Orléans, la renaissance du MBA

À l’image de la ville qui l’abrite, le Musée des Beaux-Arts d’Orléans (MBA) sort ces temps-ci d’une torpeur de plusieurs décennies. Comme si l’ombre de la cathédrale Sainte-Croix toute proche avait recouvert d’un voile paralysant le bâtiment sobre et sans aspérité du musée, pourtant de conception très moderne lors de son ouverture en 1984 et disposant tout de même de 10 000 m2 (ce qui en fait un des plus grands musées français par la superficie). Le MBA est aussi l’héritier lointain d’un premier « museum » ouvert au public en 1799 et du fructueux appel aux dons organisé par le comte de Bizemont, directeur du premier véritable musée ouvert fin 1825.
Depuis sa prise de fonction fin 2015, la directrice des musées d’Orléans Olivia Voisin a décidé de « réécrire l’histoire du musée et de donner du sens à la collection. » En cet automne 2026, nous arrivons au terme d’un impressionnant redéploiement des collections qui aura duré dix ans, la directrice soulignant avec force et conviction qu’« une collection publique n’a rien à faire en réserve ! » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1300 œuvres sont désormais visibles dans plus d’une quarantaine de salles (sur quatre niveaux) du XVe siècle à l’époque moderne et contemporaine (*).

Wanted !

Pourtant, pour Olivia Voisin et son équipe, la quête, ou plutôt la « chasse aux trésors », continue avec le lancement cet été d’une campagne remarquée d’appel à témoins, baptisée « Wanted » (sur le mode des affiches des bandits du Far West), pour retrouver les 424 tableaux volés ou disparus lors du pillage des musées orléanais au cours de l’invasion allemande de 1940 avant l’incendie de certains d’entre eux. Dans le catalogue qui recense ces œuvres, fruit d’un travail de récolement de près de trois ans, on remarque les noms de Raphaël, Pieter Brueghel le Jeune, Canaletto, Chardin ou Boudin... Ces deux dernières années, quatre œuvres ont déjà été restituées, souvent à l’issue de parcours rocambolesques ! D’ailleurs au fil des salles et des escaliers du musée, le visiteur tombe sur des reproductions à l’échelle de ces tableaux absents qui soulignent un peu plus la richesse du passé et des collections du MBA. Et peut-être qu’un jour un visiteur se dira que tel tableau lui rappelle quelque chose...

Richesse d’informations, variété des parcours

L’histoire des œuvres, de leur conception à leur entrée dans les collections, est tellement essentielle aux yeux de la nouvelle directrice qu’elle a opté pour des cartels particulièrement développés (de 1600 à 1800 signes typographiques) souvent posés au sol sur un pan incliné sous l’œuvre qu’ils documentent. Associés à un accrochage assez dense, ces copieux cartels laissent imaginer un temps de visite de plusieurs heures…Le sachant à l’avance, il est possible d’opter soit pour une visite dans la continuité ne s’arrêtant que pour détailler les œuvres « attrapant l’œil », soit pour quelques visites thématiques, nombreuses eu égard à la richesse des collections.
On peut vous proposer un parcours des chefs-d’œuvre (d’Alexandre Antigna à Velasquez en passant par Cogniet, Courbet, Gauguin ou Guido Reni), un parcours de tableaux d’histoire, un autre de sculptures, un de paysages, un de portraits, un parcours de l’époque romantique (le MBA est particulièrement bien doté en œuvres de cette période), un parcours autour de Jeanne d’Arc (ne pas oublier que nous sommes à Orléans !) ou un parcours moderne et contemporain (Arroyo, Cueco, Debré, Hantaï, Monory, Raysse, Zao Wou-Ki…), les salles concernant ces dernières périodes n’ayant été rouvertes dans leur nouvel accrochage qu’en juin dernier… Une application mobile permet de choisir sur place son parcours parmi les nombreuses thématiques. Un musée vivant dans une ville qui s’ébroue et cache d’autres trésors, au cœur d’une région d’art et d’histoire, tout nous incite à passer de très enrichissants séjours à Orléans !

Jean-Michel Masqué

(*) Le MBA compte au total 2200 peintures, 700 sculptures, 13 000 dessins, 200 pastels, 40 000 estampes et 1500 photographies.

Archives expo en France

Infos pratiques

Place Sainte-Croix - Orléans (Loiret)
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 18h, le jeudi jusqu’à 20h et le dimanche de 13h à 18h.
Fermé les 1er et 11 novembre, le 25 décembre, le 1er janvier, les 1er et 8 mai, le 14 juillet.
Plein tarif : 8 €
Tél. 02 38 79 21 83
https://museesorleans.fr/collections/


Visuels :

– Musée des beaux-arts d’Orléans © Emma Mouton, Musées d’Orléans.

– Diego Velasquez, Saint Thomas, 1619-1620. © Musées d’Orléans.

– Guido Reni, David tenant la tête de Goliath, 1600-1624. © Musées d’Orléans.

– Léon Cogniet, Les Drapeaux, 1830. © Musées d’Orléans.

– Jean-Baptiste Larrivé (Lyon, 1875 – Lyon, 1928), Jeanne d’Arc en prière, vers 1915, bronze à patine argentée et dorée, colonne en marbre.

– Salle Richelieu. © Musées d’Orléans.

– Martial Raysse, ReLeBainTurc, 2013, diptyque en néon de onze mètres de long réalisé d’après le chef-d’œuvre de Jean-Auguste-Dominique Ingres.