Pastiches et parodies de presse écrite

La presse est à l’honneur ! 250 reproductions de couvertures de magazines ou de pages de journaux sont affichées dans la grande galerie Julien Cain donnant sur le jardin intérieur de la BnF. Des pages ou des couvertures d’une presse parodique et satirique, devenue florissante depuis le 19e siècle, qui joue ouvertement sur la création d’un journal fictif ou le détournement d’un quotidien ou d’un périodique existant, pour se moquer de la politique, des media traditionnels et des faits de société. L’un des avatars de cette presse jubilatoire au 21e siècle sera, entre autres, les “unes” trafiquées postées sur les réseaux sociaux.

Le lecteur de ces journaux n’est pas trompé, bien au contraire. Le pastiche établit une connivence avec lui, et les signes sont là pour indiquer le pastiche : un titre détourné (Flemme Actuelle (2020), l’Épique, publié lors du Mondial de foot en Argentine en 1974, ou Pourri-Moche), des devises inventées (L’anti-Concierge, l’organe officiel de la défense des locataires), des typographies transformées. Les textes eux-mêmes ne cherchent pas à informer, ils jouent sur l’humour et la parodie, tout en restant à l’écoute des travers des médias, des politiciens, des “people”, et de l’hyperconsommation.

La presse féminine fut joyeusement pastichée au 19e et 20e siècles. Les dictats de la mode et de la beauté féminine furent dénoncés en jouant sur un humour sexiste et sur les stéréotypes de genre. Des pasticheuses ont remplacé aujourd’hui les pasticheurs et, non sans ironie, s’attaquent au sexisme ou aux dérives sociétales, tout en se moquant des outrances linguistiques actuelles (“Spécial Beauté.e / Sublimé.e pour l’été / Wokisez votre body”, est l’un des articles référencé en couverture de IEL, en 2021).

Il vous faudra prendre du temps pour lire les articles loufoques ou irrévérencieux, vous amuser des couvertures provocatrices, déchiffrer les “comics”... Actuel et Hara-Kiri n’auront plus de secret pour vous. En fin de parcours, il vous paraitra évident que les pastiches sont constructifs et non pas négatifs. Ils soulignent, en suscitant le sourire, certaines dérives de la presse (collusions, recherche excessive de rentabilité, perte de l’indépendance éditoriale), et, ce faisant, défendent avec efficacité l’éthique journalistique et la liberté d’opinion.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Une du Journal des dégâts, publié en page 5 du Merle Blanc, 26 mai 1923 © BnF.
Closum, Musée Saint-Raymond - 2017 © Création Musée Saint-Raymond, Toulouse / Photographies Jean-François Peiré et Rien Bongers.

Archives expo à Paris

Visuels de l'artiste
Infos pratiques

Du 4 avril au 29 octobre 2023
Bibliothèque Nationale de France
Site François Mitterrand
Quai François Mauriac,
75706 Paris Cedex 13
Ouvert le dimanche (14h-20h), lundi (14h-20h), mardi au samedi (9h-20h)
Fermé les jours fériés
Entrée libre
www.bnf.fr