Fervent portraitiste du Christ et de la Passion, peintre de la vie monastique et des saints avec une inclinaison particulière pour saint François d’Assise moult fois représenté en extase, capuchon sur la tête et tête de mort à la main, Francisco de Zurbarán (1598-1664) compte, avec Diego Velázquez et Bartolomé Esteban Murillo, parmi les peintres espagnols les plus importants du XVIIe siècle.
Le Caravage espagnol des premières années
Son style, qui se caractérise par un clair-obscur, lui a valu le surnom de « Caravage espagnol ». Mais d’abord considéré comme un caravagesque marqué par l’ascétisme monastique, il a progressivement été reconnu au XXe siècle comme un coloriste prodigieux et célébré pour son style très personnel, qui allie la simplification des volumes à un naturalisme saisissant, sans pathos excessif, proche de l’homme pour encourager la dévotion, mais surtout nous émouvoir. Comme le fait son agneau à la douce toison dont les pattes entravées annoncent le sacrifice (Borreguilo). Dans cette Espagne du siècle d’or où la spiritualité de la Contre-Réforme a fait redécouvrir le rôle de l’imaginaire, Zurbarán peint aussi pour frapper les esprits. Sa maîtrise de la dramaturgie est parfaite dans l’immense Christ en croix qui ouvre l’exposition. Commandé en 1627 pour le couvent de San Pablo à Séville, il est représenté sur un fond très sombre, qui évoquerait symboliquement les Évangiles qui racontent que la Terre fut plongée dans le noir à l’instant où le Christ expira. Ce tableau lui apporte une telle notoriété qu’il va désormais s’appuyer sur un atelier et de nombreux assistants pour répondre aux commandes destinées aux monastères. Il va même jusqu’à produire des séries destinées à l’exportation vers l’Amérique, notamment des séries de saintes élégantes et hautes en couleur, dans l’esprit de sa Sainte Casilda. Il faut rappeler que Séville, carrefour économique majeur en ce début de XVIIe siècle est aussi le centre administratif des possessions espagnoles dans le Nouveau Monde.
Le tournant stylistique des dernières années
Après la grande exposition dédiée à (Zurbarán en 2014 à Bruxelles, cette exposition au Louvre, en partenariat avec La National Gallery de Londres et l’Art Institute de Chicago, nous permet de revoir sa peinture et d’en savoir plus sur ce fils d’un riche commerçant, né à Fuente de Cantos en Estrémadure, et qui fit toute sa carrière entre Séville et Madrid. En 65 tableaux (dont 50 œuvres de Zurbarán), le parcours aborde les différentes facettes de l’œuvre du peintre, ses peintures monumentales, mais aussi ses portraits et ses natures mortes. C’est un thème moins connu de Zurbarán, et pour lequel son fils Juan, spécialiste dans ce domaine, collabora brièvement avec son père avant d’être emporté en 1649 par la peste bubonique qui sévit alors à Séville et met la ville à genou. Installé à Madrid à partir de 1658, Zurbarán va consacrer les dernières années de sa vie à une peinture plus intimiste où dominent des Vierges à l’Enfant dans des formats réduits, des compositions simplifiées et une palette plus douce, opérant un tournant stylistique très net, loin du ténébrisme austère qui a assuré sa célébrité au début de sa carrière.
Catherine Rigollet








