Orsten Groom. Rétrospective

Simon Leibovitz-Grzeszak, alias Orsten Groom, est né en 1982 « dans la jungle guyanaise d’une famille polono-russe ». Dans sa présentation de lui-même, une sorte d’autobiographie fantastico-ironique, Groom poursuit : « Selon la légende locale, il serait tombé dans les égouts souterrains et n’y aurait été retrouvé qu’au bout de trois jours, juché nu sur un promontoire d’excréments, gardé par une horde de crapauds-buffle. » Au seuil de la rétrospective que lui consacre le musée Paul-Valéry, Groom insiste sur le vaste contexte dans lequel il inscrit sa démarche artistique en s’amusant des repères chronologiques plutôt balisés qu’on lit d’ordinaire sur ce premier panneau d’exposition. Sa chronologie part de la destruction du second temple de Jérusalem en 70 pour aboutir à la naissance de son fils Vassili en avril 2022 en passant par la destruction de Pompéi, la Querelle des images, l’invention de la grotte d’Altamira, l’insurrection du ghetto de Varsovie, la catastrophe de Tchernobyl, la chute du mur de Berlin, l’invention de la grotte Chauvet et la rupture d’anévrisme dont l’artiste a été victime en 2002 le rendant amnésique et épileptique ! Ce moment dramatique pouvant faire figure de renaissance et de point de bascule dans la vie de Groom qui apprend, suite à ce coma, qu’il était inscrit aux Beaux-Arts comme peintre ; il reprend alors le fil de son apprentissage et de son élan créatif sous l’impulsion de ses professeurs François Boisrond et Jean-Michel Alberola.

Un puzzle de références

Aujourd’hui, Orsten Groom n’a pas quarante ans mais des milliers d’années !
En effet, de cette mémoire rompue, Groom a eu toute liberté de s’inventer un destin qu’il jalonne, voire « documente », d’œuvres illustrant sa vision du monde au cœur de ce temps intime et de la mémoire du monde : l’art pariétal, le bas-relief égyptien, l’histoire juive et la pensée talmudique, la Pologne, ce « nulle part » selon le Ubu d’Alfred Jarry, l’hermétisme médiéval, Freud et la psychanalyse, Frank Zappa… Ainsi s’inscrit l’artiste dans le tumulte du monde, carambolant l’histoire universelle et l’histoire de l’art selon ses visions et ses passions, proposant une narration personnelle faite d’analogies et de correspondances, de coïncidences et de corrélations, de couleurs criardes et de signes graphiques. Pourtant, Groom se déclare « peintre impersonnel » car se fiant avant tout à « ce que la peinture fait advenir » selon sa méthode qui consiste à poser quelques motifs sur la toile avant de se livrer à une vaste enquête encyclopédique qui lui permet d’assembler les pièces de son puzzle de références. « L’art est un phénomène naturel, estime-t-il encore, la peinture une chose absolument commune. J’ai une confiance totale dans la peinture qui est un flot d’origine qui connaît tout. Je me considère comme un inventeur au sens archéologique. Rien n’est gratuit, tout est fourni par les motifs initiaux et l’enquête encyclopédique qui s’ensuit. »

l’art d’après coma

Le titre de cette rétrospective Volcan du coma vient d’un courrier que lui a adressé l’écrivain-poète Boris Wolowiec : « La force de peindre c’est en effet pour vous celle du coma, celle du volcan du coma, celle du volcan de vide du coma. Le volcan du coma ce n’est pas cependant le sommeil du volcan, c’est plutôt précisément sa révulsion, c’est la révulsion du sommeil du volcan. » Autour du tableau Sheol (« monde souterrain » dans la Bible hébraïque, « tombe commune » ou « séjour des morts » sans être l’enfer proprement dit), la première salle pose les jalons de cette rétrospective de vingt ans, plus thématique que chronologique, en cinquante-quatre tableaux. Selon Groom, ce Sheol à dominante noire et blanche est « le tableau initial sur lequel se fondent les autres tableaux, les autres fatras plus colorés. » Suivent des tableaux issus de trois cycles : Orbe autour du thème de la pâque juive dans le ghetto, Chrome Dinette ou un « sarcophage mosaïque évolutif dédié à Freud et Moïse sous l’égide de Frank Zappa, de la naissance de l’Histoire à son effondrement », et Odradek, « 12 carrés inintelligibles » comme un retour à l’enfance de l’art… D’autres toiles, par exemple Limbe, Heparcheron et Nigdzie signent les orientations plus récentes du peintre. On ne manquera pas d’être décontenancé, voire ébranlé, par cette peinture saturée aux références multiples et figures enchevêtrées.

Il faut prendre le temps de décortiquer chaque tableau pour apprécier ce syncrétisme baroque et bariolé qui fait l’originalité du travail de Groom. Ce qui renforce encore l’intérêt de regarder, vers la fin du parcours, l’interview filmée par le documentariste Valerio Truffa de l’artiste dans son atelier qui livre quelques clés sur son œuvre et sa méthode de travail.

Jean-Michel Masqué

Archives expo en France

Infos pratiques

Du 2 décembre 2023 au 25 février 2024
Musée Paul Valéry
148, rue François-Desnoyer – Sète 34200
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Plein tarif : 6,20 €
Tél. 04 99 04 76 16
www.museepaulvalery-sete.fr


Visuels :

 Orsten Groom. Photo © Flavien Prioreau.

 Orsten Groom, Abracadabra, GXXI. Techniques mixtes sur toile, 213 x 217 cm. Collection particulière, Belgique. © photo Bureau Orsten Groom.

 Orsten Groom, Brown Rainbow, GXXI. Techniques mixtes sur toile, 140 x 160 cm. Atelier de l’artiste, Montreuil. O-G-21.016 © photo Tanguy Beurdeley.

 Orsten Groom, Dora Maat (série « Chrome Dinette »), GXXI. Techniques mixtes sur toile, 160 x 215 cm. © photo Bertrand Huet-Tutti.

 Vue de l’exposition Orsten Groom, Volcan du coma. Musée Paul Valéry, décembre 2023.