Édité à l’occasion de l’exposition « Victor Hugo et l’architecture : de la pierre à la plume » à la Maison de Victor Hugo du 11 juin au 22 novembre 2026, cet ouvrage illustré de dessins, de carnets, de photographies et de textes de l’écrivain, révèle son rapport intense, intime et visionnaire à l’architecture.
Paysages fantastiques, châteaux médiévaux noyés dans de sombres lavis, ruines plongées dans des atmosphères fantomatiques, esquisses d’églises et de cathédrales… le célèbre écrivain du XIXe siècle fut aussi un talentueux et prolixe dessinateur qui a noirci ses carnets de voyage de centaines de dessins pour garder la mémoire des lieux visités comme en Belgique en 1837, dans la vallée du Rhin en 1840 ou en Espagne en 1843, ou des détails d’architecture. Deux formes d’édifice constituent des sources d’inspiration majeures d’Hugo : la ruine, emblème de l’esprit romantique et le château, ou burg, symbole d’une nostalgie pour les monuments anciens. Autour de 4 000 dessins sont conservés, pour la plupart à la Bibliothèque nationale de France ainsi qu’à la Maison Victor Hugo à Paris.
Si certaines compositions graphiques sont en relation étroite avec ses romans, ses recueils ou ses poèmes, elles n’en sont pas pour autant des illustrations au sens strict. À l’exception du cycle pour Les Travailleurs de la mer qui comporte trente-six dessins à l’encre. Mais ce n’est qu’après l’avoir fait relier à Guernesey que l’auteur a décidé d’y insérer ses encres réalisées pendant et après l’écriture du roman. Seul La Tourgue en 1935 fait vraiment exception, destiné à l’illustration du roman Quatre-Vingt-Treize dans l’Édition Eugène Hugues qui paraît en 1876.
De la pierre à la plume
C’est ce lien indéfectible et fécond entre architecture et littérature qui est analysé dans l’ouvrage, illustré de dessins, de carnets, de photographies et de textes de l’écrivain. Si Hugo a puisé autant dans sa mémoire que dans ses croquis des choses vues pris sur le vif pour décrire dans ses romans châteaux, ruines et clochers, jusque dans les moindres éléments architecturaux, il ne s’est jamais interdit de s’éloigner peu à peu du réel vers l’imaginaire, notamment lors de son exil à Jersey, puis à Guernesey. Jusqu’à se faire visionnaire dans sa rêverie graphique. Le motif se dissout peu à peu dans un univers surréel à travers des paysages oniriques et des architectures hallucinées. Le réalisme fait place à la dramaturgie avec beaucoup de noir, des effets de craquelures, des taches, des grattages, des empreintes.
Mais l’empreinte d’humanisme demeure et sans cesse émerge une volonté farouche de sauvegarde d’un patrimoine que l’écrivain voit en danger. Un engagement qui s’affirme dans son texte Guerre aux démolisseurs (1832) dans lequel le tout jeune écrivain se fait pamphlétaire, y dénonçant les destructions et le vandalisme des monuments anciens, notamment à Paris. Et quel plus fameux exemple pour lui que la cathédrale Notre-Dame, dont l’état de délabrement est tel que les responsables de la ville commencent à envisager sa démolition. En 1931, faisant du monument le principal personnage de son célèbre roman Notre Dame de Paris, Victor Hugo s’est fait lanceur d’alerte et a provoqué une véritable prise de conscience dans l’opinion publique. Quelle que soit sa réelle part d’influence dans la décision de restaurer la cathédrale, un ambitieux chantier démarre en 1845, sous la supervision de deux architectes, Eugène Viollet-le-Duc et Jean-Baptiste-Antoine Lassus. Il durera une vingtaine d’années.
Pour Victor Hugo, l’architecture est comme une forme de langage, alors il truffe ses compositions de mots, lettres, initiales. Il inscrit même son nom dans le ciel, autour d’un château, sur une porte. L’architecture est aussi une préoccupation personnelle, un refuge qui a pris toute sa dimension à Hauteville House sur l’île de Guernesey. Une maison surplombant l’océan, achetée en 1856, où il va vivre jusqu’en 1870, y écrivant parmi les plus grandes pages de son œuvre : Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, L’Homme qui rit... L’écrivain l’a aménagée et surtout décorée dans les moindres détails, avec une forte inspiration médiévale. En témoignent les photographies de son petit-fils Jean-Baptiste Hugo. En 1885, un an avant sa mort à l’âge de 83 ans, Victor Hugo a souhaité se faire construire une nouvelle maison à Paris, fidèle encore et toujours au néo-gothique. Elle restera à l’état de plans.



