Né en 1959 à Édimbourg, Peter Doig a grandi entre Trinidad et Tobago, le Canada et le Royaume-Uni. Il vit aujourd’hui entre Trinidad et Londres où il a ouvert un studio en 2021. Depuis les années 1990, l’artiste s’est imposé comme l’un des peintres les plus singuliers de sa génération (une des valeurs sûres de l’art actuel /en octobre 2025, sa peinture Ski Jacket (1994) a été vendue chez Christie’s pour la somme de 14,27 millions de livres), construisant des espaces visuels où le réel semble progressivement basculer vers l’onirique. S’il peint des paysages, Peter Doig ne peint jamais d’après nature, mais à partir de multiples sources : souvenirs, photographies, coupures de presse, films, pays et lieux traversés. Cela donne des lieux indéfinis, aussi exotiques que nostalgiques, aussi attirants que menaçants. Parfois abandonnés par l’homme qui y a seulement laissé un signe de sa présence. Et quand il peint des personnages, il les représente au sein de paysages anonymes, semblant parfois un peu perdus dans des situations énigmatiques, comme à bord de canoë au milieu de nulle part ; quand il ne peint pas ces canoës vides (comme son célèbre White Canoë, 1990-1991 vendu 8,53 millions d’euros par Sotheby’s en 2007). La réalité du narratif n’étant pas important dans l’univers flottant et mélancolique de Doig.
En ce printemps 2026, une quinzaine d’œuvres, dont treize peintures inédites réalisées en 2026, parmi lesquelles plusieurs formats monumentaux, sont exposées par La Fondation Le Corbusier à la Maison La Roche à Paris. Conçue et construite entre 1923 et 1925 par Le Corbusier et Pierre Jeanneret son cousin et associé pour le collectionneur de peintures d’art moderne Raoul La Roche (1889-1965), son architecture rappelle à Peter Doig son séjour dans les années 1990 à l’Unité d’Habitation de Briey conçue par Le Corbusier, et l’épure des espaces baignés de lumière froide est parfaitement adapté à l’exposition de ses toiles.
On y découvre des œuvres ancrées à Trinidad qui déploient un imaginaire étroitement lié au paysage et à l’architecture locale avec sa végétation dense, ses couleurs crues, sa lumière vibrante comme dans Double Tap, grande toile énigmatique au ciel jaune éraflé de lignes grises qui accueille le visiteur dans le Hall. Mais aussi dans un registre plus intime, des figures proches (la compagne de l’artiste (Head of P), ou encore ses filles (2 girls) où la figuration se mêle à une dimension cubiste et presque abstraite des couleurs. Une toile monumentale exposée dans l’espace majeur de la maison (anciennement la galerie de peinture de Raoul La Roche) avec sa rampe originale le reliant à l’étage supérieur.
Raoul La Roche a fait don de sa maison à la Fondation Le Corbusier dont les bureaux sont abrités dans la Maison Jeanneret mitoyenne, toutes deux nichées au fond d’une allée privée du quartier d’Auteuil. Le Corbusier + Peter Doig, une visite doublement intéressante.
Catherine Rigollet








