Villa du Temps retrouvé : une fenêtre ouverte sur la Belle Epoque

À Cabourg au temps de Proust

Il manquait à Cabourg, station balnéaire au style délicieusement rétro avec ses opulentes villas datant de l’époque de Napoléon III, un musée qui évoque Marcel Proust qui y séjourna chaque été, de 1907 à 1914. C’est fait depuis mai 2021 et l’ouverture de la « Villa le Temps retrouvé » en hommage au septième et ultime tome d’À la recherche du temps perdu, la saga romanesque de Proust.
Joliment restaurée avec sa façade en pierre de Caen et parements de briques en motifs losangés, décorée à l’intérieur dans une ambiance Belle Époque, l’ancienne Villa Bon Abri, construite en 1860 par l’architecte Clément Parent -à qui l’on doit aussi le Grand Hôtel-, fait désormais revivre l’histoire de Cabourg. Cette « Balbec » de Proust et son mythique Grand-Hôtel où, dans la pénombre de la chambre 414, l’écrivain à la prose inimitable conçu quelques pages lumineuses de ses romans-autobiographiques.
Dès l’entrée dans la Villa du Temps retrouvé, le visiteur est immergé grâce à une projection d’images d’archives dans les rues et sur les plages de La Côte fleurie au début du XXe siècle au milieu des élégantes à ombrelles. Puis la porte du salon s’ouvre et nous voilà l’invité d’un hôte qui nous accueille chez lui, comme il recevait Proust et ses amis un siècle plus tôt. Fauteuils en velours (dans lesquels on peut s’asseoir !), piano (sur lequel on peut jouer l’imaginaire sonate de Vinteuil), table de jeux, bureau, bibliothèque (vous pouvez feuilleter les livres en songeant à cette assertion de Proust : « il semble que le goût des livres croisse avec l’intelligence »), etc. La magie des lieux opère.

Outre des objets (la montre de Marcel Proust), lampes, manuscrits, photographies des personnalités de l’époque, le parcours (amené à se transformer régulièrement au gré des accrochages) est enrichi de nombreux tableaux prêtés par une vingtaine de musées (Orsay, musée des beaux-arts de Rouen, Petit Palais, Musée d’art moderne André Malraux au Havre, BnF…) et collectionneurs privés. Ce sont des portraits ou des scènes de plages et de port. Parmi eux, une Vue générale de Rouen de Monet ; Le Yacht pavoisé de Paul César Helleu ; La Plage de Cabourg par René-Xavier Prinet. À partir de 1894, Prinet et sa famille passent de nombreux séjours au chalet Souble-Six qu’il a acheté sur le front de mer de Cabourg. Il peint de nombreux tableaux de la plage. On lui doit aussi une Vue de l’église de Dives-sur-Mer qui inspira Proust pour dépeindre l’église de Balbec. Le célèbre portrait de Proust par Jacques-Émile Blanche fut exceptionnellement prêté pour l’ouverture de la Villa en 2021, et cet autre au crayon du même artiste exécuté dans la villa Les Frémonts à Trouville, chez leurs amis Baignières. La scénographie intimiste est réussie avec ces cadres photographiques posés dans les différentes pièces et dans lesquels sont projetés des petits films en noir et blanc grâce à un astucieux dispositif numérique. Ou encore ces objets parlants évocatoires. Un lieu inspiré et inspirant qui se prolonge dans les jardins avec gloriette et pergola.

Catherine Rigollet

Archives expo en France

Infos pratiques

Du 28 février au 11 novembre 2026
Villa du Temps retrouvé
14390 Cabourg
15, avenue Raymond Poincaré
Fermé le mardi et le 1er mai
De 11h à 13h et de 14h à 18h
De 11h à 18h en juillet et août
Tarif plein : 9€
Tél. 02 31 47 44 44
https://villadutempsretrouve.com


Visuels :

 Villa façade rue. ©Ville de Cabourg.

 Le salon de réception avec le portrait de Marcel Proust par J-E. Blanche. (prêt 1re édition d’ouverture).

 Albert Nahmias, Manuscrit LXIII-LXIV À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Noms de pays, 1914-1920 © Bibliothèque nationale de France. (NDLR : Proust rencontra Albert Nahmias à Cabourg en 1908 où il séjournait à la Villa Berthe avec ses parents et ses deux sœurs. Il devint son confident et son secrétaire, fournissant un travail de déchiffrement et de copie des manuscrits pour les présenter aux éditeurs.)

 René-Xavier Prinet, La plage de Cabourg en 1910. Don famille Lebée, en souvenir de Jeanne Prinet ©Musée d’Orsay.

 Vue secrétaire, exposition permanente.

 Films d’introduction présentés à l’accueil de l’exposition permanente.

 Paul-César Helleu, Alice lisant sur la plage de Deauville, vers 1892-1893. Huile sur toile. Musée Bonnat-Helleu, musée des beaux-arts de Bayonne.


 SAISON 6 - 2026 : L’Orient Express

La Villa du Temps retrouvé se réinvente chaque saison. En 2026, le musée renouvelle en profondeur le Parcours Belle Époque grâce à la refonte de ses papiers peints. Ces nouveaux revêtements muraux viennent enrichir l’expérience sensorielle et plonge au cœur de l’esthétique et de la sensibilité de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Avec plus de 90 % de changements par rapport à l’an passé, l’exposition met en lumière cette saison la modernité et l’expérimentation artistique de la période, en miroir des expérimentations stylistiques de Marcel Proust en littérature : de Corot, Pissarro et Sisley, aux portraits de Renoir, Sargent, La Gandara, Blanche et Carrière, jusqu’aux avant-gardes de Picasso, Van Dongen, Dufy et Friesz.

La nouvelle exposition temporaire, « L’Orient-Express, une épopée moderne (1883-1918) », retrace l’histoire du train mythique qui relia Paris à Constantinople. Symbole de modernité et de dialogues entre les cultures, l’Orient-Express incarne l’art de vivre à la Belle Époque, entre prouesse technique et raffinement décoratif.