Un voyage en dix-sept « régions », à travers une sélection de 195 affiches ferroviaires, de 1880 à 1936, signées de grands illustrateurs de l’époque (Alphonse Mucha, F. Hugo d’Alési, Géo Dorival, Constant Duval, Charles-Jean Hallo ou Roger Broders). Cette promenade en images touristiques (du patrimoine naturel et culturel aux activités sportives d’été et d’hiver, en passant par le thermalisme) est complétée de photographies anciennes de vacances et d’une passionnante et érudite étude sur l’histoire du développement touristique en France et sa démocratisation.
Un tourisme d’abord culturel, pratiqué par une élite, qui reprend le principe du voyage humaniste de la Renaissance et du Grand Tour effectué par les étudiants de bonne famille. Avant de gagner du terrain en 1853 avec le début de congés payés au bénéfice des fonctionnaires, puis à partir de 1900 aux salariés du tout nouveau métro parisien, des employés de grands magasins et des salariés des industries électriques et gazières, avant de se populariser en 1936. Touchant davantage les villes que les campagnes, ce tourisme de loisirs profite de la révolution ferroviaire avec la première ligne de 18 km ouverte entre Saint-Étienne et Andrézieux en 1827 puis le maillage progressif du territoire, tronçon par tronçon. Certes on ne parle pas encore de réseau, on ne roule encore qu’à 30 ou 40 km/h, mais l’élan est donné. La révolution médiatique des affiches touristiques va suivre la révolution ferroviaire et le raccourcissement progressif des temps de transport.
La publicité en général et les affiches en particulier exaltent les qualités régionales déjà évoquées par les peintures, récits de voyages, magazines et guides touristiques qui fleurissent. Surnommée l’Arcachon du Nord, Paris-Plage-Le Touquet est à 3 heures de Paris vente ainsi l’affiche de la Compagnie Chemin de Fer du Nord montrant une belle pêcheuse à pied portant un filet encadrée de petites vues façon cartes postales évoquant les élégantes sur la plage et les forêts de pins au bord de la mer (affiche de Louis Tauzin 1900). « Venez passer l’hiver à Nice » propose l’affiche dessinée par F. Hugo d’Alési pour les Chemins de fer PLM qui précise que ce sera en train de luxe avec wagons-lits, wagons restaurants et un trajet rapide en… 18h3/4 tout de même ! Si le train facilite le voyage, pour certains, comme Jules Michelet, il reste dangereux pour la santé à cause de la vitesse, du décalage horaire et des changements de climats trop rapides quand on parcourt la France du Nord au Sud. Et pour Victor Hugo, la vélocité du train brouille la réalité, la floute : « les fleurs au bord des champs ne sont plus des fleurs, mais des taches… ». Qu’importe. Le transport en train est devenu synonyme de vacances. Les vacances synonymes de voyage. Et les affiches vous y invitent.
Un beau livre d’affiches dans un style art nouveau-art déco, qui donne envie de parcourir la France. À s’offrir ou à offrir.



