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Expo à Paris

Ilya Repine. Peindre l’âme russe

Tandis que la fondation Vuitton expose la collection de peintures russes et françaises des frères Morozov, le Petit Palais nous fait découvrir un peintre russe ignoré des Morozov, Ilya Répine, mais dont la fondation Vuitton expose le Portrait du collectionneur Pavel Mikhaïlovitch Trétiakov, qui fut ami de Répine.

Qui en France connait Ilya Répine ? En Russie, c’est un artiste de renom, une figure du réalisme. Témoin de tous les bouleversements de la Russie de son temps, attentif aux profondes mutations historiques et sociales que connaît son pays, Ilya (ou Ilia) Répine (1844-1930) s’en est fait l’écho à travers ses œuvres qui s’inspirent de la vie du peuple russe. Peu connu en France, malgré plusieurs séjours et expositions à Paris et en Normandie aux côtés des impressionnistes -tout en gardant ses distances avec le mouvement-, son œuvre est un jalon essentiel de l’histoire de la peinture russe des XIXe et XXe siècles.
Après un début de carrière à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, il rejoint Les Ambulants, un groupe de peintres actifs en Russie à la fin du XIXe siècle, dont l’ambition est de prôner un renouvellement de la peinture, contre l’académisme et notamment du sujet, en représentant des sujets sociaux. Il s’intéresse à la littérature, à la musique, aux sciences, est très proche de l’écrivain Tolstoï, du compositeur Moussorgski, ou encore du collectionneur Trétiakov.

Une centaine de tableaux est exposée au Petit Palais, d’une diversité de sujets et de thèmes. À commencer par les portraits. Ceux de sa famille comme ce joli portrait de sa fille Véra assise sur un tronc d’arbre, vue en contre-plongée, un tableau à la facture presque impressionniste. Ceux de ses amis aussi comme le compositeur Moussorgski réalisé à l’hôpital, quelques jours avant la mort du musicien victime de crises de dépression aggravées par l’alcoolisme. Un portrait singulier et poignant. Ou encore son ami Léon Tolstoï, ce « comte-moujik » qui souhaitait se rapprocher du monde paysan et que Répine a peint en le regardant labourer en août 1887 à Iasnaïa Poliana. Répine puise son inspiration dans la réalité d’alors et multiplie les scènes de genre, comme Les Haleurs de la Volga (1870-1873), ces hommes qui tiraient les bateaux, les faisant remonter les cours d’eaux, à contre-courant. Cette œuvre majeure a fait sa réputation, mais aussi fait scandale par la violence de son réalisme, montrant des hommes presque enchaînés à leur harnais, des figures harassées, à l’exception de ce jeune garçon qui se redresse comme en révolte contre sa condition. Répine est aussi peintre d’Histoire. Son œuvre la plus commentée dans ce domaine est certainement Ivan le Terrible et son fils Ivan, le 16 novembre 1581 (1885), qui montre le tsar venant de tuer son fils aîné et héritier du trône ; une œuvre iconique qui fera aussi scandale. Alexandre III interdira même un temps son exposition. Mais Répine est un artiste reconnu et en 1896, il est invité à Moscou au couronnement de Nicolas II pour la réalisation de deux toiles. Parfaitement inséré dans les institutions, il réalise des tableaux officiels comme en 1903 ce tableau de 4 mètres sur 8,7 mètres intitulé la Session protocolaire du Conseil d’État pour marquer son centenaire le 7 mai 1901, et en même temps, il approuve la transformation progressiste de la société.

Répine passera les 30 dernières années de sa vie dans sa propriété des Pénates à Kuokkala, à 30 kilomètres de Saint-Pétersbourg, sur le territoire du grand-duché de Finlande, alors annexé à la Russie impériale. Il y reçoit beaucoup et sa maison devient un centre artistique. Ils sont nombreux à poser pour lui, comme Maxime Gorki, considéré comme un des fondateurs du réalisme socialiste en littérature, engagé politiquement et intellectuellement aux côtés des révolutionnaires bolcheviques ou Alexandre Kerensky, membre du Parti socialiste révolutionnaire. En 1918, avec la proclamation de l’indépendance de la Finlande, Répine devient un exilé malgré lui. Déçu par le nouveau régime soviétique, il refuse néanmoins l’offre de Staline de rentrer en URSS. Devenue soviétique en 1944, Kuokkala a pris le nom de Répino en souvenir de ce peintre qui a su porter un regard sensible et pertinent sur la société russe.

Catherine Rigollet

Visuels : Ilya Répine, Les Haleurs (ou Bateliers) de la Volga (et détail), 1870-1873. Huile sur toile, 1,23 x 2,83m. Musée d’État russe, Saint-Pétersbourg.
Ilya Répine, Libellule, 1884. Huile sur toile, 1,11 x 0,84m. Galerie nationale Trétiakov, Moscou
Ilya Répine, Léon Tolstoï labourant, 1887. Huile sur carton, 0,27 x 0,40m. Galerie nationale Trétiakov, Moscou.

Archives des expos à Paris
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Du 5 octobre 2021 au 23 janvier 2022
Petit Palais - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Tarif : 13 €/11 €
Tel : 01 53 43 40 00
www.petitpalais.paris.fr