Ceux qui ont vu l’exposition “Toutânkhamon et son temps” en 1967 au Petit Palais à Paris s’en souviennent encore. Obtenues après d’infinies tractations avec l’Égypte, les plus belles pièces du tombeau de ce pharaon tombé dans l’oubli pendant plus de trois millénaires avaient émerveillé les 1, 24 millions de visiteurs. Certes, pour cette nouvelle exposition itinérante, complétée d’une incontournable expérience en réalité virtuelle et d’un spectacle immersif à 360°, les œuvres originales sont restées au Grand Musée égyptien du Caire, remplacées par des copies. Un choix assumé selon les commissaires, mais surtout imposé ; les objets originaux conservés en Égypte ne quittant plus le territoire pour des raisons de conservation. Mais l’exposition propose une lecture assez bien documentée des rites funéraires et des croyances du Nouvel Empire. Et leur histoire magnifiée par le trésor de Toutânkhamon exerce toujours la même fascination sur le public aujourd’hui.
Ainsi, plus de 100 ans après la découverte du tombeau de ce pharaon, monté sur le trône avant ses dix ans puis mort avant l’âge de vingt ans dans des circonstances mystérieuses, on suit la traversée vers la vie éternelle du fils du grand Akhenaton l’inventeur avec son épouse Néfertiti du premier culte d’un dieu unique. Celle d’un enfant-roi entouré de nombreux conseillers et qui a sans doute peu gouverné, mais qui nous a laissé un trésor dont témoigne le millier d’artefacts exposés. D’une grande qualité jusque dans les détails, réalisés par des artisans spécialisés sous contrôle scientifique, ils sont tous accompagnés d’un cartel rappelant les critères de l’œuvre originale (matériaux, supports, techniques) et son contexte rituel.
Le parcours ouvre avec une salle d’introduction sur l’histoire de l’Empire et la saga des différentes dynasties afin de resituer au visiteur la période du règne de Toutânkhamon (vers 1345 av. J.-C. et mort vers 1327), onzième pharaon de la XVIIIᵉ dynastie. Le récit des fouilles archéologiques du tombeau dans la vallée des Rois est ensuite abondamment développé, y compris dans un film (casque audio indispensable) sans omettre leurs péripéties, l’allusion au mythe de la malédiction des pharaons et les soupçons de vols commis par le plus célèbre des égyptologues…
Première sensation forte dans l’obscurité d’une salle d’où émerge sous des effets de lumière changeante l’imposant sarcophage extérieur doré de Toutânkhamon. Il renfermait deux autres sarcophages et sa reconstitution est telle qu’il fut découvert le 4 novembre 1922 par Howard Carter ; sa sépulture ayant échappé en grande partie aux pillages. C’est d’autant plus surprenant que son plan est inhabituel. Contrairement à d’autres tombes royales, celle de Toutânkhamon ne comportait pas de corridors tortueux, d’escaliers et de puits destinés à égarer le « visiteur », comme si elle ne lui avait pas été destiné… Les différentes parties de la tombe (antichambre, chambre funéraire et chambre du trésor) sont restituées dans l’exposition avec leur enchaînement, leurs volumes, leurs objets trouvés et un plan permettant de comprendre la manière dont ils étaient disposés au moment de la découverte.
La suite du parcours abrite un véritable arsenal funéraire pensé pour accompagner le souverain dans son passage vers l’au-delà, lui apporter tout ce dont il a besoin, préserver l’esprit éternel du roi. On y retrouve le célèbre masque funéraire, les doigtiers en or pour ses mains et ses pieds, ses sandales en or laminé, le traineau funéraire, les quatre chapelles dorées, les lits funéraires à protomés animales (extrémités sculptées), les coffres peints, les vases canopes renfermant les organes du défunt (le tout enfermé dans un magnifique coffre en albâtre), des armes, un char et un trône d’apparat, de somptueux colliers en forme de vautour, de faucon et de serpent ailé, ainsi que de lourds pendentifs ou pectoraux. Mais aussi moins connues, ces figurines funéraires de substitution (appelées « oushebtis » / « les répondants ») et leurs outils, prêtes à assurer à la place du pharaon toutes les tâches ingrates dans l’au-delà ! La tombe de Toutânkhamon en comprenait 413. Plus émouvant, elle abritait aussi les petites tombes de ses deux enfants (l’un était mort-né, l’autre mourut à la naissance), concluant avec sa propre mort, la fin de la famille royale thébaine des XVIIe et XVIIIe dynasties.
Bien évidemment, la momie de Toutânkhamon a été passé au crible de la science depuis sa découverte, jusqu’au scanner et récentes études génétiques. On a découvert plusieurs blessures osseuses, d’autres altérations de son corps, des traces génétiques de paludisme, mais rien de potentiellement mortel nous explique-t-on... À ce jour, les causes de sa mort n’auraient donc pas encore été clairement élucidées. Même l’essai de reconstitution de son visage -fort beau- conserve sa marge d’erreur. Seule certitude, ce jeune pharaon jadis méconnu et devenu célèbre grâce à son trésor a fait naître outre-tombe un juteux business, pour longtemps encore.
Catherine Rigollet













