2015. Courtesy de l’artiste.
Soulèvement IV, série Soulèvements, 2018 © Noémie Gouda
Inhale Exhale, 2021. Film couleur, son stéréo, environ 8 min. Production Le Grand Café - centre d’art contemporain. Courtesy de l’artiste
Vue de l’exposition Post Atlantica au Grand Café/centre d’art contemporain, 2021. Photographie Marc Domage.
Phoenix 2021, photo 200 x 149,4 cm, C-Print. Courtesy des galeries Edel Assanti et Les filles du Calvaire, et de l’artiste. Vue de l’exposition Post Atlantica au Grand Café/centre d’art contemporain, 2021. Photo Marc Domage.
Décantation, photo, 45 x 34,2 cm. Production Le Grand Café - centre d’art contemporain. Courtesy de l’artiste. Vue de l’exposition Post Atlantica au Grand Café/centre d’art contemporain, 2021. Photographie Marc Domage
Below the Deep South - Film Full HD, couleur, son stéréo, 11 min 34 s. Courtesy de l’artiste. Vue de l’exposition Post Atlantica au Grand Café – centre d’art contemporain, 2021. ©Lagoradesarts.fr